Taux - Dette Souveraine / Dette obligataire / dette publique / France
Taux - Dette Souveraine
Dette obligataire / dette publique / France
Les taux zéro ne résoudront pas le problème français
Mardi, pour la première fois de son histoire, le rendement des obligations françaises à dix ans est tombé en territoire négatif, après les déclarations de Mario Draghi à Sintra. Désormais, la charge d'intérêt à 10 ans, c’est-à-dire le coût de l’emprunt annuel pour l'État français, est nulle. Pour autant, doit-on se réjouir des taux historiquement bas ? Pas vraiment, cette nouvelle est plutôt un cadeau empoisonné et ce, pour deux raisons précises.
La première est l’incitation à l’endettement. Alors que la France est censée amorcer une réduction de sa dette publique, elle pourrait céder à la tentation de l’argent gratuit. Or, s’il est vrai que nul n’anticipe aucune amélioration de la conjoncture - et donc des taux - à l'heure actuelle, il est extrêmement dangereux de faire l’hypothèse que les taux d’intérêt resteront éternellement bas. Il suffirait que des causes externes telles que des révoltes sociales voient le jour pour créer un choc positif sur les salaires et sur l’inflation, ce qui obligerait les banques centrales à rehausser rapidement leurs taux directeurs.
Dans une telle situation, l’ensemble des pays surendettés ferait immédiatement défaut, comme ce fut le cas pour l’Ukraine il y a quatre ans. La Cour des comptes confirme cette analyse en réalisant une simulation sur le montant que devrait supporter la France si les taux d’intérêt augmentaient de 100 points de base. Le résultat est sans appel : le poids de la dette grimperait de 7,3 % en un an, de 15,8 % en deux ans et de 24,4 % en trois ans.
La deuxième raison est que le taux d'intérêt moyen que paye l’État français sur sa dette - appelé taux apparent - est déjà au plus bas historique. En 2018, il s’élève à 1,7 %, contre 4,5 % en 2008. La charge d’intérêt supportée par l’État français l'année passée est de l’ordre de 41 milliards d’euros, soit moins de 1,6 % de la richesse nationale. L’impact des taux zéro ne sera donc pas d’une grande aide pour les finances publiques. Selon l’agence France Trésor, si la courbe des taux se maintient à son niveau actuel, le gain pour les comptes de l'État d’ici la fin de l’année se chiffre à 1 ou 2 milliards d'euros, tout au plus.
De fait, les taux zéro ne s'appliquent qu'aux obligations assimilables au Trésor nouvellement émises, soit l’équivalent de 140 à 160 milliards d’euros sur les six prochains mois. Pour constater un impact significatif, il est nécessaire qu'une majorité de la dette soit soumise à ces taux zéro. La maturité moyenne des obligations françaises étant de 8 ans, il faudrait environ une décennie entière de taux bas, voire négatifs, pour observer de réels changements structurels.
Enfin, il convient de rappeler que le point noir de la France n’est pas le flux de 41 milliards d’euros de remboursement annuel, mais bien son stock de 2.315 milliards d’euros de dette publique.
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