Taux - Dette Souveraine / endettement / dette publique / dette privée / crise financière / subprimes
Taux - Dette Souveraine
endettement / dette publique / dette privée / crise financière / subprimes
Endettement : a-t-on appris de nos erreurs ?
A 10 heures hier matin, la Banque centrale européenne (BCE) publiait l’évolution des crédits alloués au secteur privé. Résultat, la croissance des crédits accordés par les banques de la zone euro aux particuliers n’a que très légèrement décéléré pour atteindre 3,4% en juillet après 3,5% en juin. Parmi les quatre grands facteurs de risques identifiés par l’institut de Francfort dans son dernier rapport sur la stabilité financière: le niveau historiquement élevé des dettes publiques mais aussi de la dette privée. Et la France fait partie des mauvais élèves : selon les données de la Banque de France, la dette privée a atteint 129,6% du PIB en 2017 (contre 120,3% en zone euro), en hausse de 30 points sur dix ans.
En avril dernier, c'était au FMI de tirer la sonnette d’alarme sur la dette mondiale dans un rapport intitulé Fiscal Monitor. D’après les chiffres les plus récents établis par l’institution, elle se chiffrait à plus de 134.000 milliards d’euros en 2016, avec une expansion estimée à 3,9% en 2018 et 2019. Les emprunteurs mondiaux détiennent plus du double de ce qui est produit chaque année, la dette atteignant 225% du PIB cette même année. Et lors d’une conférence de presse qui avait suivi la publication à Washington, la Présidente du FMI Christine Lagarde avait lancé aux gouvernements du monde entier : « Réparez vos toits tant qu’il fait beau. »
Cette situation est largement due à la Chine qui, à elle seule, représente 43 % de la hausse enregistrée depuis 2008 et près des trois quarts de l’augmentation de la dette privée. Après 2007, Pékin avait fait le choix d’un programme de stimulus budgétaire massif à hauteur de 12,5% de son PIB, inquiet du recul de la demande mondiale et donc de celui de ses exportations. Loin d’accroître le taux de croissance sous-jacent de la Chine, un ralentissement marqué a finalement suivi, associé à un endettement important. Depuis 2016 néanmoins, les autorités ont réagi : elles ont relevé par quatre fois les taux d’intérêt du marché monétaire. Une politique qui a notamment permis d’abaisser la croissance de nouveaux crédits de 32% en septembre 2017 à 8% en mars 2018. Preuve de cette prise de conscience, le ministre chinois des Finances Liu Kun a annoncé hier que le pays augmenterait le contrôle des dettes des gouvernements locaux, afin d'abaisser les risques. Il se pourrait en revanche que les tensions commerciales sino-américaines, en contractant les exportations, incitent Pékin à une nouvelle politique budgétaire expansionniste.
L’un des autres sujets actuels relativement inquiétant concerne la crise des prêts étudiants aux Etats-Unis. Selon les derniers chiffres de l’Association nationale américaine des agents immobiliers, 45 millions d’étudiants sont endettées, et un cinquième d’entre eux doivent au moins 100.000 dollars. Et l’Association estime que 83% des personnes âgées de 22 à 35 ans ne peuvent pas avoir accès à la propriété, accusant encore les frais de leur prêt étudiant. Alors qu’en 2006, l’encours des prêts étudiants s’élevait à 480 milliards de dollars, il a grimpé à plus de mille milliards aujourd'hui. Parmi les raisons qu’il est possible d’avancer, le magazine Forbes évoque la hausse des frais de scolarité, la baisse du nombre d’étudiants qui vont au bout de leur cursus scolaire et enfin l’impact toujours présent de la dernière crise financière. Un retour en force des emprunteurs peu solvables ?
Car cet endettement privé massif rend les acteurs vulnérables, d’autant que les taux d’intérêt vont remonter. Le Président de la Fed Jerome Powell, en fonction depuis février, maintient une politique de remontée graduelle des taux. Ils ont déjà augmenté à deux reprises cette année et devraient l’être encore au moins une fois d’ici la fin décembre. Et, si en avril le FMI avait exhorté les États-Unis -dont le déficit budgétaire devrait dépasser 1.000 milliards de dollars d’ici à 2020- à « recalibrer » leur politique budgétaire, les dépenses publiques ont crû de 2,1% au deuxième trimestre de l’année, tandis que les dépenses fédérales progressaient de 3,5%. Et aucun signe ne montre que l'administration Trump ait l'intention d'augmenter les impôts, comme le recommande également le FMI.
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