Macro-économie / Taux / Banque de France / rapport / endettement
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Banque de France / rapport / endettement
La Banque de France alerte sur l'endettement des grands groupes tricolores
Sur une note positive d'abord, la Banque de France constate que le taux de marge des grands groupes français non financiers privés - leur résultat net récurrent rapporté à leur chiffre d'affaires - remonte depuis l'année 2015 après avoir décru à la suite de la crise financière de 2007 et de la crise des dettes souveraines de 2011. En 2017, il retrouve son niveau de 2008 et continue de progresser pour s’établir à 4,7% en 2018. Ce sont notamment les secteurs de l’industrie manufacturière, de la construction, ainsi que de l’information et de la communication qui tirent leur épingle du jeu.
En revanche et dans le même temps, la rentabilité opérationnelle - le résultat d'exploitation rapporté aux ressources engagées pour financer l'actif économique - de ces géants décroît depuis 2016. En d'autres termes, les performances affichées par les grands groupes sont décevantes au regard de l'accroissement de l'endettement financier qui a été nécessaire à leur réalisation. Ainsi, la rentabilité opérationnelle moyenne - sur un échantillon de 177 grands groupes - a baissé entre 2016 et 2018, passant de 11,1 % à 9,8 %. Et cette diminution de peser à la baisse sur la rentabilité moyenne des capitaux - somme de la rentabilité opérationnelle moyenne et l'effet de levier moyen - de ces 177 groupes examinés entre 2016 et 2018 puisqu'elle est passée de 15,8% à 15%.
Signe inquiétant, cette baisse aurait été encore plus importante si elle n'avait pas été amortie par un effet de levier moyen en hausse de 0,4 point de pourcentage. Ce dernier a augmenté en raison de la chute du coût moyen de l'endettement continu depuis 2014 qui s'approche de 2% en 2018 quand il était proche de 5% en 2007. Entre-temps, la Banque centrale européenne et ses politiques monétaires toujours plus accommodantes sont passées par là puisque ces dernières ont provoqué une baisse des taux d'intérêt et donc du coût de l'endettement des entreprises. Ainsi, les manœuvres de l'Institution de Francfort ont permis aux grands groupes français d'atténuer en grande partie l'effet de la hausse de leur volume d’endettement.
Selon la Banque de France, depuis 2016, cet endettement est le fruit d'opérations de croissance externe. Pour parvenir à cette observation, les auteurs de la note procèdent en deux étapes. Dans un premier temps, ils mettent en regard le taux d'investissement - l'investissement de croissance interne rapporté à la valeur ajoutée - et le taux de croissance annuel de l'endettement net. Et c'est ainsi qu'ils constatent que ce dernier a augmenté de 7,7 points de pourcentage en moyenne entre la période 2013-2015 et 2016-2018 quand le taux d'investissement a lui augmenté de seulement 0,2 point de pourcentage en moyenne sur la même période. Alors que ces variables étaient assez corrélées auparavant, un découplage apparaît désormais. Implicitement donc, l'endettement financier n'aurait pas servi à financer la croissance interne. Dans un deuxième temps, les auteurs examinent le lien, sur l'année 2017, entre l'investissement de croissance externe et les nouvelles dettes financières de long terme et ils trouvent une relation positive entre ces deux variables, ce qui les amène à conclure que "certains groupes semblent donc s’être endettés pour réaliser des opérations de croissance externe".
Enfin, la Banque de France s'inquiète de la contraction du coussin de liquidité que les grands groupes français ont constitué, ce dernier permettant de faire face aux risques financiers. La Banque de France le mesure en rapportant la trésorerie nette aux fonds propres et constate que ce ratio a en moyenne atteint 26,9% en 2009 - son niveau le plus élevé sur la période allant de 2007 et 2018 - et ne fait que décroître depuis lors pour se situer aux alentours de 20% en 2018. Aussi, dans un contexte, où l’endettement et le ratio de levier des grands groupes sont plus élevés qu’avant la crise, cette baisse du coussin de liquidité doit selon la Banque de France "constituer un point de vigilance".
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