Macro-économie / Taux / Brexit / France / rapport
Macro-économie / Taux
Brexit / France / rapport
La France y perdrait beaucoup avec un hard Brexit
Une étude du cabinet Oliver Wyman, réalisée en collaboration avec Clifford Chance, propose une estimation des coûts les plus directs et immédiats de barrières tarifaires et non-tarifaires par secteur, après l’entrée en vigueur d'un hard Brexit. Le scénario considéré est celui d’un retour de l’Union européenne et du Royaume-Uni aux conditions fixées par l’Organisation mondiale du commerce (OMC) sur la base de la clause de la nation la plus favorisée. Dans les accords de l’OMC, la clause de la nation la plus favorisée stipule que tout avantage commercial accordé par un pays à un autre doit être immédiatement accordé à la totalité des membres de l'OMC. Parmi les hypothèses de l’étude, sont prises en compte les mesures d’atténuation que pourraient mettre en place les entreprises. Ces mesures permettraient de diminuer les coûts directs du Brexit. L’étude les classe dans deux catégories, "d’une part, un ajustement des opérations et, d’autre part, une relocalisation des activités pertinentes pour les entreprises et leurs fournisseurs".
D’après leurs estimations, les coûts directs du Brexit atteindront près de 70 milliards d’euros pour les deux parties, mais ce sont les exportateurs européens qui ont le plus à y perdre. Ces derniers devraient supporter un coût de 37 milliards d’euros tandis que les Britanniques en auront pour 32 milliards d’euros par an. La répartition des coûts entre barrières tarifaires et non-tarifaires varie de façon significative entre les secteurs mais ce sont les barrières non-tarifaires qui jouent un rôle majeur dans le scénario d’un hard Brexit puisqu’elles représentent entre 55 % et 100 % des coûts associés à ce dernier. Au niveau micro, ce seront les services financiers qui seront le plus affectés au Royaume-Uni puisque le coût devrait être égal à près du tiers du total. Par ailleurs, les secteurs dont les entreprises sont très intégrées dans les chaînes d’approvisionnement européennes seront particulièrement touchés, comme par exemple dans les industries aérospatiale, automobile, chimique et les biens industriels. Pour l’Union européenne, l’impact sur les entreprises exportatrices se fera sentir différemment selon les secteurs. Les secteurs les plus affectés à l’échelle de l’UE seront les industries aérospatiale et automobile. Dans le détail, les coûts directs par secteur atteignent jusqu’à 3,5 % de la valeur ajoutée brute pour certains secteurs comme les industries aérospatiale, automobile et chimique et les biens industriels.
Si la France est plutôt moins touchée que les autres pays de l’Union européenne en termes relatifs, elle serait cependant le troisième pays le plus impacté en valeur absolue eu égard à la taille de son économie, d'autant plus qu'au niveau commercial, l’Hexagone entretient des relations importantes avec le Royaume-Uni. Selon les données des Douanes, le Royaume-Uni reste le premier excédent bilatéral de la France (12 milliards d’euros en 2018). Ce dernier est le fruit de toutes les catégories de produits, à l'exception de l'aéronautique et des hydrocarbures. Le Royaume-Uni est le sixième client (6,8 % des exportations françaises en 2018) et le huitième fournisseur (3,7 % des importations) du pays des Lumières. La France est largement destinataire des exportations aéronautiques britanniques pour le compte de la production européenne. Pour les autres produits, la France ne se distingue pas des autres États membres : la valeur des importations en provenance du Royaume-Uni porte surtout sur les véhicules automobiles, produits également dans l’UE, et sur la chimie et la pharmacie.
Selon l'étude, la France subirait, après la mise en place de mesures d'atténuation, environ 80 % des coûts directs du Brexit à travers six secteurs d’activités que sont l’agroalimentaire, pour près de 900 millions d’euros par an, les biens de consommation, l’industrie chimique, l’industrie automobile, les biens industriels et l’aérospatiale. Le petit quart restant inclut divers secteurs dont la métallurgie, le tourisme et les services professionnels. Si les coûts sont fonction du secteur où évoluent les entreprises, il le sera également, de manière plus vicieuse, de leur taille. De fait, les complexités administratives liées au hard Brexit vont davantage impacter les PME que les grandes entreprises qui peuvent déjà compter sur leur expérience des exportations hors de l'Union européenne. L'étude estime qu'entre 15.000 et 20.000 PME pourraient se trouver en grave difficulté financière car elles "n’ont pas fait face à̀ des situations d’export hors du marché unique". En clair, la nécessaire organisation pour s'adapter aux nouvelles barrières tarifaires et non-tarifaires pourrait causer la défaillance de nombre de PME en France.
Sur une note plus positive, l'étude formule des recommandations aux pouvoirs publics ainsi qu'aux entreprises. A ces dernières, les auteurs de l'étude leurs recommandent une vision d'ensemble de ce que serait la survenue d'un hard Brexit : "les grandes entreprises devront donc analyser leurs chaînes de valeur afin de comprendre précisément l’impact du Brexit sur leur organisation interne (par exemple avec des flux de biens et services passant plusieurs fois la frontière avec le Royaume-Uni) ainsi que sur leurs fournisseurs (et les fournisseurs de leurs fournisseurs, etc.)". D'autre part, elles ne devraient pas hésiter à relocaliser leur production, "les processus de production et d’approvisionnement internes aux grandes entreprises et répartis entre le Royaume-Uni et l’UE seront plus difficiles et coûteux à maintenir. Il faudra en conséquence envisager une réorganisation et une relocalisation de la production dans certains cas". Aux pouvoirs publics, les auteurs recommandent de mener une étude d'impact particulièrement fine pour aider à identifier au mieux les secteurs qui seraient en difficulté et les soutenir en conséquence. Parmi les mesures de soutien, l'étude mentionne des prêts relais pour s'assurer de la liquidité des entreprises les plus en difficulté.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

