Proxinvest challenge les rémunérations des patrons
Proxinvest a publié aujourd’hui son étude annuelle sur les rémunérations des dirigeants du SBF 120. Et celles-ci ont augmenté de 10% pour atteindre une moyenne "record" de 3,8 millions d’euros. Au sein du CAC 40, la hausse est même de 14% et le montant moyen a passé la barre des 5 millions, à 5,1 millions d’euros. Pour mémoire, le rapport Proxinvest valorise l’ensemble des formes de rémunération des dirigeants, attribuées en l’occurrence au titre de l’exercice 2017. Sont ainsi pris en compte des éléments estimés classiques, tels que le fixe, le bonus annuel, les jetons, avantages en nature. Sont aussi ajoutés des outils de rémunérations classiques mais dont la valorisation peut être sujette à débat, comme les stock-options, actions gratuites de performance, intéressement en numéraire, etc.
Dans le détail, l’an passé, toutes les composantes de la rémunération ont été touchées par les augmentations : +3% pour les fixes du SBF 120 (à 883.499 euros), +6% pour les variables annuels (à 1,018 million), +6% pour les actions gratuites de performances (à 1,215 million d’euros). Pour ce qui est des patrons du CAC 40, ils ont en moyenne perçu un fixe de 1,130 million d’euros, un bonus de 1,487 million et des actions de 1,844 million. A noter que les actions confirment leur percée : elles comptent désormais pour 32% de la structure de la rémunération du SBF 120, contre 2% pour les options. Depuis 2008, leur poids a été multiplié par 6,7 au sein du CAC 40.
Proxinvest a également publié son Top 5 des patrons les mieux lotis du SBF 120. Bernard Charlès de Dassault Systèmes prend la tête du classement avec une rémunération totale estimée à 24,6 millions d’euros. Un montant qui n’est pas en ligne avec celui dévoilé par la société : 15,8 millions d’euros. En effet, la société de conseil en votes ne valorise pas de la même manière les 300.000 actions de performance attribuées. Proxinvest leur applique une décote limitée à 10% et valorise donc l’attribution à 21,8 millions d’euros. Tandis que Dassault Système se base sur une décote de 50%.
Pour d’autres raisons, la société numéro 2 du Top n’arrive pas aux mêmes résultats que Proxinvest. Il s’agit de Rubis. Son patron, Gilles Gobin, toucherait selon le proxy 21,1 millions d’euros. Soit bien plus que les 2,4 millions affichés par la société concernée. Le point de litige : Proxinvest inclut 18,7 millions d’euros de dividendes d’associé commandité (dividende égal à 3% de la performance boursière globale si elle est positive). Alors que Rubis estime - à juste titre selon nous - qu’il ne s’agit pas d’une rémunération. Les trois autres dirigeants du classement sont : Carlos Ghosn de Renault (13 millions), Paulo Cesar Salles Vasques, ex patron de Teleperformance (12,2 millions dont 9 millions de package de départ) et Douglas Pferdehirt de TechnipFMC (10,6 millions d’euros).
Proxinvest a également inclus une nouveauté dans son rapport : un baromètre des performances. Ce dernier lui permet de classer les sociétés du SBF 120 selon leur performance sur la base de la création de valeur actionnariale (TSR = cours + dividendes) et de l’évolution d’indicateurs de performance financière (chiffre d’affaires, résultat opérationnel, bénéfice par action et génération de cash-flow). "Réalisée sur la période 2014-2017, cette analyse constate une absence de corrélation entre évolution des rémunérations et performance. Onze sociétés auront même vu la rémunération de leur dirigeant augmenter de plus de 10% sur la période alors qu’elles se situent dans le quartile des performances les plus faibles", commente Proxinvest.
Sur la base de tous ces constats, la société de conseil en votes continue de militer pour des avancées en matière d’encadrement des rémunérations, que ce soit par la loi Pacte (Proxinvest est pour la publication du ratio d’équité), ou des évolutions du Code Afep-Medef (sur les indemnités de départ des dirigeants). Proxinvest échange également avec les sociétés afin de les pousser à améliorer ce qu’il considère parfois comme discutable. Ce qui fait parfois l’objet de tensions.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

