Rémunérations : Proxinvest contre la hausse du fixe d'Alexandre Ricard
À quelques jours de l'assemblée générale de Pernod Ricard, les proxys affûtent leurs politiques de votes. Et Proxinvest a un avis bien tranché concernant la hausse de la rémunération fixe qui sera proposée lors du grand raout annuel des actionnaires du groupe de vins et spiritueux. Le cabinet demande aux investisseurs de dire "NON".
Le conseil d’administration de Pernod Ricard proposera à l’AG du 21 novembre d’augmenter de 16 % la rémunération fixe de son PDG Alexandre Ricard pour le nouvel exercice 2018-2019. Ce gain "correspond à une hausse moyenne pondérée de 4 % par année depuis la nomination d’Alexandre Ricard comme Président-Directeur Général, en février 2015, un niveau beaucoup trop rapide par rapport à l’inflation française qui n’a augmenté seulement que de 2,4 % depuis la nomination d’Alexandre Ricard. Selon la politique de Proxinvest, l’augmentation des rémunérations fixes ne devrait pas être supérieure à l’inflation", fait valoir Proxinvest. Et d'ajouter que cette hausse aura un "effet inflationniste élevé sur le bonus annuel qui est calculé en pourcentage du fixe (180 % maximum, soit 1.980.000 euros, +16 %) tout comme sur la rémunération actionnariale (options, actions gratuites) qui est plafonnée en pourcentage du fixe (150 % soit 1.650.000 euros, +16 %)".
Pourquoi Pernod Ricard a-t-il pris cette décision ? Dans son document de référence, le groupe explique que la rémunération fixe d'Alexandre Ricard est restée inchangée depuis sa nomination en tant que PDG. Il ajoute qu'il y a eu une accélération de la performance financière du groupe depuis qu'il est en poste. Il est aussi précisé que des analyses menées par deux cabinets extérieurs indépendants ont mis en évidence un écart important de sa rémunération (à la fois fixe et totale) par rapport à la pratique médiane des sociétés du CAC 40 et un écart plus important avec les sociétés du secteur des boissons. "Ainsi, il a été décidé par le Conseil d’Administration d’augmenter sa rémunération fixe afin qu’elle soit davantage alignée avec la pratique médiane du CAC 40 sachant que la capitalisation boursière de Pernod Ricard est au-dessus de la médiane du CAC 40", conclut le document.
Proxinvest conteste la pratique du benchmarking qui selon lui a un effet inflationniste sur les rémunérations et n'est pas en lien direct avec la performance relative. "Proxinvest estime qu’il est plutôt curieux qu’un dirigeant familial se prête à l’exercice de comparaison ("benchmarking") avec des managers externes d’autres entreprises alors qu’il est déjà capitalistiquement intéressé à la bonne marche des affaires et que son affectio societatis devrait lui permettre d’exercer en se contentant d’un ou deux millions d’euros de rémunération totale". L'argument peut étonner : un dirigeant devrait-il être moins bien payé que ses pairs s'il a un lien émotionnel et/ou familial avec l'entreprise ? La question mérite d'être posée. À noter que la pratique du benchmarking est courante et vient généralement compléter les réflexions des boards sur les rémunérations. Comme tout outil, elle peut-être discutée mais dans ces cas-là le débat est bien plus large que pour la seule résolution numéro 10 de Pernod Ricard. À noter que Proxinvest, qui publie une étude annuelle sur les rémunérations des sociétés cotées, ajoute que le fixe d'Alexandre Ricard (1,1 million d'euros) est en ligne avec les pratiques du CAC 40. En 2017, les patrons de l'indice phare parisien ont touché 1,13 million d’euros, selon les données publiées il y a quelques semaines par Proxinvest.
La société de conseil en votes revient également sur l'inflation de la fiche de paie d'Alexandre Ricard par rapport à celle des salariés. "Dans son dernier rapport sur les rémunérations des dirigeants des sociétés françaises, Proxinvest observe une hausse des rémunérations totales des dirigeants bien plus rapide (+14 %) que celle de leurs salariés (+4 %). Chez Pernod Ricard l’augmentation de 16 % proposée est sans aucune mesure avec la hausse de 1,47 % de la rémunération moyenne des salariés de Pernod Ricard (charges incluses) depuis l’exercice 2014-2015". Enfin, Proxinvest revient sur le bonus d'Alexandre Ricard qui peut excéder le fixe (180 %) et la rémunération long terme (150 % du fixe). Une pratique qui ne serait pas "saine" selon le Proxy. La famille Ricard possède environ 14 % du capital et 19 % des droits de vote. Elle ne pourra donc pas faire passer toute seule la résolution, mais rares sont les textes lies aux rémunérations rejetés par les actionnaires. Il faut généralement des montants très hauts et/ou un manque de transparence.
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