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Proxinvest / patrons / sbf 120
Ces patrons aux rémunérations gênantes
Proxinvest a publié aujourd’hui son étude annuelle sur les rémunérations des dirigeants du SBF 120, et il y a quelques conclusions plutôt gênantes. Pour mémoire, le rapport Proxinvest valorise l’ensemble des formes de rémunération des dirigeants, attribuées en l’occurrence au titre de l’exercice 2017. Sont ainsi pris en compte des éléments estimés classiques, tels que le fixe, le bonus annuel, les jetons, avantages en nature. Sont aussi ajoutés des outils de rémunérations classiques mais dont la valorisation peut être sujette à débat, comme les stock-options, actions gratuites de performance, intéressement en numéraire, etc.
Alors oui, la rémunération des dirigeants en 2018 a baissé de 4% à 3,6 millions d'euros, mais si l'on y regarde de plus près, les choses sont très disparates. La rémunération totale des Présidents exécutifs du CAC 40 a de fait augmenté de 12% sur la même période, à 5,8 millions d'euros - un record depuis la crise de 2008 - alors même que les bénéfices nets cumulés des quarante grandes entreprises françaises ont baissé de 6,2%, et l'indice phare de la Place de Paris, c'est à dire avec les dividendes réinvestis, a baissé de 8%.
C'est pourquoi la société de conseil, qui s'est à plusieurs reprises illustrée dans des avis bien tranchés sur la rémunération des grands patrons, crie à l'absence de cohésion sur le plan de performance actionnariale. Mais aussi, sur le plan social. La rémunération moyenne de 5,8 millions d'euros pour les Présidents exécutifs du CAC 40 n’avait pas été atteinte depuis 2003 et excède de nouveau, pour la deuxième année consécutive, la rémunération maximale socialement acceptable définie à 240 SMIC par Proxinvest, soit 5 millions d'euros. Dans le détail, si les rémunérations fixes diminuent, ce sont les rémunérations variables qui augmentent le plus, avec à la fois une quasi-disparition des stock options et la prépondérance des actions gratuites - soit 34% des augmentations en 2018.
Comme l'an dernier, Proxinvest a également publié son Top 5 des patrons les mieux lotis du SBF 120. Bernard Charlès, directeur Général de Dassault Systèmes, garde la tête du classement avec une rémunération totale de 33,1 millions d'euros, en hausse de 34,6% selon Proxinvest (22,9 M€ selon la société), grâce à une attribution gratuite d’actions de performance dont la valorisation a été retraitée par Proxinvest. L'homme est talonné par François-Henri Pinault, Président-Directeur Général de Kering, dont la prime exceptionnelle attribuée sous forme d’unités de performance sans condition de performance d’une valeur de 5,81 millions d'euros, ainsi qu’une convention d’assistance conclue avec sa holding Artémis d’un montant de 5,08 millions d'euros, font grimper le coût total à 17,3 millions d'euros (+75,7%) selon Proxinvest (12,2 millions selon la société). Pour ce qui est du troisième, il aurait potentiellement mieux fait s'il n'avait pas été pris la main dans le sac en cours de route. Carlos Ghosn, qui n’a perçu aucune rémunération variable au titre de l’exercice 2018 à la suite du rejet de la résolution par l’assemblée générale en juin 2019 (sur recommandation du conseil) et s'est vu privé d’actions gratuites et de retraite a touché (au moins) 13,3 millions d'euros au titre de 2018. Respectivement à la quatrième et cinquième place du classement, l'on trouve Douglas Pferdehirt, désormais à la tête de TechnipFMC - la société affiche des pertes nettes de 1,7 milliards d'euros sur l'année -, et Jean-Paul Agon, PDG de L'Oréal qui ont chacun touché 11,7 millions d'euros et 9,5 millions d'euros.
Sur la base de tous ces constats, la société de conseil en politiques de vote continue de militer pour des avancées en matière d’encadrement des rémunérations, que ce soit par la loi Pacte (Proxinvest salue la future publication du ratio d’équité), ou des évolutions du Code Afep-Medef (sur les indemnités de départ des dirigeants). Proxinvest échange également de manière régulière et constructive avec les sociétés afin de les pousser à améliorer ce qui peut être considéré parfois comme discutable. Avec comme but d'avoir une place de Paris exemplaire en termes de corporate governance.
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