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Série : les Patrons et "le Monde d'Après" - Alexandre Ricard

Politique économique / Alexandre Ricard / Pernod-Ricard

Politique économique
Alexandre Ricard / Pernod-Ricard

Série : les Patrons et "le Monde d'Après" - Alexandre Ricard - Pernod-Ricard

WanSquare a interrogé plusieurs grands patrons de la finance, de l'industrie, des services, à la tête d'entreprises internationales, ainsi que des économistes de renom, afin de leur demander, près de quatre mois après le début du confinement, comment ils abordaient "le Monde d'Après". Alexandre Ricard, P-D.G. de Pernod-Ricard a accepté de se livrer à l'exercice.
Alexandre Ricard - Pernod-Ricard - Crédit photo : DR
Alexandre Ricard - Pernod-Ricard - Crédit photo : DR

 

Comment votre entreprise a-t-elle traversé la crise du Covid-19 ?

 

En premier lieu, nous avons naturellement fait de la santé et de la sécurité de tous nos 19 000 collaborateurs dans le monde notre priorité absolue. Ensuite nous avons tenu à être au côté de nos partenaires que sont notamment les propriétaires et salariés des bars, restaurants et autres lieux de convivialité, durement touchés par les mesures de confinement, en leur apportant un soutien financier ou en leur proposant par exemple d’avoir accès à des formations en ligne. Mais ce qui restera pour moi le plus emblématique de cette période, c’est la mobilisation de nos collaborateurs. Grâce à leur engagement, nous avons pu rapidement adapter les sites de production qui pouvaient l’être afin de fournir plus d’un million de litres de gel hydroalcoolique ou trois millions et demi de litres d’alcool pur nécessaires localement à sa fabrication. Alors que nous sommes engagés dans un vaste programme stratégique baptisé "Transform & Accelerate", cette capacité de réaction et d’agilité restera, malgré le contexte, un signal très positif.

 

Y aura-t-il, pour vous, une "France d’après" cette crise sanitaire et économique

 

En France, comme d’ailleurs au-delà de nos frontières, la crise du Covid-19 et ses multiples corollaires viennent ajouter à un contexte déjà très incertain. Néanmoins, comme en toute crise, il faut voir l’opportunité. C’est dans cet esprit qu’avec 90 autres dirigeants nous avons signé il y a quelques semaines un appel à mettre l’environnement au cœur de la reprise. Nous devons collectivement nous engager pour une relance plus verte et plus inclusive. C’est ce qu’attendent pour ne pas dire "exigent" désormais de nous nos concitoyens, qui sont aussi nos consommateurs et nos futurs collaborateurs.

 

La crise du coronavirus va-t-elle rebattre les cartes de la mondialisation ?

 

Les premiers effets négatifs de la crise ont été ressentis en Europe bien avant que l’on ne recense les premiers cas d’infections sur notre sol. En cela, la crise aura confirmé l’interdépendance croissante de nos économies. Dans le même temps, les pays émergents ont pour beaucoup démontré leur résilience et, partout dans le monde, les principaux acteurs du commerce en ligne, globaux ou locaux, ont enregistré des croissances spectaculaires. Je crois donc que la crise n’a pas reconfiguré le monde que nous connaissions mais qu’elle a accéléré des mutations déjà engagées. Dans notre secteur, deux grandes tendances de consommation ont par exemple été encore plus prégnantes : la premiumisation, ce "consommer moins pour consommer mieux" qui a permis aux grandes marques internationales de mieux résister que les autres, et un engouement plus marqué encore pour les produits ancrés dans leurs terroirs, notamment les spiritueux craft qui ont beaucoup progressé aux États Unis.

 

Faut-il davantage de souverainisme économique comme le dit le Chef de l’État ?

 

Je crois que le véritable débat doit se poser en d’autres termes sous peine de nous contenter d’un nouveau catalogue d’incantations. On ne décrète pas l’attractivité ou la compétitivité ; on doit en créer les conditions tangibles. Si le monde entier envie à la France ses fleurons incontestés dans les secteurs du luxe ou des vins et spiritueux, c’est parce que ses principaux acteurs ont su et ont pu patiemment construire une véritable chaîne de valeurs, dont on voit aujourd’hui d’ailleurs combien elle est durable. Rien de grand ne germera du carcan du décret ou de la norme. Il faut au contraire soutenir, encourager et susciter la liberté entrepreneuriale. C’est pour moi le mot d’ordre pour garantir la pérennité de cet "après".

 

Êtes-vous inquiet de l’état de nos finances publiques après cette crise ?

 

Comment ne pas l’être ? Personne n’ignorait l’état de nos finances avant la crise, or la liste est longue des entreprises de toutes tailles qui ont, depuis, sollicité l’aide de l’État. Je suis très heureux que, comme Pernod-Ricard, de grands groupes aient fait le choix responsable et citoyen de ne pas y recourir. Il est désormais nécessaire de mobiliser nos moyens derrière deux priorités, la sauvegarde de l’emploi et la compétitivité de nos entreprises.

 

Si vous deviez souffler une mesure à nos dirigeants, quelle serait-elle ?

 

Ce ne serait pas pour leur souffler une mesure mais pour leur rappeler un principe : il faut savoir réformer ses réformes lorsqu’elles échouent. Je fais notamment allusion à la Loi Egalim, qui partait d’une démarche tout à fait louable, à savoir garantir un meilleur équilibre des relations commerciales entre producteurs et distributeurs. Or les effets produits sont rigoureusement inverses. Les distributeurs sont les grands gagnants, au détriment des producteurs et des consommateurs qui ont vu leurs dépenses augmenter. Pour envisager le "monde d’après", commençons par tirer les enseignements du passé.

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