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Elliott Management / Pernod-Ricard / Activiste
Comment Elliott se fourvoie en s'attaquant à Pernod-Ricard
C’est le 7 novembre dernier que le fonds vautour Elliott Advisors a avisé le groupe Pernod-Ricard qu’il avait acquis 0,5 % du capital du groupe de vins et de spiritueux. En un mois il a renforcé sa position et a déclaré tous les franchissements de seuil de 0,5 % comme l’imposent les statuts du groupe. Si bien qu’il a rendu public hier le fait de détenir officiellement 2,5 % du capital. Mais selon les professionnels du marché, il est fort probable qu’il détienne à ce jour bien plus, et qu’il déclare de nouveaux seuils dans les jours à venir.
En principe, un fonds activiste – c’est le nom officiel, mais dans le cas d’Elliott, et compte tenu de ses méthodes de cow-boys observées dans d’autres entreprises, il s’agit davantage d’un fonds vautour – s’attaque à des sociétés dont la gouvernance est en désordre, dont les résultats sont à la peine, où il n’y a pas de création de valeur et pas de perspective de croissance en l’état. Avec pour but de dépecer l’entreprise ou de la revendre à un autre acteur du secteur.
Dès le 22 novembre, lendemain de l’assemblée, deux Polytechniciens, qui n’ont jamais mis les pieds dans la moindre entreprise, et qui ne travaillent que sur des modèles mathématiques, ont été reçus poliment par Alexandre Ricard qui a écouté leurs doléances. À savoir que la gouvernance est "inadaptée", que le groupe est peu ouvert sur l’extérieur, et qu’il affiche une rentabilité inférieure aux standards de la profession. D’où la demande officielle faite par Elliott de mettre en place un plan d’économies de 500 millions d’euros, en supprimant des centaines d’emplois et en délocalisant dans des pays à bas coûts des usines de production. Mais surtout les représentants d’Elliott ont expliqué à Alexandre Ricard qu’un rapprochement avec un autre acteur du secteur serait le bienvenu.
Bien sûr, il y a dans toutes ces réclamations à la fois beaucoup d’exagération, de mauvaise foi et de contradiction, comme Elliott s’en fait une spécialité. La gouvernance de Pernod-Ricard n’a rien à envier aux standards mondiaux avec des personnalités comme Patricia Barbizet, le consultant américain Wolfgang Colberg ou Anne lange, spécialiste de la digitalisation. En matière de création de valeur, le groupe n’a pas de leçons à recevoir avec une capitalisation boursière qui a été multipliée par 4 en l’espace de dix ans passant de 10 à 39,5 milliards d’euros. Enfin, comme chaque groupe, Pernod-Ricard ne cesse d’améliorer sa rentabilité, comme en témoigne son plan d’économies de 200 millions d’euros, mené sans casser l’entreprise et en respectant sa culture et ses valeurs. D’où la production d’un free cash-flow historique de 1,4 milliard d’euros qui permet de réduire l’endettement.
Pernod-Ricard est surtout, de tous les groupes de vins et spiritueux, celui qui dispose du meilleur réseau de distribution en Inde comme en Chine, qui sont les deux réservoirs de croissance pour les années à venir. Cette pépite est le trésor caché de Pernod-Ricard sur lequel Elliott veut mettre la main pour le compte d’un tiers.
Bien sûr face à cette tentative de déstabilisation Pernod est bien armé avec un capital resserré entre les mains familiales et celles du Groupe Bruxelles Lambert, un corps social très soudé, des banquiers aux aguets (Lazard, Morgan Stanley et la Société Générale, banquier historique) et surtout un cours de Bourse au plus haut historique. Elliott a pour lui, son agressivité, des moyens financiers importants, des méthodes sans foi ni loi, et l’aide d’un certain Alain Minc. Mais même dans les meilleurs films américains il arrive que le Bon triomphe de la Brute.
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