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Covid-19 : l'économie mondiale durablement changée
Alors que les pays européens amorcent doucement leur déconfinement, avec l’espoir que l’activité reprenne au plus vite, tant du point de vue de la production que de la consommation, les experts et économistes s’interrogent sur l’impact d’une telle épidémie à plus long terme et les changements qu’elle pourrait entraîner sur le fonctionnement de la machine mondiale. Au-delà du débat sur la forme que la reprise prendra (en V en U ou en W), il est certain que l’économie mondiale sortira durablement changée de cette crise sanitaire. Ce de trois façons.
La conséquence la plus évidente de cette épidémie concerne l’endettement des États, qui va grimper de façon spectaculaire, les gouvernements ayant tous mis en place des programmes de relance sans précédent pour sauver entreprises et salariés du marasme économique. Selon les dernières projections du FMI, publiées le 15 avril, la dette publique mondiale devrait passer de 83,3 % du PIB en 2019 à 96,4 % du PIB en 2020, soit une hausse de 13 points en l’espace de 12 mois. Celle des administrations publiques aux États-Unis devrait ainsi grimper de 109% à 131% du PIB du pays, selon les estimations du Fonds, et celle de la zone euro de 84 % à 97 % du PIB de la région.
Et l'endettement ne devrait pas immédiatement diminuer en 2021, l'ampleur de la crise nécessitant une perfusion durable des économies. Certes, dans le contexte actuel de faiblesse des taux, "la hausse de l’endettement des États ne représentera pas nécessairement un problème majeur", selon Neil Shearing économiste en chef de Capital Economics. La combinaison d’une reprise économique plus ou moins vigoureuse et de taux maintenus au plus bas par les politiques accommodantes des banques centrales pourrait suffire à éroder progressivement le fardeau de la dette des États.
"Mais ceci sera le cas des pays qui s’endettent dans leur propre monnaie ; notamment parce qu’ils disposent de nombreux outils pour maintenir leur taux au plancher", poursuit l’expert. En revanche, les pays émergents, qui s’endettent en dollars, ou ceux de la zone euro, qui s’endettent dans une monnaie qui leur est commune, seront confrontés à des choix plus difficiles. Et certains devront sans doute faire défaut sur une partie de leur dette pour ne pas mourir asphyxiés par leur endettement. L’Italie, pays d’Europe le plus touché par l’épidémie et dont le PIB devrait chuter de 9% cette année, est l’un des pays les plus exposés au risque de restructuration de sa dette. Ses taux sont en forte hausse depuis le début de la crise, malgré le programme d’achats de titres massif instauré par la BCE.
Deuxième conséquence de cette crise sanitaire mondiale : le rôle des États. Si en 2008, ces derniers étaient surtout intervenus pour aider les institutions financières, ils ont cette fois-ci largement étendu leur spectre d’intervention, proposant des prêts garantis à l’ensemble des acteurs économiques, ainsi que des plans de soutien à l’emploi massifs via le financement du chômage partiel. Certes, il est possible que les États se retirent très progressivement, lorsque la crise économique se résorbera. Mais la demande mettra du temps à repartir, du fait de l’effondrement de la confiance des acteurs économiques, de la fragilité des ménages touchés par le chômage lié à la faillite inévitable de certaines entreprises du secteur des services plus affectées par le Covid. Il est donc probable que les États resteront durablement impliqués. Par ailleurs, "s’il est facile pour l’État de se doter de nouveaux moyens d’intervention, il est généralement plus dur pour lui de diminuer son champ d’action", avertit Neil Shearing. "En vérité, il est trop tôt pour dire comment cela va se passer. Mais la perspective d'un État plus interventionniste soulèvera de nombreuses questions difficiles pour les décideurs politiques, notamment celle de savoir comment le financer".
Troisième changement lié au Coronavirus : une montée en puissance des mouvements nationalistes et anti-mondialisation. Un phénomène sur lequel le Président français a déjà alerté dans une interview au Financial Times il y a quelques semaines, dans laquelle il avait plaidé pour un instrument de relance européen, au risque de renforcer le rang des formations populistes. Alors que les représentants du G20 ont jusqu’à présent échoué à prendre des mesures coordonnées en réponse à l’épidémie actuelle, les dirigeants populistes eux, se sont servis de la crise pour renforcer leur base de soutien et consolider leur stratégie de repli. Le Président américain a ainsi suspendu l’immigration aux États-Unis pendant 60 jours, Viktor Orban a suspendu le Parlement hongrois et statue uniquement par décrets depuis le début de la crise, tandis que le président brésilien Jair Bolsonaro a ravivé le conflit avec le Congrès en apportant son soutien aux manifestations antidémocratiques. Les nationalistes devraient encore gagner du terrain une fois que le virus se sera estompé et que les conséquences économiques négatives liées aux longs mois de confinement se feront réellement sentir.
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