Politique économique / coronavirus / France / Bercy / BCE
Politique économique
coronavirus / France / Bercy / BCE
Coronavirus : l'irresponsabilité de Bruno Le Maire
La propagation du coronavirus sur le Vieux Continent a fait dégringoler l'ensemble des bourses européennes depuis une semaine et conduit les représentants politiques à se prononcer sur le sujet, tant du point de vue des mesures sanitaires mises en place, que du potentiel impact économique de l'épidémie. Sur ce second sujet, et malgré la difficulté à ce stade d'établir des prévisions chiffrées, certaines personnalités ont manqué de prudence, ou de responsabilité. C'est le cas du ministre de l'Économie Bruno Le Maire, qui a ainsi affirmé la semaine dernière que l'épidémie aurait un effet négatif de 0,1 point sur la croissance de l’Hexagone. Alors que depuis les déclarations du ministre, le nombre de personnes contaminées est passé de 18 à 38 cas dans le pays, une telle prévision chiffrée paraît pour le moins prématurée.
Certes, le FMI a pour l'instant estimé que l'épidémie coûterait 0,1 point à la croissance mondiale cette année. Mais cette prévision a depuis fait l'objet de nombreuses critiques de la part des économistes. "Aujourd'hui à l'instant T nous n'avons pas suffisamment d'informations nous permettant de savoir quel sera l'impact réel sur la chaîne de production", explique ainsi Christopher Dembik, directeur de la recherche macro chez Saxo Bank. Qui estime par ailleurs que l'économie mondiale est confrontée à une crise assez inédite puisqu'il s'agit d'un choc à la fois sur l'offre et la demande. Selon Éric Chaney, conseiller économique de l'institut Montaigne, les anticipcations du FMI sont bien trop optimistes, et sont sans doute une façon pour l'institution de rassurer les États et les populations.
Côté français, le gouverneur de la Banque de France s'est montré plus prudent que le ministre de l'Économie. François Villeroy de Galhau a ainsi déclaré mardi que les perturbations engendrées par l'épidémie liée au coronavirus pousseraient la Banque de France à abaisser "légèrement" sa prévision de croissance pour 2020, dans un contexte qui s'annonçait déjà bien compliqué pour l'économie nationale. Pour l'instant, la BDF anticipe une progression de 1,1% du PIB pour cette année (contre 1,3% initialement anticipé), et pourrait actualiser ses anticipations le 23 mars prochain, date de la publication de ses chiffres révisés. Le gouverneur s'est bien gardé de préciser l'ampleur de la révision.
Face aux déclarations de Bruno Le Maire, la position du ministre de l'Économie allemand apparaît plus raisonnable. Peter Altamaier a ainsi déclaré hier que l'épidémie de nouveau coronavirus "peut avoir un impact" sur la conjoncture allemande au premier trimestre. Annonçant du même coup envisager des mesures de soutien aux entreprises mais pas de "plan de relance". "Il semble qu'enrayer l'épidémie en Chine prenne plus de temps que ce que les autorités avaient pensé, et que le virus se propage en Europe plus vite qu'attendu", a noté Peter Altmaier devant la presse. "Ceci pourrait avoir un impact économique au premier trimestre, mais qui pourra être rattrapé en partie au troisième et quatrième trimestre." Et d'ajouter : "c'est pourquoi il n'est pas possible de quantifier sérieusement" cet effet.
La BCE pourrait elle aussi réviser ses prévisions de croissance, lors de la prochaine réunion de politique monétaire, qui se tiendra à Francfort le 12 mars prochain. D'autant que comme tous les trimestres, les équipes d'économistes de l'institution devraient dévoiler leurs nouvelles projections macroéconomiques. Lors des dernières estimations de décembre, ils avaient annoncé une croissance de 1,1% pour cette année, et de 1,4% sur 2021 et 2022 en zone euro. Mais ces estimations ont donc été réalisées avant que l'épidémie de coronavirus ne frappe la planète.
Ces prévisions officielles, le 12 et le 23 mars devraient en tout cas aider les États à ajuster leurs propres estimations et à établir en fonction de cela des mesures de soutien à la croissance adaptées à l'ampleur du potentiel choc économique. Une façon de procéder plus raisonnable que de lancer des estimations sans fondement.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

