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Les conditions financières mondiales se sont retournées
Les indicateurs afférents aux conditions financières sont particulièrement suivis par les acteurs de marché en ce sens qu’ils donnent des pistes quant à la direction prise par l’activité économique dans les temps à venir. Afin d’estimer le degré d’accommodement des conditions financières mondiales, Oxford Economics recourt à une multitude de variables financières (taux de change, spread de crédit, taux d’intérêt, prix des actions) pour construire son indice. La variation de ces indicateurs peut envoyer le signal de conditions financières plus souples - l'indice augmente -, par exemple lorsqu’a lieu une baisse de taux d’intérêt de la banque centrale ou une dépréciation du taux de change. Au contraire, lorsque les marchés actions dévissent ou que les spreads de crédit s’écartent, les conditions financières sont plus restrictives - l'indice baisse. C’est ainsi que les conditions financières se sont détendues au cours de l’année 2019 sous l’effet des politiques monétaires plus accommodantes - donc d’une baisse du taux d’intérêt - menées par les banques centrales, que ce soit au sein des économies avancées ou émergentes.
Sans surprise, l’on assiste, au sein des économies avancées et émergentes, à un retournement des conditions financières depuis le début de l’année 2020 en raison de la montée en puissance de l’épidémie de pneumonie virale - 90.914 cas et 3.116 décès à l’heure où nous parlons. Évidemment, le principal canal au travers duquel a eu lieu ce durcissement est la chute que les marchés actions ont connue sur toute la planète. Sur les mois de janvier et février, Oxford Economics fait état de baisses de plus de 10% au Brésil, au Japon, en Russie ou encore au Royaume-Uni.
Concernant les taux d’intérêt, si les obligations d’Etat jugées sûres par le marché, telles que celles émises par les économies avancées, ont plutôt connu des baisses de leurs rendements – améliorant de fait les conditions financières -, les spreads EMBI, eux, – le rendement supplémentaire qu’exigent les investisseurs pour détenir une obligation souveraine émergente par rapport à une obligation souveraine américaine - s'est relativement tendu dans la plupart des régions émergentes même si de manière plutôt "contenue". Le cabinet londonien évoque une hausse de 30 points base du rendement des obligations souveraines brésiliennes et russes.
Autre élément concourant à un resserrement des conditions financières : la hausse des taux d’intérêt des obligations d’entreprises. En effet, Tamara Basic Vasiljev, économiste senior chez Oxford Economics, explique que le segment le plus risqué de ces dernières, le high yield, a été quelque peu chahuté par le coronavirus – les indices high yield américains et européens ont perdu 2,5 lors de la dernière semaine de février selon Oxford Economics. Ainsi, Tamara Basic Vasiljev prévient qu’une "hausse prolongée" des taux d’intérêt des obligations high yield pourrait mener les entreprises les plus fragiles à la faillite. Elle précise toutefois qu’il faudrait attendre une dégradation de leurs conditions financières durant plusieurs mois avant de voir de tels phénomènes se produire.
Prenant du recul, l’économiste rappelle que les conditions financières se sont déjà resserrées dans une ampleur comparable, que ce soit durant l’année 2018 ou même auparavant. Si, selon elle, l’épisode devrait être de "courte durée", il n’en demeure pas moins que la dégradation des conditions financières liée à une panique des marchés – comme cela semble être le cas – plutôt qu’à une érosion des fondamentaux aura quand même un coût pour l’économie réelle.
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