Macro-économie / Taux / Espagne / europe / crise / Politique budgétaire / tourisme / PME / confinement / oxford economics
Macro-économie / Taux
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Pourquoi l’Espagne est la grande perdante de la crise économique
Parmi les économies majeures du monde, l’Espagne se détache comme le pays ayant le plus chuté à cause de la pandémie mondiale, avec des pertes cumulées de PIB de 23% depuis le début de l’année. Comme l’induisent les analystes d’Oxford Economics, les mauvais résultats de l’autre côté des Pyrénées étaient prévisibles, du fait de la vulnérabilité structurelle du pays, bien antérieure au confinement. Cependant, une telle perte de production est étonnante et mérite d’être analysée, car ses voisins ont subi des chutes moins vertigineuses : en comparaison, l’impact du coronavirus cumulé ces deux derniers trimestres a engendré une chute du PIB de 18,9% en France, de 11,9% en Allemagne et de 17,3% au Portugal.
Une incapacité à s'adapter aux mesures de confinement
L’Espagne a tout d’abord souffert de mesures de confinement beaucoup plus sévères que celles de ses voisins, notamment parce que le nombre de cas et de morts dans le pays était très important. Dès lors, l’arrêt total et de longue durée de son activité économique permet en partie de comprendre la chute du PIB du pays, surtout lorsque l’on voit que les travailleurs espagnols sont les plus nombreux et ceux qui sont restés le plus longtemps sans travailler de toutes les économies du G-20.
De surcroît, le territoire ibérique affiche une bien faible résilience pour faire face au confinement. Selon les chiffres de l’OCDE, l’Espagne est 25e sur 27 si l’on regarde la possibilité pour un emploi d’être exercé à distance : seulement 30% des emplois se prêtent au télétravail, un chiffre qui tombe à 20% dans plusieurs régions, car une large partie de l’économie espagnole est tournée vers des métiers industriels qui requièrent une présence physique (transport, logement, services de restauration, tourisme). Dans cette mesure, de nombreux secteurs ont connu un arrêt total d’activité, alors que dans les pays voisins de l’Espagne, on avait plutôt affaire à un ralentissement sans arrêt net.
Un impact décuplé par sa dépendance au tourisme
L’Espagne doit donc cette chute de PIB remarquable à une mauvaise préparation de son économie à un choc tel que celui de la Covid-19. On pourra s’attarder sur la dépendance particulièrement forte du pays au tourisme (12% du PIB total), secteur ayant connu un arrêt brutal et qui mettra beaucoup de temps à se reconstruire. En avril, les arrivées de touristes sont littéralement tombées à zéro du fait de la fermeture des frontières. Sur l’ensemble du deuxième trimestre, les arrivées ont chuté de 97%, ce qui représente des perte de 25 milliards d’euros pour le secteur.
Le tourisme, particulièrement développé en Espagne, est aussi l’une des raisons pour lesquelles c'est le pays d’Europe qui compte le plus grand nombre d’emplois à temps partiel. Il n’est pas étonnant, face à ce modèle économique fragile, que le coronavirus ait répandu une onde de choc plus importante qu’ailleurs. Dans toute l’Europe, les travailleurs à temps partiel ont été les plus atteints par la crise, dans cette optique il est assez logique que le million de travailleurs ayant perdu leur emploi en Espagne concerne presque exclusivement ce type de contrat.
Mécaniquement, la consommation des ménages s’est effondrée de manière plus forte qu’ailleurs. Les dépenses des Espagnols se sont contractées de 20% au deuxième trimestre, doublant les baisses observées en France ou aux Etats-Unis, et la machine économique tarde davantage qu’ailleurs à se remettre en marche.
Des entreprises vulnérables par leur taille
Une autre faiblesse espagnole, bien antérieure à la Covid-19, mais que la crise met particulièrement en lumière, est le nombre trop important de PME en Espagne. Elles représentent en effet 72% des emplois en Espagne, contre une moyenne de 66% sur l’ensemble de l’UE, et la différence est encore plus remarquable concernant les micro-entreprises. Moins capables de résister à un choc pandémique, de surcroît parce que nombre d’entre elles ont une activité liée au tourisme, ces petites entreprises n’ont été que 40% à rouvrir après le confinement.
Que font les politiques ?
Face à cette chute vertigineuse, la réponse budgétaire du pays est bien faible comparativement à ses voisins. Alors que l’Allemagne a consacré plus de 9% de son PIB à la relance et la Norvège près de 6%, l’Espagne a répondu à la crise par des aides à hauteur de 3% de son PIB. Sur le court terme, nous apprend Oxford Economics, seul un soutien budgétaire très important aurait empêché des faillites généralisées dans les secteurs les plus touchés. Dès lors, les analystes estiment que d’ici la fin de l’année, l’économie espagnole sera encore de 7% inférieure à son niveau pré-pandémique, situation plus catastrophique qu’un grand nombre de pays développés.
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