Macro-économie / Taux / taux négatifs / Allemagne / Politique monétaire / taxes / Epargne
Macro-économie / Taux
taux négatifs / Allemagne / Politique monétaire / taxes / Epargne
Taux négatifs : les Allemands pourraient banquer
Les épargnants allemands voient rouge. Alors que la Banque centrale européenne (BCE) s’apprête à prendre une nouvelle série de mesures à compter du 12 septembre – date de la prochaine réunion du Conseil des gouverneurs – les banques outre-Rhin réfléchissent à une potentielle taxation des dépôts pour compenser la compression des marges. Mais l’exécutif allemand s’oppose à ce que les Allemands soient pris comme la variable ajustable du secteur bancaire, pour qui l'unique responsable de la fragilité des établissements européens de crédit est la BCE.
C'est le ministre des Finances allemand, Olaf Scholz, qui le 22 août dernier a été le premier à s'emparer du sujet. Lors d'un débat avec le chef de l'Union chrétienne-sociale Markus Söder, Olaf Scholz a déclaré que l’Allemagne souhaitait interdire la taxation des dépôts pour les petits épargnants dont les placements bancaires sont inférieurs à 100.000 euros. Il s’est toutefois montré prudent en expliquant que ces mesures seront "compliquées à mettre en place et prendront du temps". Car Berlin étudie le cadre législatif qui lui permettrait de prohiber les taux d'intérêt négatifs sur l'épargne tout en respectant le droit de la profession bancaire du pays.
Si les banques veulent imposer leur loi, c’est qu’elles subissent un taux de - 0,40 % lorsqu’elles placent chaque jour leur excédent de liquidité dans les coffres de la Banque des banques. Cette mesure, dite de "pénalité" pour les banques qui n’octroient pas assez de crédit, a rapporté 21,4 milliards d’euros à la BCE sur les cinq dernières années, selon la fintech allemande Deposit Solutions. Et c’est bien le secteur bancaire outre-Rhin - juste devant la France - qui souffre le plus des taux négatifs, supportant à lui seul 32,6 % des frais versés à l'institution entre 2016 et 2018.
La décision des établissements de crédit allemands d’appliquer une taxe sur les dépôts s'explique aussi par la faiblesse des rendements de leurs avoirs obligataires. Les banques allemandes, gorgées de titres de dette nationale, doivent s’accommoder d’un Bund à dix ans qui atteint un nouveau record à la baisse en début d'après-midi aujourd'hui à - 0,722 %. La chute des rendements sur la dette publique allemande participe à l’effondrement des bénéfices bancaires qui ont chuté de 9,1 % l’an dernier. Une situation qui ne devrait pas s'arranger puisque le consensus table sur un nouvelle baisse des taux allemands, le plus prisé des titres d’État au monde se faisant de plus en plus rare sur le marché. Il ne serait pas étonnant que le taux à dix ans franchisse le seuil des - 1 % d'ici à la fin de l'année, tant sa décrue est bien amorcée.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

