Macro-économie / Taux / Yann Leriche / Getlink
Macro-économie / Taux
Yann Leriche / Getlink
L'année 2023 vue par… Yann Leriche /
Directeur Général de Getlink
Quelles sont vos perspectives pour l’économie mondiale ?
Incertaines ! La multiplication des chocs de grande ampleur a rendu la prévision pratiquement impossible. L’INSEE prévoit une contraction du PIB français au quatrième trimestre, alors que la Banque de France estime qu’il sera en augmentation. Nous ne cherchons pas à savoir qui a raison, mais établissons plusieurs scénarios dans nos prévisions. La capacité à passer rapidement de l’un à l’autre est ce qui nous a permis de traverser la crise sanitaire au mieux de ce qu’il était possible de faire et de sortir de celle-ci avec une part de marché renforcée sur le transmanche. Nous continuons à travailler cette agilité et à accélérer notre transformation.
Estimez-vous possible une dégradation du commerce international en raison du contexte géopolitique ?
Le retour au premier plan de la géopolitique a replacé la frontière au cœur des vies de millions d’Européens. Le Tunnel sous la Manche est un maillon logistique vital entre une grande puissance, la Grande-Bretagne, et la première région économique du monde, l’Europe. 25 % des flux de marchandises y transitent. Ces flux ont été perturbés par la mise en œuvre du Brexit, qui a introduit de nouvelles formalités.
Mais comment faire en sorte que cette frontière ne soit bureaucratique ? Tel était notre défi ! Nous avons lancé plusieurs transformations pour devenir l’opérateur d’une frontière intelligente, intégrant le maximum de services digitaux. Nos clients fret peuvent par exemple déposer leurs documents douaniers sur notre plateforme numérique pour créer un "Border Pass". Lorsque leurs camions arrivent sur nos terminaux de Calais ou Folkestone, avant d’embarquer sur nos trains, nous nous chargeons de communiquer les informations de leur Pass aux autorités des 2 pays de façon automatique. C’est à la fois fluide et simple. Plus la complexité administrative augmente plus nous devons redoubler d’effort dans la simplification la relation client.
Comment gérez-vous l’inflation actuelle, d’où qu’elle vienne (matières premières, pénuries multiples, hausses de salaires)
Nos priorités stratégiques reposent sur la performance opérationnelle et le client. Sur la partie opérationnelle, l’inflation nous conduit à aller encore plus loin dans l’optimisation de la consommation de ressources, l’objectif étant d’être le plus sobre possible, de consommer au plus juste. C’est un travail au quotidien qui est mis en œuvre par toutes nos équipes. Quant à nos clients, il ne faut pas oublier qu’eux aussi subissent les impacts de l’inflation et de la volatilité de la situation économique. Ils ont en conséquence de nouvelles attentes. Nous voyons par exemple une nette augmentation de la demande de flexibilité dans leurs réservations : ils veulent arriver à Calais et monter avec leur véhicule dans le prochain train qui les amènera en 35 minutes de l’autre côté de la Manche, sans se préoccuper de leur horaire précis d’arrivée… ni même de leur jour de départ. C’est une illustration des nouveaux défis qui se posent à nous en cette période de fortes mutations : offrir plus de liberté à nos clients tout en continuant à être efficace, avec des trains remplis et une consommation d’énergie optimisée.
Face à toutes ces incertitudes, comment faites-vous évoluer votre stratégie ? La crise économique actuelle n’est-elle pas une opportunité pour accélérer la transition énergétique ?
Nous avons la chance d’être un groupe très bien positionné vis-à-vis de la transition énergétique. Notre chiffre d’affaires est déjà à 84 % décarboné. Grâce à un tunnel 100 % électrique, des trains de fret qui sillonnent l’Europe et depuis cette année l’interconnexion ElecLink, nous permettons aux personnes, aux marchandises et à l’énergie, de se mouvoir avec une emprunte carbone réduite. Notre stratégie n’est pas remise en cause par les incertitudes sur nos marchés : notre ambition c’est de permettre le mouvement bas carbone pour tous. Plus que la crise économique actuelle, les enjeux climatiques nous amènent à renforcer nos actions contre le réchauffement de la planète. Nous voulons faire notre part du travail, en questionnant profondément la juste contribution attendue d’un groupe comme Getlink à ce que l’on peut qualifier de combat du siècle. Les entreprises sont aujourd’hui jugées par la plupart des agences de notation extra-financières sur leur capacité à réduire leurs émissions de CO2 d'une quantité donnée, en prenant leurs émissions passées comme référence. On demande donc le même effort relatif aux entreprises peu émissives qu’aux entreprises fortement émissives. C’est une absurdité environnementale et un non-sens économique ! Pour sortir de ce type d’impasse et construire une approche scientifique nous avons créé la chaire "Initiative for effective comporte climate action" avec l’École d’Économie de Toulouse. 2023 nous permettra de partager le fruit de ces travaux. En effet, seule une approche économique fondée sur la recherche et la pratique d’entreprise permettra d’atteindre les objectifs de décarbonation fixés par l’Europe.
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