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Evenements / Assemblée générale / TotalEnergies / transition énergétique / Ambitions climatiques

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Assemblée générale / TotalEnergies / transition énergétique / Ambitions climatiques

L’exercice de pédagogie de Patrick Pouyanné / Un appel au bon sens sur le scope 3

Après avoir sévi aux assemblées générales de Shell, de BP ou encore de la banque Barclays, accusée de financer l’expansion de projets d’hydrocarbures, les militants écologistes ont tenté d’empêcher ce vendredi matin la tenue de la réunion annuelle des actionnaires de TotalEnergies. Une situation que le président-directeur général du groupe a déplorée mais qui fut aussi l’occasion pour lui de rappeler l’exemplarité de son entreprise en matière d’engagements et d’objectifs climatiques.
Patrick Pouyanné, président-directeur général de TotalEnergies (©Photo by Christophe ARCHAMBAULT / AFP)
Patrick Pouyanné, président-directeur général de TotalEnergies (©Photo by Christophe ARCHAMBAULT / AFP)

"Nous sommes ouverts, le dialogue doit continuer ", a répondu ce vendredi matin, au moment de la session de questions-réponses de l’assemblée générale de TotalEnergies, Patrick Pouyanné à un représentant de l’ONG néerlandaise, Follow This, leader d’une coalition de 18 actionnaires (dont La Financière de l’Echiquier, Edmond de Rothschild AM, Mandarine Gestion, Sycomore AM, etc) et qui avait déposé une résolution climat dissidente. Une qualité d’échanges et de transparence sur les enjeux climatiques reconnue d'ailleurs par le féroce fonds activiste Phitrust, présent également Salle Pleyel.

 

Un soutien inattendu aux manifestants

 

Et pourtant, quelques heures plus tôt, une centaine de militants écologistes avaient tenté d’empêcher la tenue de ce rendez-vous annuel pour les actionnaires afin de protester contre les activités pétrolières de la multinationale française. Une action qui, si elle a nécessité l’intervention des forces de l’ordre, l’usage de gaz lacrymogène et des mesures de contrôle strictes, a étonnamment été soutenue par la Première ministre, Elisabeth Borne.

A l’occasion d’un point presse organisé en marge d’un déplacement en Côte-d'Or, la cheffe du gouvernement a déclaré que les militants présents, "étaient dans leur rôle d’alerter", avant d’ajouter qu’elle ne pouvait "qu’encourager TotalEnergies à accélérer sa transition vers les énergies renouvelables".

Des échauffourées que le président-directeur général a quant à lui déplorées. "Je tiens à remercier les 500 actionnaires qui sont présents dans la salle aujourd’hui et qui ont eu le courage de venir nous rejoindre. Je voudrais vous dire combien nous regrettons les conditions dans lesquelles se déroule cette assemblée générale ", a-t-il déclaré en début d’assemblée générale.

 

D’autres produiront du pétrole

 

Aussi, tout au long de son discours, Patrick Pouyanné a tenu à rappeler aux actionnaires les engagements de son entreprise depuis 2020. "Votre compagnie s’est engagée dans une transformation profonde de son modèle d’affaires car nous assumons pleinement la stratégie multi-énergies. Celle-ci repose sur un équilibre avec d’une part notre volonté d’assumer une part d’approvisionnement en pétrole et en gaz, et d’autre part, la volonté de construire un acteur fort dans le domaine de l’électricité, un acteur intégré sur toute la chaîne de valeur de la production d’électricité à partir d’énergies renouvelables jusqu’à la commercialisation ", a-t-il affirmé.

Dans le pétrole, cette stratégie consiste, selon lui, "à répondre à une demande qui reste importante mais aussi à s’adapter à l’anticipation d’une baisse de cette demande au tournant des années 2030", soulignant dans le même temps que "la demande de pétrole au niveau mondial est en croissance et que si TotalEnergies n’y répond (ait) pas d’autres le fer (aient) à (sa) place. De même, si nous vendons nos actifs pétroliers comme certains le souhaitent, d’autres les utiliseront, ce qui n’aura aucun impact pour la planète et serait contraire aux intérêts de la compagnie ", a rappelé Patrick Pouyanné.

 

Pas responsable des émissions des clients

 

Une allusion à la résolution climatique de la coalition d’actionnaires qui juge les ambitions du groupe sur son scope 3 (émissions des clients) pas assez ambitieuses. "Je tiens à vous le dire en toute franchise. Cette résolution n’apportera pas une réponse crédible au changement climatique. Ce n’est pas TotalEnergies qui va décider seul quels sont les besoins de nos clients même si nous pouvons agir et nous agissons déjà par la diversification de nos offres d’énergies. C’est bien une action concertée de tous les acteurs de la chaîne qui peut avoir un impact concret sur les émissions mondiales de gaz à effet de serre. Mais pour cela, il faut d’abord que nos clients aient des objectifs sur leur scope 1 ", s’est défendu Patrick Pouyanné, prenant également en exemple la stratégie de son groupe dans le gaz. "Nous assumons aussi notre stratégie dans le gaz naturel liquéfié en raison de son rôle positif dans la transition énergétique […] en se substituant au charbon. Une centrale à gaz émet deux fois moins de CO2 qu’une centrale au charbon ", a-t-il souligné. Grâce au gaz naturel liquéfié, le groupe aurait ainsi évité, en 2022, l’émission de 70 millions de tonnes de CO2.

 

Renforcement des objectifs

 

Pour le président de la compagnie, à cela s’ajoutent tous les investissements engagés chaque année et ce uniquement en faveur du développement des énergies renouvelables. "Nous avons accéléré les investissements dans la transition énergétique : 2 milliards de dollars en 2020, 3 milliards en 2021, près de 4 milliards investis en 2022 et ce chiffre progressera encore en 2023 pour atteindre 5 milliards de dollars. Ces montants représentent un tiers de nos investissements dans la transition énergétique ", a détaillé Patrick Pouyanné. "Et pour les grincheux qui nous accusent de greenwashing, sur les 10 milliards de dollars d’acquisitions et de prises de participations réalisés en 2022, plus de moitié a été consacrée aux nouvelles énergies", a-t-il ajouté.

Mais déterminé à aller encore plus loin, le dirigeant a tenu également à défendre le rapport "Sustainability & Climate" par lequel le conseil d’administration de l’entreprise a décidé de revoir ses objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre pour 2050. Celui-ci prévoit en effet d’atteindre la neutralité carbone à cet horizon et de tendre également vers le zéro méthane, avec -50 % en 2025 et -80 % en 2030. "Si nous accélérons nos investissements, nous proposons également de renforcer nos objectifs de réduction d’émissions pour celles opérées par le scope 1 et 2 directement liées à nos activités. En mars 2023, le conseil a décidé de renforcer ses objectifs avec une baisse en valeur absolue de 38 millions de tonnes dès 2025 au lieu de 2040 précédemment. Une baisse de près de 30 % a déjà été réalisée entre 2015 et 2022. ", a affirmé le dirigeant.

 

Agir en faveur de la transformation des entreprises

 

Pour ce faire, un programme d’un milliard de dollars sur les deux prochaines années a été établi pour revoir l’efficacité énergétique des sites de la multinationale. "Nous sommes par ailleurs engagés à contribuer à la baisse des émissions de nos clients. Concernant l’intensité du mix énergétique que nous leur vendons, nous proposons d’atteindre -25 % en 2030 et -15 % des 2025. Déjà -12 % ont été réalisés depuis 2015", a tenté de rassurer Patrick Pouyanné, désireux de faire comprendre que "le climat est au cœur des préoccupations du groupe " et que son plan est le bon. "Nous agissons pour répondre à la demande de transformation en énergie de nos clients et ainsi les aider à réduire leur scope 1 et 2 comme dans le secteur aérien en proposant des carburants aériens durables ou encore pour les cimentiers avec notre offre de stockage de CO2", a-t-il pris le temps d’expliquer.

 

De l’audace

 

Et si la coalition d’actionnaires est sceptique, ce n’est pas le cas de Transition Pathway Initiative et de Climate Action 100 + (initiatives d’investissements responsables), qui auraient, selon Patrick Pouyanné, jugé suffisamment ambitieux les objectifs de TotalEnergies pour atteindre le net zéro d’ici 2050. "Il n’y a que trois compagnies pétrolières sur plus de 50 qui ont reçu cette qualification ", a-t-il mentionné, ajoutant que "très peu de sociétés ont eu l’audace de décrire ce qu’elles seraient en 2050 alors que nous l’avons fait en décrivant la trajectoire. En 2050, notre modèle aura profondément été transformé puisque la moitié de nos productions d’électricité seront d’origine renouvelable et notre production d’hydrocarbures aura été divisée par quatre ".

Un argumentaire qui semble avoir séduit les actionnaires présents à l’assemblée générale – peut-être déjà conquis d’avance compte tenu des très généreux dividendes reversés par la compagnie - puisqu’ils ont approuvé à 88,76 % le rapport Sustainability & Climate 2023 du groupe. Ils ont en revanche, et sans surprise, rejeté à près de 70 % celle, non agréée par le conseil d’administration, de la coalition d’actionnaires menée par Follow This.

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