Feuilleton de l'été / Claire Vernet-Garnier / Infravia
Feuilleton de l'été
Claire Vernet-Garnier / Infravia
Série d’été - ces jeunes talents qui construisent la France de demain /
Claire Vernet-Garnier, directrice "asset management" chez InfraVia
A l’orée de l’âge adulte, une carrière de joueuse de tennis professionnelle s’offre à Claire Vernet-Garnier. Elle joua pour l’équipe de France cadets par équipes et participa au prestigieux tournoi des "Petits As" mais fera in fine un autre choix. "A 16-17 ans, vous avez une idée de votre capacité à figurer parmi les tout meilleurs. Les doutes étaient permis, les blessures trop nombreuses, et j’avais aussi envie de réaliser d’autres choses que d’écumer les courts de tennis", confie Claire Vernet-Garnier, dans un entretien accordé à WanSquare. Aussi, après dix ans à consacrer la moitié de ses journées aux entraînements et tournois de tennis tant en France qu’à l’étranger, la native de Reims mène un parcours académique plus ordinaire à la suite de l’obtention de son baccalauréat.
Elle intègre une classe préparatoire économique et commerciale avec la volonté ferme d’enrichir son bagage académique en raison du temps qu’elle a dédié au sport de haut niveau. Elle rejoint alors Audencia : "Je m’intéresse assez vite à l’économie et au management, mais plutôt orienté finance, finance d’entreprise en particulier", se remémore-t-elle. "Participer à faire de la finance un outil au service de la croissance des entreprises était quelque chose qui résonnait en moi", ajoute-t-elle.
Entrée en banque d’affaires
C’est ainsi qu’au sortir de l’école de commerce, la banque de financement et d’investissement de Société Générale l’accueille en tant qu’analyste equity capital markets (ECM). Nous sommes alors en pleine crise financière mondiale. "Sans surprise, vu le contexte, les introductions en Bourse se faisaient plutôt rares. En revanche, nous multiplions les opérations de recapitalisation, les banques elles-mêmes étaient concernées au premier chef, je me souviens aussi des opérations de renforcement des fonds propres d’ArcelorMittal, Faurecia ou encore Saint-Gobain", explique Claire Vernet-Garnier.
Elle traverse la Manche un an plus tard pour continuer à évoluer en ECM ; Bank of America Merrill Lynch la recrute. "Cela m’a permis de me frotter à une culture et à des opérations plus internationales", fait-elle valoir. Elle y restera trois ans avant de revenir au sein de la banque rouge et noire où elle passe Associate puis Vice-President, et participera notamment à l’introduction en Bourse du loueur Europcar et à la fusion entre Vivalis et Intercell qui permettra l’éclosion d’un des leaders européens des biotechnologies Valneva.
Sur-mesure chez Euronext
Puis, elle rejoint au printemps 2015 l’opérateur de marchés Euronext où elle dirigera l’activité "Pre-Listing". "Je ne voulais pas quitter le monde de la finance. Toutefois, le moment était venu de participer au développement d’une entreprise en son sein : lancer une nouvelle activité concurrentielle chez Euronext et faire émerger les 'Corporate Services' était une occasion unique de se frotter à une expérience quasi-entrepreneuriale, avec le défi de le faire au sein d’un opérateur de marché établi", indique-t-elle.
Le segment "Corporate Services", créé alors ex-nihilo par Euronext à sa venue, vise ainsi à offrir des services et des solutions d’accompagnement aux sociétés cotées ou en passe de le devenir, allant au-delà du seul financement par la Bourse (gestion des relations investisseurs, offre de webcasting, solutions de gestion de gouvernance, etc.). Elle profite du lancement de cette nouvelle unité et des enjeux qui y sont associés pour effectuer, en parallèle, un MBA à l’Ecole Nationale des Ponts et Chaussées ainsi qu’à la Solvay Brussels Schools of Economics and Management et à l’université américaine Temple.
En outre, ses rencontres font qu’à compter de l’été 2016, elle se trouvera impliquée dans la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron. "Comme pour nombre de personnes issues du secteur privé à ce moment-là, c’était une première campagne pour moi. Le but était de réfléchir à des propositions de politique économique", dévoile-t-elle. "La question du financement de l’innovation faisait l’objet d’une attention particulière dans l’établissement du programme et je soutenais la proposition ayant progressivement émergé de privatiser des entreprises faisant partie du portefeuille de l’Etat actionnaire pour abonder un fonds destiné à soutenir l’innovation de rupture. Plus généralement, le dynamisme et le leadership incarnés par ce jeune Ministre de l’Industrie et primo candidat à l’élection présidentielle, Emmanuel Macron, étaient tout simplement inédits", précise Claire Vernet-Garnier.
Etat actionnaire secoué
Près de deux ans plus tard, en mars 2018, se produit alors un mouvement atypique : elle rejoint l’Agence des participations de l’Etat (APE) après une quasi-décennie dans le privé quand c’est traditionnellement l’incarnation de l’Etat actionnaire qui est pourvoyeuse de techniciens vers les grandes entreprises. "J’avais eu un premier échange avec Martin Vial [à l’époque Commissaire aux participations de l’Etat, ndlr] au second semestre 2017 au moment où l’APE cherchait un profil doté d’une expérience des opérations de marché, qui puisse travailler sur la mise en œuvre des privatisations (la Française des jeux et ADP) promises par le Gouvernement", se souvient-elle.
Elle prend la responsabilité du pôle Finance et Marchés de capitaux de l’APE et devient membre, entre autres, des conseils d’administration de l’Aéroport de Montpellier Méditerranée, des filiales d’Orano, d’Orange, de Dexia, de Radio France, puis d’ADP et de la SNCF. Durant la première phase de son passage au ministère de l’Economie et des Finances, elle retient le succès de l’introduction en Bourse de la FDJ, en novembre 2019, qui a rapporté 1,9 milliard d’euros à la puissance publique.
Puis, vient en mars 2020, le déclenchement du premier confinement, où elle "bascule dans une nouvelle dimension", les privatisations cédant leur place aux sauvetages d’entreprises. "J’ai alors été sollicitée pour prendre en charge les travaux de chiffrage menés en urgence dans le cadre du premier Projet de loi de finances rectificative (PLFR) lié à la Covid, dès avril 2020, et qui prévoyait notamment un plan de soutien significatif des grandes entreprises françaises en réponse à la crise. Parallèlement, avec la Direction de participations Transports de l’APE et toujours sous la responsabilité du Commissaire aux participations de l’Etat, je travaillais sur la mise en œuvre des dispositifs d’aides d’Etat déployés en urgence pour Air France-KLM. Ce fut une séquence particulièrement intense, je crois que l’équipe s’en souviendra longtemps", explique-t-elle.
Par la suite, Claire Vernet-Garnier prend du galon, puisqu’elle est nommée, en octobre 2021, directrice de participations Transports. La pandémie et la guerre en Ukraine sont passées par là, de sorte que les opérations de désengagement de l’Etat au capital des grandes entreprises du portefeuille ne sont plus à l’ordre du jour. "A raison, l’Etat actionnaire s’est adapté au nouveau contexte sanitaire et à ses conséquences économiques pour le pays. Au-delà de l’APE, la réactivité et l’engagement de Bercy, sous la responsabilité de Bruno Le Maire, pour soutenir l’économie française ont été extraordinaires. Il y a alors au sein de l’Etat une prise de conscience et une exacerbation, renforcées ensuite par le déclenchement de la guerre en Ukraine, des problématiques afférentes à la souveraineté industrielle et économique de la nation", estime cette jeune femme de 39 ans.
Tout pour la souveraineté
Fin 2022, cinq années "passionnantes" se sont écoulées depuis ses débuts à Bercy et se pose la question de son retour dans le privé. Idéalement, elle souhaite évoluer au sein d’une entreprise hexagonale, où elle pourra continuer de participer au développement des entreprises dans le temps long, contribuant ainsi toujours, même indirectement, au soutien économico-industriel du pays. "Je trouvais qu’un fonds français consacré au financement des infrastructures et de la tech, à l’empreinte européenne, était une grande chance", indique-t-elle.
Tant et si bien qu’elle se réjouit quand InfraVia, présidée par Vincent Levita, lui propose de rejoindre l’aventure en qualité de directrice "asset management". Il faut dire qu’InfraVia est on ne peut plus aux prises avec les problématiques de souveraineté: en lien avec l’Etat, elle vient d’annoncer le lancement d’une nouvelle stratégie d’investissement dédiée aux minerais et métaux critiques pour sécuriser l’approvisionnement de l’industrie en ces composés clé de la transition énergétique.
Si ce nouveau fonds sera majoritairement investi par des partenaires privés, financiers et industriels, l’Etat apportera son concours à hauteur de 500 millions d’euros dans le cadre de France 2030 (plan de 54 milliards d’euros) – l’objectif est de lever 2 milliards d’euros. De surcroît, InfraVia vient de faire l’acquisition d’Oreima, une société de capital-investissement française dans le secteur immobilier.
"Selon moi, InfraVia a une culture unique, caractérisée par la complémentarité des équipes et le collectif de personnalités qui la compose, c’est une force. Ses dirigeants ont fait le choix très judicieux, il y a 15 ans, d’une classe d’actifs de long terme, à fortes barrières à l’entrée, protectrice des cycles économiques et contribuant à la transition écologique. Ils ont aussi su distinguer InfraVia dans l’importance qu’elle consacre au suivi opérationnel et stratégique, au quotidien, des sociétés en portefeuille", indique l’ancienne de l’APE. Justement, au sein d’InfraVia, Claire Vernet-Garnier suit les participations une fois les investissements du fonds réalisés jusqu’à ce qu’elles soient cédées.
"C’est un nouvel environnement et un nouveau métier au service du non coté, après mes années en banque d’investissement auprès d’entreprises cotées et au ministère de l’Economie et des Finances. Au sein de l’équipe dédiée à l’Asset Management, je travaille au développement des participations au contact permanent des dirigeants de notre portefeuille dédié aux infrastructures. Cet accompagnement ad hoc, systématique, collaboratif et rigoureux est très épanouissant. En sus de la qualité intrinsèque des investissements réalisés bien sûr, l’Asset Management est l’une des briques essentielles du succès et des performances remarquables d’InfraVia", détaille-t-elle.
Alignement
Sur le plan professionnel à plus long terme, Claire Vernet-Garnier n’a pas d’objectif ultime mais, de son expérience, ressort une volonté d’alignement prolifique des intérêts publics-privés : "le regain de souveraineté et de compétitivité passe par le respect de l’équilibre, parfois ténu, entre l’intérêt des deux mondes, c’est vrai pour tout, en matière d’innovation, de réindustrialisation, de formation… Au-delà de leurs prérogatives régaliennes, les politiques publiques doivent être le terreau du développement réussi des initiatives privées, qui doivent, elles-mêmes respecter le pacte de leurs responsabilités économico-sociétales, y compris climatiques".
Pour le reste : "L’investissement, en particulier dans les infrastructures, est un métier du temps long. Les rencontres, la dynamique du collectif humain et le partage de valeurs communes, c’est cela, au fond, qui peut faire prendre à chacun un virage inattendu", indique-t-elle. Une chose semble apparaître certaine aux yeux de cette mère de deux jeunes garçons : elle veut mettre à profit son expérience en vue de continuer de se déployer dans le développement et la croissance des entreprises, auprès de leurs dirigeants.
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