Feuilleton de l'été / Marine Dujardin / Banque de France
Feuilleton de l'été
Marine Dujardin / Banque de France
Série d’été - ces jeunes talents qui construisent la France de demain /
Marine Dujardin, cheffe du service de la politique macroprudentielle de la Banque de France
"Si je devais expliquer brièvement mon parcours, je dirais que je n’aime pas la monotonie, c’est quelque chose d’assez fondamental". Cette aversion conduira Marine Dujardin à faire son entrée en classes préparatoires hypokhâgne B/L où les disciplines étudiées sont extrêmement diverses (littérature, philosophie, histoire, mathématiques, économie, sociologie).
Tant et si bien qu’elle parvient à la suite de cela à intégrer l’École normale supérieure de Cachan (aujourd’hui ENS Paris-Saclay). "J’y ai en particulier étudié l’économie mais aussi la sociologie que j’ai adorée en ce sens qu’elle nous permet de prendre du recul sur tout ce qui régit nos comportements au quotidien dans la société : les normes, les rôles, les jeux de pouvoir", explique Marine Dujardin, dans un entretien accordé à WanSquare.
Elle garde également un bon souvenir de la diversité "enrichissante" du profil des élèves présents à Cachan, ceux en sciences sociales côtoyant les ingénieurs en génie civil, les physiciens et les mathématiciens.
Banque de France
Normale sup’ oblige, la voie vers l’agrégation s’offrait à elle, mais ne souhaitant pas s’engager dans l’enseignement, ni dans la recherche, Marine Dujardin préfère passer les concours de la fonction publique ; c’est pourquoi elle suivra le master "Affaires Publiques" de Sciences Po Paris. "Le concours de la Banque de France me faisait de l’œil, cette institution regorgeant de métiers et missions différents, tous fondamentaux pour le bon fonctionnement de l’économie ", fait-elle valoir. Elle est reçue au concours et rejoint l’institution de la rue Croix-des-Petits-Champs en qualité d’experte sur les sujets de politique macroprudentielle, faisant ainsi son entrée dans le service éponyme.
Nous sommes alors début 2011, soit très peu de temps après la crise financière mondiale. "C’est à ce moment-là que les pays ont commencé à prendre conscience de l’importance d’avoir une approche macroprudentielle. En termes de stabilité de financière, il s’agissait donc de ne pas se concentrer seulement sur la stabilité des institutions financières considérées de façon individuelles mais aussi d’avoir une approche en termes d’interconnexion et de contagion", explique-t-elle, indiquant avoir participé à la naissance du fameux Haut conseil de stabilité financière (HCSF) - dossier qui l’a sans doute le plus marquée -, une instance chargée d’exercer la surveillance du système financier hexagonal dans son ensemble qui n’hésite pas à déployer des instruments (fixation du niveau du coussin de capital contracyclique imposé aux banques par exemple) pour prévenir le risque systémique.
Dans l’ombre du gouverneur
Cinq ans durant, la variété des missions au sein du service intégré à la direction de la stabilité financière séduit Marine Dujardin. "Il y avait une articulation entre des travaux analytiques poussés s’appuyant sur l’économétrie ou la modélisation et des éléments juridiques, de négociation. En effet, après avoir conduit le diagnostic des risques, il faut définir quels outils l’on pourrait mettre en place pour y faire face", indique-t-elle.
Puis fin 2015, François Villeroy de Galhau est nommé gouverneur de la Banque de France et il cherche une conseillère technique pour intégrer son cabinet, conseillère qui tiendra notamment le rôle de plume : Marine Dujardin est alors recrutée. "Cela m’a amenée à traiter des sujets portant aussi bien sur la stabilité financière que sur la politique monétaire, les marchés financiers, le surendettement ou encore la conjoncture et la cotation des entreprises ", se remémore-t-elle, disant avoir été ravie d’avoir eu une vision panoramique des missions de la Banque centrale pendant trois ans.
Sans surprise, les discours ayant trait à la politique monétaire font l’objet d’une précaution certaine. "L’on prête une attention extrême au sens des mots et des formulations, chacune d’entre elles étant ajustée jusqu’au dernier moment pour s’assurer qu’elle sera interprétée de façon correcte par les marchés financiers et qu’elle ne créera pas un mouvement non désiré ".
La Grosse Pomme
Par la suite, début 2019, elle saisit l’opportunité de partir à New York où elle devient représentante de la Banque de France. "Après trois années, cela me paraissait intéressant de changer de perspective", justifie-t-elle. Son rôle est alors de maintenir un lien étroit avec les institutions financières et bancaires de la place de l’Oncle Sam et ses homologues de la Réserve fédérale américaine (Fed). "Surveiller ce qui se passe aux Etats-Unis s’avérerait aussi crucial au moment où la sortie des politiques monétaires ultra-accommodantes commençait à se poser ", dévoile-t-elle.
Eu égard aux mesures de restriction sanitaires en vigueur à compter de 2020, la période est un peu particulière à vivre pour la jeune femme, même si elle se dit fascinée par l’atmosphère de la Grosse Pomme et reconnaît avoir pris beaucoup de plaisir à y vivre.
Celle qui a fait 13 ans de piano au Conservatoire profitera du moment inédit que constitue la pandémie pour apprendre la batterie, instrument qui l’a toujours attirée, dans les sous-sols de Manhattan aux côtés d’un musicien professionnel privé de la possibilité d’exercer son art devant un public. "Cette expérience m’a beaucoup plu", souligne Marine Dujardin.
Retour au bercail
Trois ans après avoir traversé l’Atlantique, elle fait son retour au pays des Lumières, et, toujours à la Banque de France, revient à ses premières amours. En janvier 2022, elle est nommée adjointe au chef du service de la politique macroprudentielle et en prendra la tête treize mois plus tard. "Notre objectif est de faire entrer en synergie la recherche et les décisions de politique macroprudentielle. Nous souhaitons que les travaux académiques menés nourrissent ces décisions et à l’inverse que la politique macroprudentielle alimente des projets de recherche", avance Marine Dujardin.
Ce département a eu fort à faire dernièrement avec l’émergence des polémiques afférentes au rôle joué par les normes du HCSF (limitation du taux d’effort des ménages et de la maturité du crédit octroyé portant sur 80 % des prêts à l’habitat octroyés par les institutions financières) dans le ralentissement du marché de l’immobilier. "Contrairement à ce que l’on pouvait entendre ici et là, c’est la hausse des taux d’intérêt qui en était la cause et non ces normes, qui rendent le crédit plus sûr ", argue l’économiste.
Quand on la questionne sur la trajectoire qu’elle escompte donner à sa carrière professionnelle, Marine Dujardin dit rester ouverte. Toutefois, la normalienne donne l’impression d’avoir le service public chevillé au corps. "Rejoindre le secteur privé n’est pas quelque chose qui m’intéresse", confesse-t-elle.
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