Feuilleton de l'été / Philippe Englebert / Lazard
Feuilleton de l'été
Philippe Englebert / Lazard
Série d'été - ces jeunes talents qui construisent la France de demain /
Philippe Englebert, gérant chez Lazard
"Sûrement parce que je suis fils de prof’ et de médecin, sans compter les militaires présents dans ma famille, j’ai toujours eu une appétence certaine pour l’intérêt général". Une appétence que Philippe Englebert va se plaire à aiguiser au cours de ses études supérieures. D’abord à l’ESCP et, s’intéressant aux mathématiques appliquées aux sciences sociales, à la Sorbonne, puis à Polytechnique, Sciences Po et l’ENSAE où plusieurs projets de recherche jalonneront sa scolarité. "Mon intérêt pour les politiques publiques se voit alors toujours plus attisé", confie à WanSquare, Philippe Englebert.
Ses travaux sont d’ailleurs salués à l’X, puisque le prix du meilleur mémoire de recherche en économie lui est décerné. "J’essayais de montrer comment il pouvait être possible de répliquer le mécanisme des certificats d’économie d’énergie au secteur de l’agriculture et l’utilisation des pesticides", résume-t-il.
Goldman Sachs
Mais pourquoi diable ne s’est-il alors guère lancé dans un doctorat ? "J’avais été pris en thèse et il est vrai que cela aurait pu être intéressant sur le plan intellectuel. Toutefois, je ne me voyais pas exercer le métier de chercheur", juge-t-il. A la place, Philippe Englebert fait ses armes chez Goldman Sachs à Londres à partir de 2015, ses stages à l’ESCP, notamment dans le private equity, ayant renforcé son attrait pour le monde du business.
Analyste au sein de la banque d’affaires, il suit les institutions financières hexagonales et des pays émergents. Dans ce cadre, il participe notamment à la vente par General Electric de sa banque polonaise BPH et au financement d’une banque nigériane. Nommé Associate par la banque américaine en 2017, il rentre à Paris et passera quelques temps sur la future acquisition d’Aricent par Altran.
Arrivée à Bercy
Puis, un évènement se produit le 7 mai 2017 qui ne sera pas sans influence sur la trajectoire de Philippe Englebert. Emmanuel Macron est élu à la présidence de la République, ce qui pousse le jeune homme à intégrer la direction générale du Trésor en qualité d’adjoint au chef du bureau financement et développement des entreprises. "Je trouvais son ambition de transformation incroyable et c’était quelqu’un pour qui j’avais envie de me mobiliser", fait-il valoir.
Il est alors présent au sein des comités d’investissement de Bpifrance et surveille de près les fonds propres apportés par la banque publique aux start-up qui en manquent cruellement. A Bercy, ce n’est pas au titre de son activité principale mais plutôt à celui de ses travaux annexes qu’il se fera remarquer. En effet, d’une part, il est chargé de mission auprès de l’ex-gouverneur de la Banque de France Christian Noyer, à qui la tâche incombe de réfléchir aux moyens de doper l’attractivité financière de la place de Paris dans un contexte post-Brexit.
Mais surtout : il est impliqué dans l’élaboration du rapport de l’économiste Philippe Tibi portant sur les derniers stades de financement des entreprises technologiques. “Nous sommes partis du constat qu’en France les jeunes pousses de la tech’ arrivaient à lever une dizaine de millions d’euros, mais dès qu’il fallait passer un cran au-dessus [plus de 50 millions d’euros, ndlr], cela coinçait”, explique Philippe Englebert.
Ce rapport débouchera sur l’initiative Tibi à la fin de l’été 2019, qui a vu plusieurs investisseurs institutionnels, en particulier les assureurs, s’engager à hauteur de six milliards d’euros, sur trois ans, dans le financement des entreprises technologiques. “Alexis Zajdenweber, [aujourd’hui patron de l’Agence des participations de l’Etat, ndlr], conseiller économie, finances et industrie d’Emmanuel Macron, a joué un rôle central pour convaincre les assureurs", précise Philippe Englebert.
En renfort de la tech
Quelques mois avant la publication de ce rapport, le natif de Colmar commence à découvrir une nouvelle facette de Bercy : il est appelé aux cabinets de Cédric O, secrétaire d’Etat chargé du Numérique et de Bruno Le Maire, ministre de l’Economie et des Finances. Son portefeuille à la couleur très technologique y est composé de deux grands sujets. “D’un côté, il y avait les grands plans dédiés comme le “plan IA” sur la base du rapport de Cédric Villani, le "plan quantique" ou encore le “plan cyber”. De l’autre, il y avait le soutien aux start-up aux prises avec les problématiques de financement et également de réglementation où le cas emblématique fut le ‘déverrouillage’ de la téléconsultation”, indique l’homme de 31 ans.
En outre, la pandémie pointant le bout de son nez au premier trimestre 2020 et l'activité économique française dégringolant de manière inédite, Philippe Englebert est à la manœuvre entre autres pour que le soutien budgétaire de l’Etat réponde le plus efficacement aux difficultés rencontrées par les start-up. “Au début de la crise, le montant des prêts garantis par l'Etat (PGE) auquel pouvait prétendre une entreprise représentait 25% de son chiffre d’affaires. Problème : certaines firmes, notamment de la deep-tech, n’avaient pas de chiffre d’affaires. Aussi, nous avons tenu compte de cet élément et avons intégré le critère de la masse salariale”, explique-t-il.
Puis, juste avant le deuxième confinement de l’automne 2020, c’est un nouveau haut lieu de l’exécutif qui s’offre à Philippe Englebert : l’Elysée. Il devient ainsi conseiller entreprises, services financiers, attractivité et export du président de la République Emmanuel Macron.
La vingtaine de mois qu’il passe au Château sera marquée par le déploiement du plan de relance de 100 milliards d’euros (France Relance), le plan France 2030 (une cinquantaine de milliards d’euros ciblée vers les investissements d’avenir) où le soutien à l’innovation est à l’honneur et évidemment... l’ajustement constant que nécessitent les aides aux entreprises (fonds de solidarité entre autres) en vue de limiter la casse économique liée au covid-19. “Nous avons essayé de concevoir des aides simples, pour qu’elles soient mobilisables facilement, ce qui permet de traiter 95% des situations. S’occuper des 5% restants prenait beaucoup de temps : rapportés à la taille de l’économie, ces cas particuliers sont innombrables”, témoigne-t-il.
Séduit par Lazard
Nous sommes à la fin du printemps 2022, Philippe Englebert est au service de l’Etat depuis une demi-décennie et un désir de réintégrer le privé se fait alors sentir. “J’avais envie de retourner en banque d’affaires”, avance-t-il. Courtisé par plusieurs grands noms de la Place, c’est sur Lazard que son choix se porte. “L’ambition de Jean-Louis Girodolle, [directeur général de Lazard Frères, ndlr] d’accélérer sur le sujet de la tech m’a convaincu. La banque possède d’ailleurs une très belle franchise tech’ au niveau mondial, notamment aux Etats-Unis", justifie-t-il. Nommé gérant, il est sans surprise spécialisé dans les entreprises technologiques.
La période apparaît quelque peu agitée pour le secteur alors que les taux d’intérêt ont fortement remonté. "Je ne vais pas vous dire que c’est la meilleure année pour commencer. Mais après tout, c’est lors de périodes comme celle-ci que l’on voit les bons banquiers”, glisse-t-il. Son premier deal vient d’être bouclé : il s’agit de la vente de l’assurtech Luko au groupe Admiral. Et d’autres sont dans les tuyaux.
Quand l'on en vient à évoquer son avenir professionnel à long terme, cet amoureux de musique électronique (aux platines, il fit s’enflammer jadis les nuits montpelliéraines) et des sciences économiques (il est membre de la Société d’économie politique et bûche sur un papier traitant du numérique) dit peu goûter les plans sur la comète. “Quand je suis arrivé au Trésor, je ne me suis pas dit ‘dans trois ans je serai conseiller du président de la République’”, rappelle-t-il. Philippe Englebert ne s’interdit rien, pas même la politique. Exercer un mandat local au sein des Pyrénées-Orientales natales de son épouse ne serait pas pour lui déplaire.
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