Feuilleton de l'été / PMU / Emmanuelle Malecaze / Portraits
Feuilleton de l'été
PMU / Emmanuelle Malecaze / Portraits
Série d’été - ces jeunes talents qui construisent la France de demain /
Emmanuelle Malecaze-Doublet, directrice générale au PMU
Arrêtons les clichés. Les paris hippiques ne sont pas qu’une affaire de quinquagénaires masculins. Certes, les hommes constituent 70 % de la clientèle du PMU mais la direction de la société est assurée depuis un an par une femme : Emmanuelle Malecaze-Doublet. Une mini-révolution : "En 100 ans d’existence, c’est la première fois que la direction générale est confiée à une femme", sourit la dirigeante dans un entretien accordé à WanSquare, qui se félicite de l’égalité homme-femme dans son entreprise. "Notre indice est à 93/100 ! J’espère vite atteindre les 100 points ", indique-t-elle.
Le jeu le plus utile de France
Et si le PMU peut parfois pâtir encore trop souvent d’a priori négatifs du fait que ses points de ventes sont généralement associés, en France, à des bureaux de tabac ou à des bars, Emmanuelle Malecaze-Doublet voit dans son entreprise une tout autre utilité. "Nous avons vraiment un rôle d’utilité publique dans les territoires. Pour moi, il s’agit de l’impact numéro un. S’il n’y a plus de bar-PMU dans beaucoup de villes rurales ou les campagnes, il n’y a plus de lien social, plus de partage et plus de convivialité. C’est un commerce de proximité où l’on se retrouve entre amis. Le PMU, c’est plus de 13 500 points de vente sur tout le territoire, une présence comparable à La Poste ", explique-t-elle. Sans compter le soutien que le groupe apporte à la filière du cheval. "Nous lui reversons l’entièreté de notre résultat (plus de 800 millions d’euros). Elle représente environ 60 000 emplois. Le pari hippique est donc le jeu le plus utile de France ", se félicite la directrice générale.
Pour rappel, le PMU est un groupement d’intérêt économique (GIE) placé sous la tutelle du ministère de l’Agriculture et de Bercy. "Nous sommes aussi un très fort contributeur au budget de l’Etat ", ajoute-t-elle.
Premier exportateur français
Mais Emmanuelle Malecaze-Doublet voit plus grand. "Nous avons présenté un plan à trois ans, le plan 2025, qui vise plusieurs objectifs : d’abord, remettre l’hippisme dans le quotidien des Français. Pour cela, nous travaillons à des projets innovants de nos offres de produits afin de recruter de nouveaux clients, et notamment des profils plus jeunes. Nous venons par exemple de nous lancer dans les NFT et dans le web 3 pour être justement plus accessibles pour cette clientèle. Par ailleurs, nous souhaitons capitaliser sur nos canaux de croissance. Le PMU a renoué avec la croissance (le groupe est passé de 400 millions d’euros de coûts à 300 millions d’euros en deux ans et demi, ndlr), nous devons la pérenniser. Il faut donc poursuivre notre développement à l’international ", relate-t-elle.
Si le PMU a l’air d’être une entreprise purement française, elle a en effet depuis longtemps traversé les frontières. "En plus de la France, nous sommes présents dans 60 pays dans le monde. Le PMU est le premier exportateur mondial de paris hippiques. Il y a peu de secteurs où la France est numéro un en termes d’exportation", souligne celle qui a fixé comme principal objectif pour sa société 1 milliard d’euros d’enjeux supplémentaires d’ici 3 ans et un million de clients gagnés. "Nous sommes aussi une vraie entreprise Tech avec un milliard de transactions effectuées par an. Et rien que sur l’année 2023, nous recrutons 100 profils Tech", poursuit-elle.
Un PMU responsable
Rien ne prédestinait pourtant Emmanuelle Malecaze-Doublet à se passionner un jour pour les paris hippiques. "Je ne viens pas du tout de ce milieu. Je viens de Toulouse, toute ma famille est ophtalmologue. Mais je crois qu’il existe un point commun entre la médecine et ma mission d’aujourd’hui : l’utilité. Au PMU, nous sommes par exemple très attentifs aux addictions sur les jeux. Une vingtaine de collaborateurs travaillent sur ce sujet avec un modèle de big data qui permet d’anticiper lorsqu’un client présente des signes de jeu excessif. Nous avons également demandé à notre ambassadeur, Antoine Griezmann, de participer à des vidéos sur cette thématique. J’ajoute aussi que nous attachons une importance très particulière au bien-être animal. Le PMU ne peut être durable que s’il est responsable ", estime cette HEC.
Son ambition pour le PMU vient de ses années passées chez McKinsey & Company. A sa sortie d’HEC et après différents stages, notamment chez Google ou chez L’Oréal, elle rejoint le cabinet de conseil en 2012 à Paris. "Je trouvais intéressant de conseiller des grandes entreprises à de hauts niveaux stratégiques. Il y avait aussi de la diversité dans les problématiques. J’avais des clients retail, dans les secteurs de la grande consommation et du luxe. Il s’agissait plutôt de domaines B-to-C. C’est à ce moment-là que j’ai découvert le PMU ", indique-t-elle.
Pari professionnel
Chez McKinsey, elle aura effectivement beaucoup de projets à traiter pour le groupe qu’elle dirige aujourd’hui aussi bien sur des enjeux de marketing que de croissance. Une implication telle qu’à son retour de New York, en juin 2018, où elle aura travaillé durant deux ans avec les équipes américaines de la société de conseil pour des clients installés outre-Atlantique, elle se replonge avec bonheur dans ce dossier.
Si bien que quelques mois plus tard, en septembre, Bertrand Méheut, alors président du PMU et Cyril Linette directeur général du PMU, lui proposent de rejoindre l’aventure. "Ils m’ont confié le poste de directrice financière. C’était un vrai pari puisque je n’avais pas une formation financière. J’ai également intégré directement le comité exécutif de l’entreprise. J’étais la plus jeune (29 ans) autour de la table et en plus j’étais enceinte. Le groupe m’a donc vraiment fait confiance ", tient à faire remarquer Emmanuelle Malecaze-Doublet.
Un an plus tard, elle occupera le poste de directrice marketing, "ce qui est le nerf de la guerre en termes d’offres de produits au PMU", précise-t-elle. Puis, elle récupérera, en 2021, la direction internationale du groupe. "L’un de nos principaux enjeux était de réorienter la stratégie du groupe. Nous étions certes présents dans 50 pays mais il existait des notions de rentabilité à aller chercher. Pour cela, nous devions mettre en place de nouveaux modèles opérationnels, de nouveaux partenariats et des innovations produits. L’objectif était de savoir comment passer d’une croissance qui consistait à ouvrir des pays à une croissance à deux chiffres, plus profitable dans les marchés déjà existants ", explique-t-elle.
Rassembler autour d’un projet
Nommée directrice générale adjointe la même année, elle remplacera finalement en juillet 2022 Cyril Linette, révoqué par le conseil d’administration du groupe. "La compétition fut rude car le conseil d’administration avait choisi de mettre en place un processus de recrutement ouvert. Il y avait donc de la concurrence externe. Je pense que c’est ma capacité à embarquer les gens dans un projet et à savoir le mettre ensuite en œuvre qui les a convaincus de me confier le poste ", estime Emmanuelle Malecaze-Doublet.
Avoir su rassembler des salariés autour d’un projet commun est d’ailleurs sa plus grande fierté. "Je fais un point très régulièrement avec les nouveaux arrivants pour les intégrer à notre ambition", relate la directrice générale qui est aussi maman de trois enfants et attache beaucoup d’importance à l’équilibre entre la vie personnelle et la vie professionnelle. "Je suis assez stricte. J’essaye d’imposer des bonnes pratiques dans l’entreprise. Par exemple, pour les équipes, je n’organise jamais de réunion avant 9 heures du matin ou après 17 heures, afin que ceux qui souhaitent passer du temps avec leurs enfants puissent le faire ", prévient-elle.
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