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Feuilleton de l'été / Eramet / Ludovic Donati

Feuilleton de l'été
Eramet / Ludovic Donati

exclusif Série d’été - ces jeunes talents qui construisent la France de demain / Ludovic Donati, directeur du projet Lithium Alsace du groupe Eramet

EXCLUSIF. Passionné de chimie, Ludovic Donati aurait pu devenir chercheur en cancérologie, il a choisi le monde industriel pour travailler sur les minerais extraits par le plus grand groupe minier français, tels que le manganèse, le nickel ou le lithium. De la transformation de la matière à la transformation numérique d’Eramet, il promeut une gestion durable de ces métaux stratégiques, alliant les enjeux de souveraineté et de préservation de la ressource.
Ludovic Donati, directeur du projet Lithium Alsace du groupe Eramet - JFD - Samuel Kirszenbaum.
Ludovic Donati, directeur du projet Lithium Alsace du groupe Eramet - JFD - Samuel Kirszenbaum.

"Rien n’est magique tout est chimique". Cette maxime du directeur de thèse de Ludovic Donati donne à comprendre la première des passions du directeur du projet Lithium Alsace du groupe Eramet. Depuis la classe préparatoire, après une scolarité au Lycée Saint-Louis, la question de la transformation de la matière exerce sur lui un vif attrait. "La chimie permet de modifier la matière, de créer de nouvelles molécules". Face la complexité du vivant, "tenter à son niveau de reproduire la nature" le fascine. "C’est ce qui m’a guidé lorsque j’ai rejoint l’Ecole normale supérieure", raconte Ludovic Donati dans un entretien à WanSquare.

L’étudiant de l’époque abordera d’abord la question sous l’angle thérapeutique et médical. Son sujet de thèse vise à fabriquer "des analogues de molécules issues de plantes qui avaient montré des activités anticancéreuses", explique-t-il. Mais plutôt que de se lancer ensuite dans un post-doctorat et une carrière universitaire qui "aurait pu [l]’intéresser fortement ", l’envie de travailler sur des choses plus concrètes, d’avoir un impact plus rapide, pousse le jeune docteur en chimie à "relever le défi " du monde industriel et économique.

La bascule s’opère lorsqu’il rejoint le centre de recherche d'Eramet pour travailler sur des procédés de transformation de minerai la transition. "Le fil conducteur était la chimie, cela consistait seulement à passer d’un domaine à l’autre", raconte-t-il. En plein boom des terres rares, il travaille sur un procédé de traitement de minerais gabonais. La gestion d’un petit pilote en partenariat avec Areva, une mini usine d’une cinquantaine de personnes, le fait entrer de plain-pied dans le monde industriel. Il fait alors face à "toutes les problématiques que l'on peut rencontrer quand on passe de l’échelle du laboratoire à celle de l’industrie" et se souvient d’ "une aventure humaine très forte".

 

Transformation digitale

 

Trois ans et demi plus tard, il saisit l’opportunité de rejoindre la direction de la stratégie et de l’innovation de l’entreprise et devient manager stratégie. Ses connaissances en chimie et des procédés métallurgiques aident désormais à évaluer la performance économique des différents actifs du groupe, contribuant à définir sa vision stratégique. Puis, son rôle s’étend aux relations avec les investisseurs, auxquels il s’attache à expliquer cette vision. Ses fonctions l’amènent aussi à représenter l’entreprise dans certaines instances comme au Cluster Maritime français ou à l'Ifremer, l’institut français de recherche entièrement dédié à la connaissance de l’océan. L’idée – totalement abandonnée depuis – était à ce moment-là de réfléchir à l'exploration des fonds marins.

De pur scientifique au départ, Ludovic Donati est alors non seulement devenu responsable stratégique mais aussi un financier. "Il s’agit finalement de relier ce que l'on connaît du monde au niveau scientifique et de la compréhension que l’on peut avoir de la matière, de ses transformations, à sa mise en œuvre industrielle et économique. Et donc j'ai pu commencer à me frotter aux chiffres, aux comptes de résultats, aux bilans, et plus globalement à la finance d'entreprise", explique-t-il.

Et ce, alors que le secteur des matières premières connaît alors une grave crise et une chute des prix. En 2017, lorsque l’ancien PDG, Patrick Buffet, transmet le témoin à Christel Bories, la réflexion porte justement sur la manière d’améliorer la résilience de l’entreprise. "La transformation digitale et l’industrie 4.0 apparaissent alors comme des leviers clés de transformation pour la rendre plus agile, plus efficace", retrace le jeune dirigeant.

 

L’importance de l’écosystème

 

En lançant cette année-là sa nouvelle impulsion stratégique doublée d’une profonde transformation managériale, le groupe prévoit ainsi un important volet numérique qu’il confie à Ludovic Donati. Partant d’une feuille blanche, celui-ci a bien à l’esprit qu’il ne s’agit pas d’ " utiliser des drones ou des lunettes connectées juste pour le plaisir, mais bien parce qu'il y a un intérêt à être plus efficace au niveau opérationnel ".

Autre priorité, il était primordial à ses yeux d’"intégrer l’entreprise dans son écosystème, qu’il n’y ait plus d’un côté l’entreprise et de l’autre les clients et les fournisseurs", l’idée étant qu’à plusieurs (entre grandes et moyennes entreprises) "on est plus forts". Dans cette démarche, Ludovic Donati intègre le comité stratégique de la filière Mines et métallurgie, ainsi que l’AFNeT, une association qui promeut justement les standards et l'interopérabilité entre les filières. Il est également ambassadeur et co-leader du groupe de travail numérique responsable de la French Tech Corporate Community.

 

Le siècle des métaux

 

C’est avec cette vision panoramique que le jeune dirigeant va mener sa mission numérique, à charge pour lui de comprendre ce que "les nouvelles technologies peuvent apporter à Eramet pour se transformer et entrer pleinement dans le siècle des métaux ", résume-t-il. Car si la demande en minerais et en métaux avait déjà sensiblement augmenté au cours du 20e siècle, sa croissance pour le siècle en cours est déjà sans commune mesure, portée par la digitalisation de l’économie et la transition énergétique. En particulier dans la filière automobile où la demande de métaux pour batteries de véhicules électriques connaît une croissance exponentielle.

Face à ce défi, la question est de se demander si l’on peut "produire plus en produisant mieux et en réduisant l’impact au maximum ", explique Ludovic Donati. Mais l’enjeu, souligné avec acuité par la guerre en Ukraine et la crise du Covid, est également celui de la sécurisation de l’approvisionnement à long terme des minerais critiques. "Nous vivons une reconfiguration complète selon le triptyque souveraineté, climat, et industrie, dont les métaux sont la matière première essentielle", souligne le responsable.  "C’est en cela que relancer des projets de mines en France, en Europe, selon les meilleurs standards sociaux et environnementaux me paraît essentiel", ajoute-t-il.

 

Lithium Alsace

 

Ludovic Donati a justement pris la tête il y a quelques semaines du projet d'extraction de lithium conduit par le groupe en Alsace, en partenariat avec Électricité de Strasbourg, afin de coupler l'extraction de lithium et la géothermie. "Grâce à ce projet, nous espérons pouvoir contribuer dans les années à venir à une partie de l'approvisionnement en lithium et accompagner la montée en cadence des gigafactories qui sont en train d'être inaugurées dans le nord de la France", indique-t-il.

Lorsqu’il se projette vers l’avenir, le trentenaire ne formule pas d’autre souhait que de continuer à promouvoir cette meilleure souveraineté au niveau franco-européen tout en contribuant à " des prises de décisions éclairées qui permettent d'accompagner cette transition écologique, énergétique, et progressivement accompagner la diminution de nos émissions carbone et de notre impact ". Une cause qu’il n’hésite pas à porter sur la scène publique, étant co-auteur avec sept autres dirigeants du monde économique et de la société civile, de l’ouvrage collectif "L’important c’est toujours le CO2", qui vient de paraître.

Le père de deux petites filles de huit et cinq ans veut croire que l’humanité saura relever le défi de "concilier notre modèle démocratique sans qu'il soit mis à mal par l'atteinte des limites planétaires". Nos modèles de croissance doivent évoluer "afin d’allier la préservation des ressources à la poursuite du développement de nos pays et de nos territoires", explique-t-il. Derrière la transformation de la matière et de l’entreprise se trouve ainsi l’enjeu de pouvoir transformer la société.

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