Feuilleton de l'été / Marie Francolin / Saur
Feuilleton de l'été
Marie Francolin / Saur
Série d’été - ces jeunes talents qui construisent la France de demain /
Marie Francolin, directrice du déploiement stratégique du groupe Saur
"On s’engage dans les temps calmes comme dans les tempêtes". Pour Marie Francolin, servir une cause importante suppose de savoir gérer les crises. A 34 ans, elle pilote et coordonne la stratégie du numéro trois français du traitement de l’eau. Un poste clé d’une entreprise historique du secteur auquel elle a accédé après un début de carrière au sein de la chose publique et politique.
Ce besoin de se consacrer à l’intérêt général est comme un fil rouge qu’elle a d’abord cultivé sur les bancs de Science Po Paris, après avoir grandi en Picardie. "C'était l’une des raisons qui m'attiraient vers cette école : la capacité à s'engager, avoir une vision sur les grands enjeux de société, essayer de comprendre et de réfléchir à la manière d’apporter sa contribution", confie à WanSquare Marie Francolin.
C’est au milieu de "ce melting-pot de différentes cultures qui vous encourage à vous ouvrir sur le monde" qu’elle passe un master affaires publiques qui "résonne en elle", celui-ci permettant justement d’appréhender les enjeux de la société. L’ouverture d’esprit propre à Science Po l’aide à façonner sa vision des choses, tout à la fois grâce à un solide cursus de compétences pluridisciplinaires, et la possibilité de s’engager dans une multitude d’associations, "une chance rare", souligne-t-elle.
Bertrand Delanoë
Après cinq années dans ce lieu hautement inspirant, Marie Francolin éprouve l’envie de vite entrer dans la vie active. Son fort attrait pour les sujets internationaux la conduit alors à Djibouti, petit Etat stratégique situé à la corne de l’Afrique, en tant que "jeune expert" pour la Commission européenne, afin d’aider à rationaliser l’aide internationale apportée à la région. Puis, elle rentre à Paris où elle devient coordinatrice de production pour l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE). Écoutant "l’appel de la chose publique ", elle rejoint le cabinet de Bertrand Delanoë à la Mairie de Paris en tant qu’attachée de presse, non sans logique étant donné qu’elle y avait déjà fait un stage durant ses études.
"Le lien entre l'engagement public et l'engagement politique pour accompagner le changement est très fort", explique-t-elle à propos de ce choix qui acte son premier engagement politique, et qui l’amènera à devoir gérer sa première grande crise lors de l’épreuve des attentats de Charlie Hebdo. Elle rejoint deux ans plus tard la Présidence de la République en tant que conseillère presse. Ce rôle de communicante lui correspond. "Qu’il s’agisse de la presse ou plus généralement de la communication, il est important de pouvoir mettre la forme au service du fond. Savoir impliquer les autres est essentiel", explique-t-elle.
C’est ainsi qu’elle devient en 2017 conseillère de la ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal, à qui l'on doit la mise en place de la nouvelle application Parcoursup d’admission dans l’enseignement supérieur. La cause lui semble juste et courageuse afin de remplacer le tirage au sort qui décidait auparavant de l’entrée à l'université. Et la question du traitement de l’échec étudiant dans les universités lui tient à cœur, y voyant "un enjeu d'égalité sociale".
"War room"
La suite est par essence imprévue. Lorsque éclate la pandémie de Covid-19, des renforts sont rapidement appelés pour aider le ministère de la Santé, alors dirigé par Olivier Véran, à structurer sa gestion de la crise. Marie Francolin intègre ainsi la fameuse "war room". Puis elle devient directrice adjointe du cabinet du ministre, en charge du Covid-19. Elle s'occupe alors notamment du déploiement des systèmes de tests et étend au fur et à mesure son champ d’action à l’ensemble de la surveillance épidémiologique de l’épidémie. Une époque durant laquelle "l’engagement absolument extraordinaire des gens sur le terrain et au sein du ministère" la marque profondément, dans des circonstances exceptionnelles qui font que "le sens de l'engagement au service des autres ne se questionne pas".
Une rencontre avec Patrick Blethon, le président exécutif du groupe Saur, va déterminer son entrée dans le privé. Le discours de ce dirigeant atypique, ayant passé l’essentiel de sa carrière dans tous les pays du monde, excepté la France, la convainc de sauter le pas. "Il venait de reprendre les rênes de Saur deux ans plus tôt et avait une vision disruptive qui m'a beaucoup plu ", explique-t-elle. Si les enjeux de l’eau prennent actuellement une place de plus en plus importante dans la conscience collective, le groupe était déjà très engagé sur le sujet, et "avait placé au cœur de sa stratégie la préservation et la protection de la ressource en eau", souligne-t-elle.
Ce sont cette fois-ci les défis posés par le dérèglement climatique et ses conséquences sur la ressource en eau qui la poussent à s’engager. "Comment fait-on pour transformer les modèles économiques, changer les usages, se mobiliser main dans la main avec les collectivités, les industriels et les particuliers de la manière la plus positive en trouvant des solutions ? J’ai trouvé cela extrêmement stimulant ", raconte-t-elle. En tant que directrice du déploiement de la stratégie et "chief of staff", elle va donc effectuer auprès de Patrick Blethon un travail de fond de conseil dans la définition des priorités et le déploiement de la feuille de route de l’entreprise. Elle se retrouve ainsi à s’occuper tout à la fois de la stratégie, des objectifs de développement durable du groupe et de la communication corporate et de la marque, soit "un très bon levier pour transformer les choses à tous les niveaux ", souligne-t-elle.
"Sur deux jambes"
Et ce, tandis que les nécessaires exigences de rentabilité d’une entreprise du privé ne heurtent en rien ses convictions. Au contraire : "C’est ce qui m'a beaucoup plus chez Saur, explique-t-elle. Justement cette capacité à marcher sur deux jambes. Saur a été le premier groupe de l'eau à indexer sa performance financière sur sa performance environnementale, et la première entreprise du secteur à émettre des obligations durables, indexées notamment sur la réduction de sa trajectoire d'émissions carbone, ainsi que des engagements de baisse de prélèvement sur la ressource en eau".
Ses fonctions actuelles de directrice du déploiement de la stratégie consistent ainsi à "déployer cette feuille de route pour construire le modèle circulaire de demain, limiter notre impact sur l'environnement", tout en faisant un important travail de pédagogie, en lien avec son premier métier de communicante. Une mission loin d’être achevée pour celle qui n’aime rien tant que mettre son énergie au service d’une cause qui lui parle. "La cause que l’on porte chez Saur fait écho dans toute la société. Il reste beaucoup à faire pour transformer nos usages de l’eau", souligne-t-elle avec conviction. Cela tombe bien, Marie Francolin a de l’endurance. Adepte des semi-marathons, elle sait aussi prendre du recul pour s'adonner à sa passion littéraire.
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