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Saur / Patrick Blethon / tribune / transition énergétique / transition écologique
L'année 2022 vue par... Patrick Blethon, président de Saur
Quels ont été les principaux enseignements de l'année 2021 ?
La résilience des acteurs économiques, leur capacité de rebond ont été impressionnantes. Après un bouleversement majeur, tout le monde s’est retroussé les manches et les résultats sont là. Le retour massif de la croissance signe une économie qui repart, portée par une envie généralisée d’entreprendre, de défricher et de relancer la machine au service d’une nouvelle ère de développement plus durable.
L'évolution de la situation en 2020 et 2021 a-t-elle été conforme à vos scénarios de début de crise ?
La question des scénarios ne s’est pas posée en ces termes. J’avais fixé un nouveau cap pour Saur, et les équipes avaient une mission : faire réussir notre nouveau projet.
Finalement, grâce à l’incroyable mobilisation de nos 12 000 salariés, la crise a accéléré notre capacité à nous réinventer. Face au choc, nous avons redoublé d’efforts et Saur a tenu ses objectifs. 2021 a conforté cette feuille de route en actant le renouveau de notre Groupe. J’en ressors plus confiant que jamais dans notre capacité à transformer nos ambitions en réussites dans les années à venir.
La période a-t-elle transformé à long terme les rapports avec vos parties prenantes ?
Qu’il s’agisse des collectivités ou des industriels avec lesquels Saur travaille au quotidien, la question du temps long a refait surface. Tout le monde a compris que la performance d’un projet ne se mesurerait plus sur des cycles courts. Le défi de la réconciliation entre performance économique et performance extra-économique implique de bâtir des relations solides et inscrites dans la durée. C’est particulièrement perceptible sur le marché de l’eau avec des enjeux structurants pour l’avenir. Modernisation des réseaux, lutte contre les micropolluants et les perturbateurs endocriniens, ou encore pilotage de la ressource grâce à la data : nous nous engageons sur des transformations qui prendront plusieurs années.
Comment jugez-vous l'action des pouvoirs publics et de l'UE au cours de cette période ?
Depuis deux ans, les pouvoirs publics sont aux côtés des entreprises pour les aider à garder la tête hors de l’eau, avec succès ; France Relance et le plan NextGeneration EU ont permis de tirer parti de cette crise pour se projeter vers l’avenir et embarquer les forces vives de l’économie. Maintenant, il faut embrayer et montrer que l’Europe est prête à disputer le leadership économique et technologique aux États-Unis et à la Chine. La puissance publique a fait bouclier, maintenant elle doit être une plateforme de propulsion pour nos champions.
Quelles sont vos anticipations majeures pour 2022 ?
La dynamique de croissance va se poursuivre et la stratégie des entreprises entrer dans une nouvelle phase. Après le rebond, nous devons tous miser sur l’innovation et accélérer, pour que la reprise soit durable dans le temps et au regard des défis environnementaux. 2021 a permis aux pouvoirs publics d’entamer la transition du "quoi qu’il en coûte" vers un programme de relance ciblée sur les secteurs les plus stratégiques : les industries, les infrastructures et le digital. À nous de nous en saisir.
Ces trois dernières années, chez Saur, nous avons mis 300 millions d’euros sur la table en dépenses d’investissement pour faire monter en puissance nos expertises industrielles et digitales. En 2022, fort de cette stratégie, le Groupe passera à la vitesse supérieure et partira à la conquête de nouveaux marchés en France et à l’international.
En dehors de la pandémie, d'où pourraient venir les tensions les plus fortes (économiques, politiques, diplomatiques, etc.) ?
C’est l’intensification de la crise écologique qui doit nous préoccuper le plus. Le reste en découlera. Qu’on pense aux tensions sur les marchés des matières premières, des énergies, aux conflits d’usages qui risquent de se multiplier pour l’eau, l’accès aux sols, etc. : notre priorité doit être de mettre sur pied un appareil productif résilient. 2020 et 2021 ont été l’occasion d’une répétition grandeur nature des désordres mondiaux qui nous attendent. Je crois que la réussite de notre stratégie de neutralité carbone en 2050 se jouera dans les deux années qui viennent.
Beaucoup d’entreprises l’ont compris mais il faut aller plus loin et généraliser les modes de convergence entre performance économique en environnementale. Cette année nous avons émis avec succès près de 1 milliard d’euros d’obligations durables. Il y a cinq ans, cela aurait été inimaginable. Chacun doit voir que désormais, les investisseurs nous soutiennent dans ces démarches d’engagement par le levier financier. Il ne faut plus hésiter à se lancer !
Si vous deviez souffler au futur président (ou présidente) une ou deux mesures susceptibles de soutenir la croissance et l'emploi, quelles seraient-elles ?
J’en vois deux absolument prioritaires à mon sens. Une première d’ordre organisationnelle : regrouper les portefeuilles de l’Économie et de l’Écologie dans un grand ministère chapeautant également les enjeux d’industrie, de nouvelle économie et d’agriculture. À moyen terme, les défis de la transformation écologique vont nécessiter la mobilisation de toute l’énergie et de toutes les composantes du secteur productif.
La deuxième en découle : je crois qu’il faudrait créer une délégation interministérielle à la réindustrialisation avec des commissaires dédiées dans chaque région pour faire le lien entre toutes les parties prenantes. Il y a un vivier de compétences dans nos territoires et la capacité de recréer un vrai outil productif innovant au service de l’autonomie stratégique de l’Europe pour peu qu’on s’en donne les moyens. Sur l’hydrogène, la géothermie et bien d’autres innovations, l’Europe a une carte à jouer. Avec l’appui stratégique de l’État et sa capacité d’impulsion, nous acteurs privés pourrons rebâtir des industries d’avenir respectueuses de l’environnement et créatrices d’emplois non-délocalisables.
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