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Saur / EQT / EQT Partners / Patrick Blethon / PGGM / DIF Capital / Traitement de l'eau
Redressée par EQT, la Saur aura bientôt deux nouveaux actionnaires / Les fonds hollandais PGGM et DIF Capital viennent renforcer la stratégie
Après quatre ans dans le giron du fonds suédois EQT Partners, le tour de table de la Saur s’apprête à évoluer, ou, plus précisément, celui de sa holding HIME (Holding d'Infrastructures des Métiers de l'Environnement). Une fois encore, pourrait-on dire, alors que les changements de propriétaires successifs connus – ou subis – par le troisième acteur du traitement de l’eau en France, derrière Veolia et Suez, n’ont pas toujours été très inspirés loin s’en faut.
Le fonds suédois EQT Partners, qui avait racheté la Saur en 2018 à ses banques créancières, s’apprête à vendre la moitié de sa participation à deux nouveaux actionnaires, néerlandais tous les deux, le fonds spécialisé dans les infrastructures DIF Capital, et PGGM, l’un des plus grands fonds de pension des Pays-Bas. Dans le cadre des négociations exclusives annoncées cette semaine entre EQT Partners, DIF Capital et PGGM, ces derniers monteraient chacun à 25% du capital de HIME. EQT s'est assuré les services de Rothschild pour mener les enchères, tandis que PGGM et DIF ont été conseillés par UBS. L’opération, soumise aux conditions et approbations habituelles, devrait être finalisée au deuxième trimestre 2023.
Valorisation de plus de 3 milliards d’euros
Selon plusieurs sources, la transaction valoriserait la Saur à au moins 3 milliards d’euros, plus du double de sa valeur de 2018. A l’époque, EQT avait acquis la Société d’Aménagement Urbain et Rural (Saur) pour 1,5 milliard d'euros, soit environ 11 fois l’excédent brut d’exploitation. Le même ratio appliqué aux 245 millions d’euros enregistrés l’an dernier donnerait une valorisation de 2,7 milliards d’euros, sachant que l’Ebitda (excédent brut d'exploitation) est attendu en hausse cette année après avoir progressé de 3,3% au premier semestre. L’entreprise s’est fortement développée en quelques années. Son chiffre d’affaires est passé de 1,3 milliard d’euros en 2018 à 1,7 milliard d’euros, et son Ebitda a plus que doublé.
Depuis l'acquisition par EQT Infrastructure en 2018, la Saur a connu une transformation commerciale et opérationnelle réussie ainsi qu'un recentrage sur ses activités principales et une croissance géographique. Le fonds suédois lié à la famille Wallenberg a soutenu le lancement d'une nouvelle structure organisationnelle, accéléré la croissance tant organique qu’inorganique par la réalisation de 15 acquisitions - la dernière en date étant le rachat fin novembre de division européenne Mobile Water Services de Veolia - tout en soutenant l'expansion au Portugal et en Amérique du Nord.
Dans le même temps, Saur a progressivement assaini son profil financier, une amélioration illustrée par la notation "Investment Grade" accordée l’an dernier par les agences Standard & Poor’s et Fitch Ratings lors d'une émission inaugurale d’obligations liées au développement durable. De 4,5 fois en 2018, le ratio de levier de dette nette sur Ebitda a été ramené à 3,6 fois en 2021.
Le fait est que le premier investissement en France de la branche infrastructure d’EQT Partners s’est avéré un franc succès. La Saur met justement en avant le changement dans la continuité que va constituer l’arrivée de PGGM et DIF Capital Partners. "Si la transaction est validée, EQT est et demeurera un actionnaire clé de Saur pour continuer à soutenir la création de valeur dans les années à venir", souligne l’entreprise présidée par Patrick Blethon. "EQT a été et restera notre partenaire dans la construction et l'exécution de la stratégie de transformation et d'accélération de la croissance du groupe, en mobilisant sa plateforme au service de notre projet d'entreprise", explique celui-ci.
Leader de la transition hydrique
Grâce aux capacité supplémentaires d'investissement et à l’expertise de ses nouveaux actionnaires, le groupe vise désormais un chiffre d’affaires de 4 milliards d’euros d’ici la fin de la décennie. Par ailleurs, "nous partageons avec EQT, PGGM et DIF des valeurs et une vision communes indispensables pour atteindre ensemble notre ambition : devenir le leader de la transition hydrique d'ici 2030", ajoute Patrick Blethon.
A ceux qui pourraient regretter l’absence d’investisseurs français dans la nouvelle histoire de croissance de la Saur, le passé a montr" que le critère national pouvait s’avérer dangereux. Bien qu’opérant dans un secteur particulièrement stable à forte visibilité, l’entreprise avait dû être rachetée en 2013 par ses banques créancières. Cédée par Bouygues au fonds PAI Partners pour un peu plus de 1 milliard d’euros en 2004, la Saur a vu ses affaires décliner et sa rentabilité se détériorer à compter de 2007 après son rachat à un prix démesuré (2,5 milliards d’euros dette comprise) par un consortium franco-français mené par la Caisse des Dépôts et consignations, dans lequel figurait aussi Séché Environnement et un fonds d’investissement dédié aux infrastructures géré par Axa. Un choix dans lequel la dimension politique avait pesé lourd, l'Association des maires de France s’étant notamment opposé au rachat par un fonds étranger. Le lourd endettement créé par le LBO avait alors conduit la Saur tout près de la faillite.
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