Publications, Résultats / Rothschild & Co / François PÉROL
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Rothschild & Co / François PÉROL
Rothschild & Co se sert de l’amortisseur de la banque privée / Toujours un acteur incontournable des fusions et acquisitions en Europe
Selon toute vraisemblance, la maison Rothschild & Co a publié jeudi ce qui devrait constituer ses derniers résultats semestriels en tant qu’entreprise cotée. Ouverte depuis le 24 juillet, l’offre publique d’achat (OPA) simplifiée lancée par la holding Concordia de la famille Rothschild et le nouveau concert d’actionnaires à ses côtés - parmi lesquels la famille Dassault, l’industriel italien Giammaria Giuliani, ou encore Peugeot Invest - pour retirer la prestigieuse banque d’affaires de la Bourse, se terminera le 10 septembre.
Sachant que Concordia et les différents concertistes en détiennent d’ores et déjà plus de 80 % du capital et 85 % des droits de vote, la probabilité d’atteindre le seuil de 90 % qui leur permettra de lancer la procédure de retrait obligatoire de la Bourse est évidemment très élevée.
Si le suspense sur l’issue de l’opération est faible, il était mince également quant au contenu des résultats des six premiers mois de l’année de l’établissement, celui-ci ayant justement dévoilé il y a quelques semaines des prévisions pour le semestre écoulé et l’année en cours.
Diminution de moitié
En définitive, les 128 millions d’euros de résultat net part du groupe annoncés sur six mois se révèlent donc très proches de l’estimation d’environ 125 millions d’euros faite le mois dernier. Ils traduisent une baisse de moitié (49 %) par rapport aux 249 millions d’euros du premier semestre. Si l’on ne tient pas compte des éléments exceptionnels constitués par les coûts relatifs à l’OPA simplifiée et à l’accélération de bonus différés, le recul est moindre, de 40 %, pour un résultat de 149 millions d’euros.
Dans le même temps, les revenus ont reculé de 10 %, pour s’établir à 1,24 milliard d’euros, à comparer au 1,38 milliard d’euros de la même période de 2022.
Pour l’ensemble de l’année, la maison de l’avenue de Messine s’en tient à ses récentes prévisions sur l’ensemble de l’année d’un résultat avant impôt opérationnel des trois métiers du groupe d’environ 540 millions d’euros et d’un résultat net, part du groupe, d’environ 280 millions d’euros. Par comparaison, ce même résultat net s’était élevé à 606 millions d’euros en 2022, ce qui traduirait donc une baisse de 54 %, sachant que le résultat 2021 était encore supérieur, à 766 millions d’euros.
Il s’agissait de "deux années exceptionnelles", a rappelé François Pérol, Managing Partner et Co-président du Comité Exécutif, lors d’une conférence téléphonique, et vis-à-vis desquelles les résultats du semestre peuvent être considérés comme "solides", a-t-il estimé.
Du tout au tout
Les forts replis annoncés sont logiquement à mettre en perspective avec des conditions de marché qui ont changé du tout en tout en 2023 dans les trois métiers du groupe. L’activité de conseil financier pâtit logiquement de la chute des transactions de fusions et acquisitions. Mais dans un marché où le volume d’opérations s’est effondré de 49 %, les revenus issus du conseil en M & A ont reculé de "seulement" 30 %, l’établissement restant incontournable dans le secteur. "Nous nous sommes classés au deuxième rang mondial en nombre d’opérations réalisées au premier semestre. Et toujours leader en Europe de cette activité, comme depuis plus de quinze ans", a souligné François Pérol.
Rothschild & Co excelle en effet depuis longtemps sur le segment mid-cap ce qui lui permet de très bien figurer en nombre d’opérations, tandis que les grandes banques américaines Goldman Sachs, JP Morgan, Bank of America et Morgan Stanley, ainsi que désormais la boutique Centerview Partners, dominent elles le classement mondial en valeur.
A côté de cela, les revenus du conseil en financement, en hausse de 6 % à 228 millions d’euros, ont contribué à amortir la baisse totale des revenus du conseil financier, qui s’établit finalement à 21 %, à 676 millions d’euros.
L’activité de Merchant Banking, qui investit les capitaux du groupe et ceux de tiers dans des opportunités de capital investissement et de dette privée, a connu, elle, un semestre en demi-teinte. D’un côté, les actifs sous gestion ont crû de 5 %, pour s’élever à 24 milliards d’euros, grâce à un peu plus de 2,8 milliards d’euros de levées de fonds avec plusieurs closing dans les stratégies de private equity et de fonds de fonds notamment. Dès lors, les revenus récurrents liés à cette activité, soit les commissions touchées sur la gestion des encours de ces actifs, ont progressé fortement. En revanche, les revenus plus volatils tirés des investissements réalisés dans les différentes stratégies ont diminué, sachant que 2022 avait été une année exceptionnelle sur ce plan, aussi bien termes de carried interest perçu que de plus-values réalisées. "Il n’y a pas eu de sortie de notre portefeuille de private equity ce semestre. C’est donc la baisse des revenus dynamiques d’investissement qui explique la baisse des revenus globaux du métier, à 141 millions d’euros contre 180 millions d’euros au premier semestre 2022", explique François Pérol.
La stratégie sera poursuivie
Heureusement, le troisième métier fonctionne lui à plein régime. La Banque privée et gestion d’actifs a poursuivi son développement. Les actifs sous gestion ont progressé de 9 %, dépassant pour la première fois les 100 milliards d’euros sur le périmètre européen (les activités américaines de gestion d’actifs ont été cédées fin 2022). Les revenus ont progressé de 24 %, à 403 millions d’euros, avec un résultat avant impôt qui lui progresse de 56 % à 111 millions d’euros. De quoi conforter la stratégie du groupe de développer davantage ce métier, illustrée par la récente création d‘un "Private Markets Group".
Sur ce point, François Pérol l’a confirmé : "Notre stratégie ne changera pas du fait que nous quittons la cote. Nous avons développé jusqu’à présent nos activités sans jamais faire appel au marché" et la nouvelle vie de Rothschild hors de la cote "sera plus alignée avec l’ADN de la société", a-t-il rappelé.
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