Banques / Sfil / Philippe Mills
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Sfil / Philippe Mills
L’essor des prêts verts et sociaux de la Sfil s’accélère / La banque publique signe également une activité export historique
La Sfil maintient le cap. Dans la lignée de ses performances records réalisées l’an dernier, la banque publique de développement, filiale de la Caisse des dépôts, est parvenue à dégager de solides résultats au premier semestre 2023, quand bien même l’établissement a dû continuer à composer avec le contexte inflationniste et l’effet retardé du taux d’usure sur la production de prêts au secteur public local.
S’il n’a pas vocation à faire la course au profit, eu égard à son profil public, l’établissement créé en 2013, qui intervient dans le financement des collectivités locales, des hôpitaux et des grands contrats à l’exportation, doit pouvoir s’appuyer sur une bonne gestion pour remplir ses missions.
Contrat rempli pour la première partie de cette année, bien que les résultats soient orientés à la baisse. Le produit net bancaire s’établit à 91 millions d’euros, en recul de 35 millions d’euros en raison essentiellement d’effets de valorisation d’actifs financiers à la juste valeur : leur impact, qui était de 25 millions au premier semestre 2022, est devenu négatif à 8 millions d’euros pour les six premiers mois de cette année. Dans le même temps, le résultat net comptable s’est tassé à 16 millions d’euros, à comparer à 46 millions d’euros un an plus tôt.
Décisions d’investissement ralenties
Logiquement, l’inflation et la hausse des taux d’intérêt ralentissent les décisions d’investissement du secteur public local. Ce qui se répercute sur la production de prêts de la Sfil au secteur public local. Celle-ci s’est établie à 1,1 milliard d’euros au premier semestre 2023, contre 1,4 milliard d’euros à la même période un an plus tôt.
Un ralentissement qui ne doit cependant pas occulter la poursuite de l’essor des prêts verts et sociaux. Ceux-ci ont représenté 60 % de la production du premier semestre. Par comparaison, la proportion était de 37 % sur l’année 2022 et de 27 % en 2021. Une tendance qui s’accélère, donc, notamment sous l’effet du partenariat conclu fin 2022 avec la Banque des Territoires lancé fin 2022. Destiné à financer à taux fixe et jusqu’à 40 ans les enveloppes thématiques de la Banque des Territoires en matière d’infrastructures, de performance énergétique des bâtiments et pour la mobilité douce, ce partenariat a connu un démarrage progressif. Le dispositif a octroyé 130 millions d’euros de prêts sur le semestre écoulé.
En parallèle, le volume de prêts sociaux aux collectivités locales a décollé, atteignant 17 % de la production à fin juin 2023. Ils n’en représentaient que 3 % l’an dernier, cette offre pour le financement de thématiques telles que la santé, le sport, la culture, le développement et la cohésion des territoires, étant elle aussi toute récente, datant de fin 2022.
Défense et transition climatique en vedette
Par ailleurs, si l’activité dans le domaine des crédits à l’exportation avait été relativement faible en 2022 avec seulement trois contrats pour 700 millions d’euros, le premier semestre 2023 a marqué un fort rebond. Déjà quatre opérations ont été comptabilisées pour un total de 2,8 milliards d’euros, permettant la conclusion de 4,1 milliards de contrats exports impliquant neuf exportateurs dont cinq bénéficient pour la première fois du dispositif Sfil. L’activité export signe ainsi son meilleur semestre depuis son lancement, tant en termes de montant engagé que du nombre de contrats ou d’exportateurs accompagnés.
Un dynamisme de l’activité de crédit export qui peut s’expliquer par "un faisceau de facteurs ", a expliqué Philippe Mills, le directeur général de la Sfil, lors d’une conférence téléphonique. Parmi ces facteurs, le retour des enjeux de souveraineté favorise logiquement le recours à un crédit export garanti par la puissance publique. De même que la modernisation de l’arrangement OCDE sur les crédits à l’exportation intervenue en mars dernier. Par ailleurs, "il est évident que le contexte géopolitique aide l’activité sur les financements de crédits export dans le secteur de la défense, tandis que la transition climatique soutient les crédits export en matière d’infrastructure", a fait valoir le dirigeant. Sans oublier que le durcissement des conditions de financement de la part à la fois des partenaires bancaires et des acheteurs tend nécessairement à favoriser la recherche de financements publics.
Pour la suite, Philippe Mills a "bon espoir que le deuxième semestre soit très dynamique également, ainsi que les années qui viennent", au vu d’un nombre de projets en cours important "avec des montants élevés".
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