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Année record pour la Sfil, dopée par le crédit export / "Outil majeur" de souveraineté
Dixième anniversaire réussi pour Sfil. Née en 2013, la banque publique de développement a connu un millésime 2023 à inscrire dans ses (jeunes) annales. La filiale de la Caisse des dépôts au service des territoires et des exportations a atteint l’an dernier un niveau d’activité dépassant de loin les précédents. Jugeons-en. Les 9,3 milliards d’euros de crédit engagés au cours de l’année écoulée sont plus de moitié supérieurs à l’activité moyenne des sept dernières années. Soit depuis que la banque assure le refinancement des grands contrats de crédits à l’exportation, en plus de sa première mission du financement des collectivités locales et des hôpitaux publics. "Notre activité en moyenne était de 6,1 milliards et le pic précédent d’activité avait été atteint en 2018 avec 7,5 milliards de crédits engagés ", a rappelé mardi Philippe Mills, le directeur général de l’établissement, lors de la présentation des comptes à la presse.
A l’origine de ce record justement : les crédits export. Dans cette mission confiée par l’Etat de contribuer la compétitivité à l’exportation des entreprises françaises, l’année 2023 de Sfil a été historique. La banque a signé l’an dernier six opérations impliquant dix exportateurs pour un financement total de 5 milliards d’euros, à comparer aux 700 millions d’euros et aux deux opérations de 2022. "C’est la première année où l’activité de crédit export a été plus importante que l’activité de financement local", a d’ailleurs souligné Philippe Mills, ces 5 milliards d’euros correspondant à environ deux fois et demi la moyenne de 2016 à 2022, qui tournait autour de 2 milliards d’euros.
Transition écologique, défense et croisières
Une tendance soutenue par plusieurs facteurs structurels, au premier rang desquels les enjeux de souveraineté et de réindustrialisation de la France et de l’Union européenne dans un contexte géopolitique en plein changement. Des sujets "également liés à la transition écologique, avec la nécessité de réconcilier la souveraineté et la durabilité. Le crédit export est un outil majeur dans ce cadre", a souligné Anne crépin, la directrice Crédit Export de Sfil. Sur les six contrats de 2023, quatre ont visé à aider des pays en développement ou émergents à décarboner leur économie, en matière de transport ou de production et de distribution d’énergie.
Également, dans un contexte de durcissement de l’accès au financement, l’attractivité du dispositif de Sfil en tant que fournisseur de liquidité s’est logiquement renforcée. De plus, l’arrangement OCDE qui encadre les crédits export sur le plan international a été récemment modifié, en accordant notamment un allongement des durées pour certains prêts et notamment les sujets de développement durable. "Des aménagements dont on pense qu’ils vont aussi renforcer l’intérêt pour la participation des banques publiques comme Sfil " au financement de ce type de projets, a ajouté Anne Crépin.
D’ailleurs, si 2023 a été record, 2024 se présente bien pour l’activité de crédit export, la banque faisant face à une très forte demande avec 176 dossiers en cours d’étude actuellement, pour un montant total de 62 milliards d’euros. Avec toujours "les mêmes besoins" dans l’énergie et les infrastructures, sachant qu’"il est possible que nous fassions une opération également dans le secteur du nucléaire en 2024", a indiqué Philippe Mills.
D’autre part, alors que la situation géopolitique mondiale a entraîné une hausse marquée des dépenses de défense et des contrats afférents, notamment pour l’industrie française, le secteur figure dans les dossiers actifs à l’étude. Sans oublier qu’après une très bonne année commerciale dans le secteur des croisières et pour les clients historiques des Chantiers de l’Atlantique, "nous pensons que cette activité va se poursuivre en 2024 et que l’on devrait avoir de nouveaux bateaux et de nouveaux investissements à financer ", estime le dirigeant.
Premières "synergies concrètes" avec la Banque des Territoires
A côté de cela, l’activité de financement du secteur public local s’est établie l’an dernier "dans la moyenne haute ", selon la banque. La production de prêts au secteur public local s’établit à 4,3 milliards à fin 2023, en hausse de 4,9 % par rapport à 2022, avec une situation contrastée selon le type d’emprunteurs. Malgré un contexte économique qui a ralenti les décisions d’investissement, les prêts aux collectivités locales et leurs groupements ont progressé de 15 %, à 4 milliards d’euros. En revanche, les prêts aux hôpitaux publics ont chuté de 48 %, tombant à 322 millions d’euros, principalement en raison du retard pris dans les grands chantiers hospitaliers, la forte augmentation du coût de la construction ayant rendu nécessaire de redéfinir les enveloppes financières prévues.
Point important : la forte progression des prêts thématiques verts et sociaux, qui ont représenté 43 % de la production l’an dernier, contre 37 % en 2022. Notamment, la nouvelle offre de prêts sociaux proposée depuis fin 2022 aux collectivités locales en partenariat avec La Banque Postale a rencontré sa cible. Le volume de prêts sociaux aux collectivités locales a atteint 600 millions d’euros, soit 14 % de la production 2023, confirmant la forte demande des collectivités locales constatée lors du lancement de l’offre.
De son côté, le nouveau partenariat avec la Banque des Territoires lancé fin 2022 a connu un démarrage progressif en 2023 avec 200 millions d’euros de prêts. Soit "une première traduction concrète de synergies dans le cadre du grand groupe financier public" né de l’intégration en 2020 de Sfil dans le giron de la Caisse des Dépôts, a souligné Stéphane Costa de Beauregard, le directeur Secteur Public Local RSE et Opérations de Sfil.
"Superposition quasi parfaite"
La logique en la matière est d’"apporter à la Caisse des dépôts des financements à taux fixe, donc complémentaire de leur point fort qui est évidemment le financement sur Livret A", a-t-il rappelé, mais aussi "des financements à long terme, donc sur des maturités longues de 25 à 40 ans très importantes sur les financements de transition écologique". Avec l’atout également d’une "superposition quasi parfaite à 99 % entre leur production, leur approche de commercialisation par enveloppe et ce que nous savons faire en matière de prêts verts", a-t-il ajouté.
En matière de perspective, l’activité de financement public local voit se profiler un cycle d’investissement favorable lié à la perspective des élections municipales en 2026, qui précédera les élections présidentielle et législatives en 2027. Tandis que les conditions financières vont devenir plus favorables avec la baisse anticipée des taux des banques centrales, et notamment de la Banque centrale européenne. Et ce, dans un contexte où le financement durable est appelé à prendre de plus en plus d’importance, alors que la loi de finance 2024 inclut un budget vert qui s’applique aux communes de toutes tailles, aux départements et aux régions, et qui va donc inciter les collectivités locales à renforcer encore davantage leurs investissements thématiques.
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