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Wendel / Laurent Mignon / Private equity / Gestion pour compte de tiers

Wendel passe à l’action dans la gestion pour compte de tiers / Une stratégie à contre-temps qui interroge

Wendel est entré en négociations exclusives en vue de prendre le contrôle de la firme de private equity IK Partners. Opération devant marquer l’entrée du holding tricentenaire dans le métier de la gestion pour compte de tiers, projet clé de la nouvelle stratégie plus dynamique voulue par Laurent Mignon depuis son arrivée, mais qui n’est pas sans soulever des interrogations.
Laurent Mignon, président du directoire de Wendel - Photo by Eric PIERMONT / AFP
Laurent Mignon, président du directoire de Wendel - Photo by Eric PIERMONT / AFP

La réflexion de Wendel sur la manière de lancer son activité pour compte de tiers a bien avancé en quelques mois. Ce projet phare impulsé par Laurent Mignon à la suite de son arrivée à la tête de la société d’investissement en début d’année devrait bientôt prendre corps. En dévoilant mardi son entrée en négociations exclusives en vue d’acquérir une participation de contrôle dans la société de capital-investissement IK Partners, le groupe contrôlé par les descendants des maîtres de forges de Lorraine a posé la première pierre de sa nouvelle stratégie. "Cette opération sera pour Wendel le socle de son activité de gestion d’actifs pour compte de tiers", a-t-il indiqué mardi.

Elle est envisagée en deux temps. D’abord Wendel acquerrait 51% du capital d'IK Partners pour un montant de 383 millions d'euros, dans le cadre d’une transaction initiale dont la finalisation devrait intervenir au premier semestre : 255 millions d’euros payés au moment du closing, puis 128 millions d’euros trois ans plus tard sous certaines conditions. Le solde du capital d’IK Partners, soit 49%, serait ensuite acquis par Wendel dans le cadre de transactions complémentaires, qui se dérouleraient entre 2029 et 2032, dont le montant dépendrait de la croissance d’un indicateur clé : le fee-related earnings ou FRE, revenus avant impôts mesurant la rentabilité de l’activité de gestion d’actifs en lien uniquement avec les commissions de gestion.

 

Près de 12 milliards d’euros d’actifs sous gestion

 

En première approche, sur la base de la transaction initiale, la société cible se trouve donc valorisée à 750 millions d’euros, soit l’équivalent de plus de 6% de la totalité de ses actifs sous gestion, ce qui ne paraît pas particulièrement bon marché. Cela représente "environ 12,5 fois le FRE avant impôts 2024 estimé", préfère souligner Wendel, soit un ratio qui "reflète bien la capacité de croissance d'IK Partners", a commenté Laurent Mignon, le président du directoire de Wendel, lors d'une conférence de presse.

Le partenaire choisi dispose il est vrai d’un bon "track record". Fondée en 1989, positionnée sur le small et midcap pan-européen, IK Partners gère 11,8 milliards d'euros d'actifs privés pour le compte d'investisseurs tiers. Avec des équipes réparties dans de nombreux pays d'Europe du Nord, la société investit dans les secteurs des services aux entreprises, de la santé, des biens de consommation et de l'industrie au Benelux, dans les pays DACH (Allemagne, Autriche, Suisse), en France, dans les pays nordiques et au Royaume-Uni.

Pour Wendel, il s’agit de se développer dans un nouveau un métier (la gestion pour compte de tiers) devant lui permettre de générer des revenus propres, en plus des dividendes des participations. C’est pourquoi Wendel met justement en avant que "d'ici 2024, les activités d'IK Partners devraient générer environ 150 millions d'euros de frais de gestion et environ 60 millions d'euros de revenus avant impôts" (les "Fee Related Earnings" ou FRE).

 

Virage

 

Depuis sa prise de commandes, Laurent Mignon s’attache à faire bouger les lignes chez Wendel, souhaitant opérer un virage d’un modèle conservateur axé sur des investissements "value" vers une approche davantage orientée sur la croissance et les participations non cotées. D’où la décision prise d’investir deux milliards d'euros en deux ans, principalement dans le non coté, l’investissement dans IK Partners s’inscrivant dans cette enveloppe.

Ce virage stratégique dans le private equity et la gestion pour compte de tiers n’est toutefois pas sans poser de questions. D’abord en termes de timing. Si la période de 2016 à 2021 a marqué une sorte d'âge d'or pour le PE, tant en termes de levées, de deals, que de taux de rendement internes (TRI), les temps sont devenus beaucoup moins cléments. Les politiques monétaires plus strictes, les taux d’intérêt beaucoup plus élevés, l’inflation persistante et le financement bancaire en retrait rendent évidemment le contexte nettement moins propice pour s’y faire une place.

Surtout, créer de toute pièce, à ce moment précis, une activité de gestion d'actifs pour compte de tiers au travers d'opérations de croissance externe - comme a pu le faire le Groupe Bruxelles Lambert mais dans un contexte plus porteur - peut laisser dubitatif. "Investir dans un secteur en déclin n'est pas selon nous la meilleure idée", n’hésite d’ailleurs pas à trancher le cabinet de recherche indépendant AlphaValue. L’exemple d’Eurazeo, l’autre grande société d’investissement française, incite pour le moins à réfléchir. Son accent mis en 2018, parallèlement à ses investissements en fonds propres, sur la gestion pour compte de tiers, ne lui a pas spécialement réussi, avec un cours de Bourse qui a depuis reculé de 10%, et une remise en cause de la stratégie qui a abouti au départ de Virginie Morgon, son ancienne présidente, au début de cette année.

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