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Solvay / Syensqo

Un plébiscite pour Syensqo / Le chimiste belge Solvay entame sa nouvelle ère

La scission du géant belge de la chimie Solvay est actée, libérant le potentiel de ses activités de chimie de spécialités regroupées dans la nouvelle entité Syensqo, qui fait des débuts remarqués en Bourse. Au passage, Ilham Kadri, qui dirigeait Solvay depuis quatre ans et prend la tête de Syensqo, va percevoir une prime exceptionnelle de 12 millions d’euros difficile à justifier.
Ilham Kadri, à la cérémonie de la cloche pour l'introduction de Syensqo sur Euronext Bruxelles - Photo by JONAS ROOSENS / BELGA MAG / Belga via AFP
Ilham Kadri, à la cérémonie de la cloche pour l'introduction de Syensqo sur Euronext Bruxelles - Photo by JONAS ROOSENS / BELGA MAG / Belga via AFP

S’agissant du premier pays au monde en ventes de produits chimiques et de plastiques par habitant (la Belgique), l’événement est historique. Après 160 ans d’existence, Solvay, joyau du monde industriel belge et l’un des premiers acteurs européens du secteur s’est scindé en deux sociétés distinctes. Une séparation approuvée ou plutôt plébiscitée vendredi en assemblée générale par les actionnaires de l’entreprise qui ont voté pour à 99,53 %.

Et pour Syensqo, l’une de ces deux entités au périmètre redéfini, les débuts sur les marchés sont enthousiastes. Ce dont témoignent ses premiers pas sur Euronext Bruxelles et Paris, où son titre progresse fortement : près de 12 % de hausse à 93 euros lundi après-midi, par rapport au prix de référence de 83,25 euros retenu pour l’introduction en Bourse de ce nouveau groupe issu de la scission, et une capitalisation boursière qui frôle les 10 milliards d’euros.

 

Libérer la valeur

 

Cet accueil très positif était espéré sinon prévisible. Il tend déjà à conforter le projet de "libération de la valeur" qui sous-tendait l’opération. Syensqo réunit les actifs de chimie de spécialité de l’ex-Solvay, dont les polymères et les matériaux composites, soit les activités dites "de croissance". Comme le souligne lundi Moody’s, "les positions de leader de Syensqo s’adressent à des marchés présentant des fondamentaux de demande solides et des marges d’excédent brut d’exploitation (Ebitda) supérieures à 20 %". JP Morgan soulignant de son côté que Syensqo est "une société de croissance de grande qualité".

A côté de cela, les activités de chimie de base, soit la production de carbonate de soude, de peroxydes et de silices, ont été regroupées au sein d’une structure qui conserve la dénomination sociale de Solvay.

Plutôt que de les scinder, pourquoi Solvay n'a-t-il pas d'ailleurs cédé ces activités de chimie de commodités ? Comme a pu le faire par exemple le français Arkema, qui a passé une douzaine d’années depuis sa scission d’avec Total, à remplacer quasiment toute sa chimie de commodité par des activités à haute valeur ajoutée. La réponse tient en partie à l’histoire de Solvay. Il se trouve que le carbonate de soude est à l’origine même de la création du groupe belge. Puisque c’est l’invention en 1863 par Ernest Solvay d’un procédé industriel radicalement nouveau pour la production de carbonate de soude, qui avait donné naissance à la "start-up" Solvay de l’époque.

D’autre part, depuis qu’elle a pris les rênes Solvay en 2019 en succédant à Jean-Pierre Clamadieu, Ilham Kadri, la charismatique PDG du groupe, s’est employée à redresser la rentabilité de ces activités historiques capables de générer un cash récurrent, grâce à d’importants efforts de contrôle des coûts. Et ce, tout en travaillant à la mise en place de procédés de production innovants. D’où notamment le lancement en France l’an dernier d’un projet pilote à Dombasles, afin de tester un procédé de production de carbonate de soude plus durable.

 

Une prime problématique

 

Pour autant, tandis que Syensqo, dont Ilham Kadri a pris la tête, paraît immédiatement séduire les investisseurs, on ne peut en dire autant du nouveau Solvay, piloté lui par l’actuel président de la division carbonate de soude, Philippe Kehre. Le cours de Bourse de Solvay chutait lundi de près de 30 %. Comme si les investisseurs s’intéressaient uniquement à la croissance de Syensqo et vendaient le reste de Solvay, arbitrage qu’il conviendra d’apprécier sur la durée.

Par ailleurs, sans dénier à Mme Kadri ses grandes qualités, il est un détail qui fait tâche, le fameux bonus exceptionnel de 12 millions d’euros exceptionnel qui lui a été attribué, soit la plus importante prime jamais distribuée en Belgique, approuvée vendredi à 66,49 % par les actionnaires, qui a fait couler beaucoup d’encre outre-Quiévrain. Une prime "en reconnaissance de son engagement exceptionnel dans la réalisation du projet de scission partielle" pouvait-on lire dans les documents adressés aux actionnaires. Et, sans doute aussi, pour la garder à bord, mais pour le moins difficile à justifier en termes de bonne pratique de gouvernance. Et du jamais vu pour un travail de scission qui fait nécessairement déjà partie du travail d’un PDG.

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