éditorial / Yves de Kerdrel
éditorial
Yves de Kerdrel
éditorial
Médiocrité
par Yves de Kerdrel
L’année se termine en demi-teinte pour l’exécutif qui va tenter de faire voter son projet de loi sur l’immigration entièrement réécrit par une commission mixte paritaire. Mais avec un groupe Renaissance où les frondeurs ne se cachent plus. Après l’échec personnel de Gérald Darmanin, tout le monde pense à un remaniement au mois de janvier. Mais pour quel bénéfice politique ?
La semaine passée a permis chacun de goûter la médiocrité des petits arrangements parlementaires. Le rejet préalable du projet de loi sur l’immigration – pourtant adopté en commission – à deux voix près est dû à la fois au cynisme des Républicains qui ont vu là une occasion de se "payer" Gérald Darmanin, au manque de mobilisation des députés Renaissance (puisque si les 5 absents avaient été là il n’y aurait pas eu d’incident) et à l’arrogance du Ministre de l’intérieur qui était certain que son texte passerait.
Le résultat de cette manœuvre est absurde. Puisque la Nupes qui est à l’origine de cette motion de rejet préalable pourrait voir la Commission Mixte Paritaire qui se réunit demain soir à 17 heures concocter un texte très à droite et assez proche de celui qui avait été réécrit par les sénateurs. Du moins c’est ce qu’il ressortait en fin de semaine des réunions préparatoires qui se sont tenues à Matignon sous la présidence de la Première Ministre, trop contente d’avoir pu dessaisir Gérald Darmanin de son texte.
La commission de la dernière chance
Sept députés et sept sénateurs vont donc siéger demain en fin d’après-midi dans une salle du palais Bourbon pour tenter d’accoucher d’une nouvelle version du projet de loi immigration, sur la base de la copie votée par le Sénat. Le président de la commission des Loirs et député Renaissance de la Vienne Sacha Houlié présidera cette Commission Mixte Paritaire. A ses côtés se trouveront : le député Renaissance de Gironde et rapporteur général du projet de loi immigration Florent Boudié, la députée de l’Essonne et questeure de l’Assemblée Marie Guévenoux, la députée MoDem de l’Isère et rapporteure du projet de loi Élodie Jacquier-Laforge, la députée Les Républicains du Doubs Annie Genevard, la députée La France insoumise de la Loire Andrée Taurinya, la députée Rassemblement national du Gard Yohann Gillet.
Côté sénateurs, les membres de cette CMP sont : le président de la commission des Lois et sénateur LR du Rhône François-Noël Buffet, la sénatrice LR du Morbihan et rapporteure du projet de loi immigration Muriel Jourda, le président du groupe LR et sénateur de Vendée Bruno Retailleau, le sénateur Union centriste du Tarn et rapporteur du projet de loi immigration Philippe Bonnecarrère, la sénatrice Parti socialiste de la Seine-Saint-Denis Corinne Narassiguin, la sénatrice PS de Paris Marie-Pierre de la Gontrie et le sénateur Rassemblement des démocrates, progressistes et indépendants (majorité présidentielle) de l’Orne Olivier Bitz.
Reprise en main par Élisabeth Borne
De manière à aboutir à un texte que la droite votera sans état d’âme, Élisabeth Borne avait suggéré de ne garder que les articles du projet de loi concernant les questions de contrôle de l’immigration, de reconduite à la frontière et d’éloignement, laissant tomber le volet intégration. Les sénateurs LR conduits par Bruno Retailleau ont expliqué qu’ils n’étaient pas d’accord et qu’il y avait même un risque d’irrégularité. De fait cette solution a été abandonnée.
Pressée par Emmanuel Macron, la Première Ministre est prête à établir n’importe quel compromis avec Les Républicains de manière que l’ensemble des députés LR et des députés Renaissance votent le texte en séance plénière dès mardi. Le problème, c’est que les Modem se font tirer l’oreille. Et surtout les réunions du groupe Renaissance ont fait apparaître un groupe d’une vingtaine de frondeurs qui n’ont plus peur d’apparaître au grand jour et qui pourraient à nouveau fracturer le groupe sur un prochain texte.
Emmanuel Macron enfin silencieux !
Si le texte est voté ce mardi, Emmanuel Macron pourra ainsi partir fêter Noël avec les 300 militaires français de la base H5 que la Jordanie prête à la France au nord-est d’Amman et où sont stationnés quelques Rafale ainsi qu’un système antimissiles "Mamba" de manière à assurer la protection antiaérienne, et éprouver le système dans des conditions climatiques désertiques. Le Président de la République aurait souhaité faire une halte à Beyrouth sur son chemin. Mais cela reste incertain, car depuis les déclarations qu’il avait faites il y a deux ans sur sa volonté de réformer le système politique libanais, il est "persona non grata" au pays des Cèdres.
Depuis l’envoi de la note confidentielle rédigée par près d’une vingtaine d’ambassadeurs de France, installés notamment dans des pays arabisants, et fustigeant l’incohérence et l’illisibilité de la ligne diplomatique française sur la question d’Israël et de Gaza, Emmanuel Macron a évité de faire de nouvelles déclarations. Ce qui est aussi bien. D’autant que l’attaque – heureusement déjouée – d’une de nos frégates croisant en mer Rouge par des drones venus du Yémen montre que la France n’est plus la bienvenue dans cette région.
Un petit air de récession
Au chapitre économique, l’ambiance n’est pas plus chaleureuse que sur les bancs de l’Assemblée. L'économie française ne devrait connaître qu'une faible croissance au premier semestre 2024, même si la baisse de l'inflation stimulera la croissance des consommateurs. du pouvoir d'achat, a estimé jeudi l'Insee. La croissance trimestrielle a été estimée à 0,2% au premier et au deuxième trimestre 2024, après une stagnation au cours des trois derniers mois de 2023. Pour l'ensemble de l'année 2023, l'Insee prévoit une croissance de 0,8 %, soit un taux inférieur au 1 % sur lequel le gouvernement a construit sa planification budgétaire et laissant la deuxième économie de la zone euro dans une situation fragile à l'horizon 2024.
La faible croissance attendue au premier semestre devrait être tirée par un rebond en partie des dépenses de consommation, elles-mêmes bénéficiant d'une amélioration du pouvoir d'achat à mesure que les pressions inflationnistes s'atténuent. La croissance des prix à la consommation est passée de 3,7 % en décembre à 2,6 % à la mi-2024, alors que l’inflation alimentaire, qui avait entraîné l’inflation globale au premier semestre de cette année, a continué de s’atténuer. L'inflation sous-jacente, qui exclut les biens volatils comme les prix de l'alimentation et de l'énergie, devrait encore ralentir, passant d'un taux de 3,3 % en décembre à 2,0 % en juin.
Les traders veulent croire à la baisse des taux
Pourtant l’indice CAC 40 a battu de nouveaux records au cours de la semaine passée, stimulé par l’accélération de la désinflation et par la perspective d’un mouvement de baisse des taux qui interviendrait plus vite et plus tôt que ce qui avait été anticipé. La Banque centrale européenne a, comme prévu, choisi jeudi de maintenir ses taux directeurs à leur niveau actuel, mais a repoussé les anticipations d’une baisse imminente de ses taux d’intérêt, réaffirmant que les coûts d’emprunt resteraient à des niveaux records malgré l’abaissement des prévisions d’inflation.
Dans son communiqué de presse, la BCE n’a pas non plus fait allusion à une éventuelle réduction de ses taux, soulignant plutôt que l’inflation allait bientôt rebondir et que les pressions sur les prix restaient fortes. La banque centrale a réaffirmé que les taux seront fixés à des niveaux suffisamment restrictifs, aussi longtemps que nécessaire. Tout en reconnaissant que les pressions inflationnistes s’atténuaient en zone euro, la présidente de la BCE a estimé que l’inflation domestique, alimentée en grande partie par les coûts salariaux, ne bougeait pas.
Le gouverneur de la Banque de France aussi
Ces annonces ont un peu contrarié les anticipations des investisseurs sur des baisses de taux d’intérêt au cours du premier semestre 2024. Beaucoup de traders estiment désormais que la BCE devrait commencer à réduire ses taux en avril avec un total de 140 points de base de baisse l’an prochain, contre 160 points de base prévus avant les annonces de la BCE. À noter que la BCE a par ailleurs abaissé jeudi sa prévision d’inflation pour 2024, prévoyant désormais une hausse des prix de 2,7 % l’an prochain contre 3,2 % lors de ses précédentes projections il y a trois mois. L’inflation est attendue à 2,1 % en 2025, puis 1,9 % en 2026, renouant alors avec l’objectif de 2 % de la banque centrale.
François Villeroy de Galhau a voulu ne retenir de ces annonces que ce qui était positif à l’occasion d’un entretien accordé à l’émission Écorama de Boursorama. Il n’y aura plus de hausses de taux de la Banque centrale européenne, sauf choc ou surprise, a-t-il ainsi déclaré vendredi. Avant d’ajouter que le mouvement de désinflation est général, y compris sur l’inflation sous-jacente et celle des services. Ce qui lui a permis en conclusion d’enfoncer le clou en rappelant que le prochain mouvement de la BCE sera, sauf surprise, une baisse.
P.-S. : Comme chaque année cet éditorial dominical interrompt sa parution pendant deux semaines. Vous le retrouverez le dimanche 7 janvier 2024. D’ici là je vous souhaite de très belles fêtes de fin d’année.
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