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Legrand, un business model affûté face à la crise de l’immobilier / La croissance externe reste clé
Parvenir à faire progresser son activité et sa rentabilité quand ses principaux marchés finaux sont en recul n’est pas chose aisée. Plus encore que 2022, l’année 2023 a constitué un test majeur pour le modèle économique de Legrand. C’est un euphémisme de dire que le spécialiste mondial des infrastructures électriques et numériques n’est pas aidé par le contexte économique. "Le marché résidentiel, qui représente un peu moins de 40 % de notre chiffre d’affaires, est difficile quasiment partout. Nous le voyons en France, où les permis de construire et les mises en chantier sont en chute libre. Mais également dans beaucoup de pays d’Europe, comme l’Allemagne, et notamment d’Europe du Nord. C’est le cas aussi aux États-Unis, ou en Chine avec les déboires de plusieurs grands promoteurs immobiliers", explique à WanSquare, Benoît Coquart, le directeur général de Legrand.
Qui plus est, l’exposition du groupe au marché tertiaire est fortement dépendante du segment des bureaux, en particulier aux États-Unis, un marché clé pour le groupe, dont la mauvaise orientation explique l’absence de croissance organique au quatrième trimestre. Dans ce cas, comment expliquer que la croissance de 0,9 % du chiffre d’affaires de Legrand, qui s’est élevé à 8,42 milliards d’euros l’an passé ? Un nouveau record, bien que le montant soit légèrement inférieur aux attentes des analystes alors que le consensus visait 8,46 milliards d’euros.
Les datacenters en vedette
La réponse se trouve dans la stratégie amorcée il y a plusieurs années déjà de mettre l’accent sur ce que le groupe appelle ses "segments à plus forte croissance", qui regroupent trois catégories de services et solutions : l’efficacité énergétique, les datacenters, et les produits connectés dans la gestion active des bâtiments. Ensemble, ils ont représenté l’année dernière 36 % du chiffre d’affaires, soit un doublement de leur poids dans les ventes depuis 2015.
Une évolution plus que salutaire étant donné qu’ils ont chacun enregistré une croissance à deux chiffres l’an dernier. Ce qui "signifie donc que le reste, mécaniquement, est très "flat", voire pour certains produits en légère baisse", explique Benoît Coquart. Pour se faire une bonne idée de leur apport, il suffit par exemple de constater que "dans les deux grandes zones géographiques de Legrand, qui sont l’Amérique du Nord et l’Europe, nous y faisons, en moyenne, plus de chiffre d’affaires dans les data centers que dans le résidentiel neuf", poursuit le dirigeant.
Le renforcement de ces activités porteuses et préservées de la crise de l’immobilier est le résultat d’une politique de croissance externe continue, devenue prioritaire lors de l’arrivée de Benoît Coquart à la tête du groupe en 2018, et financée par de solides cash-flows. Celui-ci a atteint 1,58 milliard d’euros l’an dernier, soit un bond de 53 % par rapport à 2022, au-dessus des anticipations, et dédié pour moitié à la stratégie d’acquisitions ciblées. "Nous avons sur nos tablettes environ 350 cibles potentielles. Et nous visons chaque année la réalisation de trois à six acquisitions", rappelle à cet égard Benoît Coquart.
Marge opérationnelle historique
Si le groupe peut investir de cette manière dans sa croissance, c’est parce que sa situation financière s’appuie sur une rentabilité solide et régulière. Le résultat opérationnel de 1,77 milliard d’euros atteint l’an dernier, en hausse de 4 % par rapport à 2022, implique une marge de 21 %, la plus élevée de l’histoire de l’entreprise. Ce qu’elle doit d’une part à son pricing power efficace. "Sur cinq ans, nos prix de vente ont augmenté de 22 %, soit quasiment autant que nos prix d’achat qui ont augmenté de 24 %, ce qui nous a permis de bien maintenir la marge brute", indique le directeur général de Legrand.
En parallèle, la façon très prudente et raisonnable dont Legrand pilote ses coûts constitue un deuxième levier. Ce qui n’empêche pas l’entreprise d’augmenter dans le même temps ses investissements de façon ciblée dans la R & D, la communication, le marketing, "de manière à pouvoir, dans les années qui viennent, pousser notre chiffre d’affaires", ajoute le dirigeant.
Une méthode qui a fait ses preuves et que Legrand va continuer d’employer en 2024, dans un climat économique qui pour le moment reste atone. "Les premiers trimestres ne devraient pas voir de changement significatif par rapport à la fin 2023, entre un marché résidentiel toujours difficile, un marché tertiaire qui continue de souffrir aux États-Unis, et par contre des data centers qui se comportent toujours bien dans ce contexte-là", prévoit Benoît Coquart.
Pour l’exercice en cours, le groupe table sur une marge opérationnelle ajustée avant acquisitions en léger recul, entre 20 % et 20,8 %, et sur un "chiffre d’affaires organique et par acquisitions en légère croissance", a-t-il indiqué. Sachant que l’effet périmètre des acquisitions déjà réalisées représente 1,5 % du chiffre d’affaires, et que le groupe compte bien aller au-delà au cours des douze mois prochains mois. Ce qui pourrait laisser présager de futurs réajustements à la hausse en cours d’année. "La direction de Legrand est généralement très conservatrice et le point médian de ses prévisions est en ligne avec le consensus", observent les analystes de Jefferies.
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