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Le Bitcoin au-delà des 72 000 dollars, porté par l’ouverture de Londres aux cryptos / En attendant le "halving" prévu en avril
Pas de pause dans la montée en puissance du bitcoin. Tout juste après avoir dépassé début mars ses records de novembre 2021, la plus célèbre des cryptomonnaie poursuit son ascension sans fléchir. Elle a franchi lundi pour la première fois la barre des 72 000 dollars, profitant d’une nouvelle accélération haussière dont l’origine se trouve outre-Manche, puisque cette flambée "coïncide avec l’ouverture des portes par la Financial Conduct Authority (FCA) britannique aux produits négociés en bourse liés à la cryptomonnaie”, note Mikkel Morch, fondateur du fonds d’investissement en actifs numériques ARK36.
Deux mois après l’autorisation en janvier aux Etats-Unis de fonds cotés (ETF pour Exchange Traded Funds) directement investis en bitcoin, le gendarme des marchés britanniques a donné lundi son feu vert à la cotation de produits similaires, les ETN (Exchange traded notes), pouvant être adossés au bitcoin ainsi qu’à l’ether, la deuxième cryptomonnaie la plus capitalisée du marché, qui tend également à se rapprocher de ses plus hauts historiques ces derniers jours. Un changement règlementaire important, non seulement parce qu’il reflète la volonté de la City de rester un acteur clé du monde financier, mais parce qu’il “signale également une acceptation et une institutionnalisation plus larges des crypto-monnaies”, souligne Mikkel Morch.
Le feu vert de la FCA vient en effet alimenter le mouvement enclenché le 10 janvier lorsque la Securities and Exchange Commission (SEC) américaine a accepté que des ETF "Spot" Bitcoin, au comptant (il existait déjà des ETF "Futures" basés sur des contrats à terme), soient cotés à Wall Street. Un mouvement dont l’ampleur est déjà considérable. Selon les données de Bitmex Research, depuis le lancement des dix nouveaux ETF Bitcoin Spot approuvés, ceux-ci ont accumulé plus de 30 milliards de dollars de bitcoins. Et le cours de la monnaie numérique a pris 56% dans l’intervalle.
Le frein du Grayscale Bitcoin Trust
Pour spectaculaire qu’elle soit, la hausse du bitcoin de ces dernières semaines ne s’est pas faite en ligne droite. Le feu vert de la SEC a même été suivi d’une assez forte correction pendant quelques jours. L’explication tient en grande partie au onzième ETF Bitcoin Spot. Celui-ci a la particularité de résulter de la conversion en ETF d’un fonds fermé, le Grayscale Bitcoin Trust, connu sous le code "GBTC" (GBTC), lancé il y a plus de dix ans, en septembre 2013, par le gestionnaire d’actifs Grayscale, considéré à juste titre comme le pionnier de l’investissement institutionnel dans le bitcoin.
C’est d’ailleurs grâce à la victoire remportée à l’été 2023 par Grayscale dans son procès contre la SEC pour convertir son fonds GBTC en ETF que le gendarme financier américain s’est retrouvé obligé d’approuver toutes les demandes d’ETF Bitcoin Spot qui lui avaient été adressées. Avant d’en arriver là, le GBTC a donc été pendant tout ce temps un véhicule d’investissement incontournable pour les investisseurs cherchant à s’exposer au bitcoin sans les complexités liées à la propriété directe de cryptomonnaies.
Depuis qu’il a été transformé en ETF, ce fonds essuie un flux ininterrompu de ventes, à la fois parce que de nombreux investisseurs prennent leurs profits, et parce que Grayscale facture des frais de gestion annuels de 1,5 %, cinq à six fois supérieurs à ceux des autres émetteurs. A plusieurs reprises en janvier, les ventes des clients de Grayscale ont dépassé les flux entrants sur les dix autres ETF Bitcoin Spot, ce qui a logiquement pesé sur le prix du bitcoin. Mais la situation s’est rapidement équilibrée. Et si, comme le montrent les données BitMEX Reserarch, les ventes se poursuivent sur le GBTC, elles sont aujourd’hui bien plus que compensées. Par exemple, pour la journée du 11 mars 2024, à lui seul, l’ETF iShares Bitcoin Trust (IBIT) de BlackRock a enregistré des entrées de 562,9 millions de dollars, supérieures aux sorties de 494,1 millions de dollars du GBTC.
D’ailleurs, le succès de l’IBIT depuis son lancement est tel que BlackRock est en passe de détrôner le groupe MicroStrategy, jusqu’à présent considéré comme le plus grand investisseur institutionnel en bitcoins. Le plus grand gestionnaire d’actifs au monde y est brièvement parvenu lundi, avec près de 198 000 bitcoins accumulés en deux mois, juste avant que MicroStrategy n’acquiert 12 000 bitcoins supplémentaires à la suite de la vente d’obligations convertibles, portant son total à plus de 200 000 bitcoins.
150 000 dollars en 2025
Cette accumulation croissante de bitcoins de la part des investisseurs institutionnels vient logiquement renforcer les scénarios optimistes sur les prix. Bernstein, qui avait prédit l’année dernière que le bitcoin atteindrait 150 000 dollars d’ici 2025, juge son hypothèse de plus en plus probable, considérant que "nous n’en sommes qu’aux premiers jours de l’intégration de bitcoin dans les portefeuilles d’actifs traditionnels", écrivent les analystes Gautam Chhugani et Mahika Sapra dans leur dernière note.
Et ce, alors que se profile l’événement le plus attendu par les investisseurs en cryptomonnaies : le "halving", qui se produit tous les quatre ans et lors duquel les récompenses en bitcoins versées aux mineurs sont réduites de moitié, les mineurs étant les machines qui effectuent les calculs complexes permettant de valider les transactions sur la blockchain. Ces calculs constituent la preuve de travail (proof of work en anglais) attestant de l’authenticité des transactions.
Depuis le troisième halving, survenu le 11 mai 2020, environ 900 bitcoins sont émis chaque jour, cette production sera bientôt divisée par deux lors du prochain halving anticipé dans le courant du moins d’avril (le jour précis n’est pas connu, l’événement se produisant tous les 210 000 blocs dans la blockchain bitcoin, un bloc étant créé à peu près toutes les 10 minutes). L’offre de nouveaux BTC va donc mécaniquement être divisée par deux pour passer à 450 bitcoins par jour, risquant d’accroître davantage son déficit face à une demande en plein essor.
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