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Bpifrance / résultats annuels / Arnaud Caudoux
Bpifrance prend le pouls de l’économie française / Des résultats financiers au rendez-vous, des liquidités pour le rester
Bpifrance a peut-être une mission particulière, elle n’en reste pas moins une banque publiant ses résultats financiers chaque année. Lesquels ont toutefois une coloration originale, en ce qu’ils permettent de prendre la température de l’économie française. Hausse des taux d’intérêt, crise de la Tech, résilience des PME, accroissement des dividendes chez les géants de l’économie tricolore… tout se lit peu ou prou dans le compte de résultat de la banque publique d’investissement française.
Et si l’institution a prouvé en 2023 qu’elle avait la capacité de pallier les problématiques rencontrées par l’économie tricolore, sa performance financière n’en a pour autant pas été oubliée. Son résultat net a dépassé 1,1 milliard d’euros. Certes, il s’affiche en recul de 26 % sur un an. Mais "notre résultat de croisière se situe entre 800 millions d’euros et 1 milliard d’euros. Ce qui importe surtout, pour une banque comme Bpifrance, est d’observer la variation de la valeur de ses portefeuilles dans la durée", explique Arnaud Caudoux, directeur général adjoint de Bpifrance, à l’occasion d’un entretien accordé à WanSquare. En 2023, celle-ci s’est affichée à 4,3 milliards d’euros, soit une performance annuelle de 14,3 %. Cela fait par ailleurs ressortir une variation de valeur annuelle de 7,1 % depuis le lancement de la banque en 2013.
Un effet mécanique
Dans le détail, Bpifrance tire essentiellement ses revenus comptables de trois métiers : le financement, le capital développement et le fonds de fonds. Au total, en 2023, son produit net bancaire (PNB) a atteint un peu plus de 2 milliards d’euros, soit une contraction de 6 % sur un an. Du côté du financement, correspondant surtout à son activité de crédits (qui a atteint un record en 2023), les revenus sont stables. "La remontée des taux d’intérêt nous a pénalisé commercialement en 2022 et début 2023 : nous avons dû adapter nos prix de manière presque instantanée, puisque nous empruntons des fonds sur les marchés et que nous n’avons pas de dépôts. Cela rend l’effet mécanique. Mais nous nous sommes adaptés, grâce à une bonne discipline commerciale et une bonne gestion actif-passif, notre marge nette d’intérêt se maintient à 675 millions d’euros", souligne Arnaud Caudoux.
Du côté du capital développement, les 719 millions d’euros de PNB ont notamment bénéficié des dividendes de Stellantis, CMA CGM, ou encore Orange, chez qui Bpifrance est actionnaire en qualité de représentant de l’État français. Mais s’il s’agit ici des géants de l’économie, les investissements dans les PME françaises ont aussi porté leurs fruits. "Les résultats en la matière proviennent à la fois de l’ancrage de notre réseau dans tous les territoires, et d’une profonde discipline d’investissement. Nous connaissons bien les sociétés, ce qui nous permet souvent de devenir actionnaire d’entreprises qui n’avaient jamais ouvert leur capital à des financiers auparavant, cela peut créer beaucoup de valeur, pour l’entreprise et pour les investisseurs", observe le directeur général adjoint de la banque publique d’investissement.
Les valorisations dans la Tech en cause
En revanche, concernant le PNB de l’activité fonds de fonds, il s’affiche en net recul de plus de 50 % au titre de 2023, à 174 millions d’euros. La faute à une moindre contribution du portefeuille JVR (juste valeur par résultat) du métier de Bpifrance, en baisse de près de 200 millions d’euros par rapport à 2022. Ce qui est à mettre en lien avec le recul des valorisations des sociétés technologiques détenues par les fonds dans lesquels la banque possède des participations. "Nos équipes "Fonds de fonds" ont revu en fin d’année, avec les principaux fonds dont nous sommes souscripteurs, les niveaux de valorisation, notamment en ce qui concerne les licornes. Effectivement cela a eu un impact sur nos résultats et nous ne sommes pas certains que la crise soit finie (même si la plupart des sociétés ont très bien réagi en resserrant leur gestion). Mais ces 200 millions sont à mettre en regard des 2,5 milliards de fonds de fonds que nous avons au bilan en capital-risque : on parle d’une baisse de 8 %. Et les valorisations très élevées des derniers tours ont d’abord été des outils qui ont permis de lever beaucoup de capitaux et d’accélérer, plus que des évaluations fondamentales ; elles ont aussi presque toujours été accompagnées de clauses préférentielles qui protègent en partie les investisseurs à la baisse", précise Arnaud Caudoux.
S’agissant des charges d’exploitation, elles se sont appréciées de 17 % sur l’année et de 13 % à ISO règles comptables : c’est le reflet de l’inflation, des efforts de transformation technologique et de la montée en charge de l’accompagnement extra-financier. "Cela ne se voit pas nécessairement dans les revenus, les montants facturés ne sont pas à l’échelle des revenus des métiers financiers. Mais cela crée de la valeur pour l’économie et pour nos investissements, nous permet de pousser les grands sujets stratégiques (digitalisation, transition énergétique, cybersécurité, intelligence artificielle…) auprès des PME et ETI, et nous aide donc aussi à limiter notre coût du risque", relève Arnaud Caudoux. Celui-ci a d’ailleurs reculé de 65 % sur un an. À 56 millions d’euros, il ne représente que 12 points de base de l’encours moyen de crédit – contre 35 points de base en 2022. "Ce qui prouve que l’économie se porte bien", remarque le dirigeant.
Des liquidités au-delà des exigences
Un optimisme général qui ne masque cependant pas les incidents survenus à la Bourse de Paris, à l’image d’Eutelsat, dont le titre souffre du rapprochement avec Oneweb. Il a perdu près de 40 % depuis un an. Bpifrance est actionnaire de l’entreprise à hauteur de 13,6 %. Et lorsque la banque exerce une influence notable ou un contrôle conjoint au sein d’une entreprise (chez STMicrolectronics ou Soitec depuis l’année dernière également), ses participations sont comptabilisées par une méthode de mise en équivalence (MEE). Ainsi, la contribution au résultat des participations MEE est en recul de 37 %, à 315 millions d’euros.
Quoi qu’il en soit, même si 2024 devrait aussi incarner un certain nombre de défis, Bpifrance pourra s’appuyer sur sa santé financière pour y répondre. Son ratio de solvabilité financière CET1 s’affiche à 29,5 % (contre 27,6 % en 2022). Tandis que sa situation de liquidité est plus que confortable : son ratio court terme (LCR) s’établit à 368 % - pour une exigence prudentielle de 100 % - et sa liquidité disponible dépasse 17 milliards d’euros. Et Arnaud Caudoux de conclure : "C’est primordial en cas de choc. Notre bilan doit être liquide, c’est comme cela que nous avons pu réagir en 2020 face à la crise du Covid".
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