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Evenements / Intelligence artificielle / Medef / REF numérique

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Intelligence artificielle / Medef / REF numérique

Comment les entreprises françaises jonglent pour prendre leur part dans l’IA / Le chemin est entamé mais reste tortueux

Qu’en coûtera-t-il à la France pour s’ériger en championne de l’intelligence artificielle ? A l’occasion de la Rencontre des Entrepreneurs de France dédiée au numérique et organisée par le Medef mardi, plusieurs intervenants spécialistes du sujet sont revenus sur cette question qui taraude les pouvoirs publics et les entreprises. Au travers de la formation, d’une meilleure diffusion de la culture technologique et d’une stratégie adaptée, ces dernières semblent avoir de quoi s’imposer sur ce marché stratégique. Reste évidemment la question des financements et de la réglementation.
De gauche à droite : Frédéric Simmotel, Christine Lavarde, Michel Paulin, Fabien Versavau, Véronique Torner, Stéphane Lannuzel (DR)
De gauche à droite : Frédéric Simmotel, Christine Lavarde, Michel Paulin, Fabien Versavau, Véronique Torner, Stéphane Lannuzel (DR)

C’est une petite musique qui n’a de cesse de résonner. La France et l’Europe sont dotées de cerveaux et d’entreprises capables de bien se positionner dans la course mondiale à l’intelligence artificielle (IA). Mais elles accusent un retard face à leurs rivaux que sont les géants américains et occupant déjà presque des monopoles de fait en la matière. De plus, l’équilibre entre la réglementation de la technologie et l’essor de l’innovation semble être un équilibre difficile à trouver. En témoignent tous les débats qui ont jalonné l’adoption de l’Artificial Intelligence Act européen, ainsi que le travail restant à faire concernant sa mise en application.

Serons-nous capables de reprendre la main sur le marché de l’IA ? C’est en tout cas la question qui a animé l’un des débats organisés par le Medef mardi, à l’occasion de la Rencontre des Entrepreneurs de France (REF) dédiée au numérique. Évidemment, la tâche ne sera pas aisée car elle possède une multitude de facettes. Tout d’abord, elle dépendra en partie de la stratégie adoptée par les entreprises françaises, comprenant celles qui ont décidé de sous-traiter le pan de l’IA. "Si l’on sous-traite, on ne maîtrise plus rien. D’autant qu’il y a beaucoup de grands acteurs qui offrent des solutions complètes", a souligné le directeur général d’OVHcloud, Michel Paulin.

 

Quatre conditions

 

Pour réussir à s’imposer sur cette chaîne de valeur, les entreprises auront besoin de l’essor de quatre facteurs fondamentaux, a rappelé le dirigeant du champion européen du cloud. Tout d’abord, des infrastructures. "Mais cela coûte très cher, ce n’est pas accessible à toutes les entreprises. D’où l’importance du cloud, qui est indispensable. En matière de stockage et de GPU [Graphic Processing Unit, soit les cartes graphiques qui permettent aux ordinateurs d’afficher des images et qui occupent une place prépondérante dans le domaine de l’IA, ndlr], il est indispensable d’avoir une réflexion collective et une stratégie européenne. Nvidia possède près de 100 % des parts de marché", a fait valoir Michel Paulin.

Il faudra ensuite s’attacher à produire et ouvrir l’accès à des données de qualités, puis de créer des modèles de langage et des logiciels souverains. Enfin, viendront la formation et les compétences. Un point sur lequel tous les intervenants ont souhaité appuyer. Chez L’Oréal, par exemple, qui utilise l’IA pour réaliser des diagnostics de peau, réaliser des recommandations d’usage mais aussi pour faciliter le travail de ses collaborateurs, sa diffusion au sein de l’entreprise semble apparaître comme l’une des clés du succès de l’atteinte d’un statut de leader technologique. "Ce qui est intéressant est d’adopter une position agnostique, de créer une transformation et de se concentrer sur les usages de l’IA. Nous avons lancé un programme de formation, nous travaillons beaucoup sur cela. […] Je suis un optimiste, mais nous observons aussi les peurs que cette technologie créée", a reconnu Stéphane Lannuzel, le directeur du programme Beauty Tech du géant de la beauté.

 

Remonter en amont

 

Une question de formation d’autant plus importante que l’IA concernera l’ensemble des travailleurs. Si l’automatisation de la production a par exemple essentiellement touché les "cols-bleus", nul doute que la révolution de l’IA chamboulera aussi le reste des travailleurs. Et les entreprises devront prendre les devants pour que leurs collaborateurs s’adaptent ou pour pouvoir attirer les meilleurs talents. Fabien Versavau, président-directeur général de la filiale française du spécialiste du commerce en ligne japonais Rakuten l’observe bien : l’enjeu pour elles sera de construire une culture positive de l’IA, d’établir un récit positif en la matière et de rendre la technologie la plus inclusive et profonde qui soit. "Les entreprises sont les premières à pouvoir définir l’IA", a-t-il remarqué. Même en amont, au niveau de la formation initiale, elles ont aussi un rôle à jouer. "Il faut accompagner la recherche et contribuer à développer des carrières", a de son côté soutenu Stéphane Lannuzel, alors que L’Oréal a par exemple investi dans Hi ! Paris, un centre de recherche lancé par HEC et l’Institut Polytechnique de Paris et dédié à la recherche en IA.

Mais les marges de manœuvre ne sont pas infinies pour ces dernières, puisqu’elles doivent bien évidemment avancer avec la réglementation. Pour mémoire, l’Europe est la seule région du monde à avoir encadré l’IA en fonction de ses niveaux de risques. "Si la France veut jouer sur l’échiquier de l’IA, elle doit composer avec l’Europe. [Cette dernière] doit se saisir de sa compétitivité, de sa stratégie et passer de la régulation à l’industrialisation. L’Europe sait le faire. Il faut s’organiser pour faire émerger des champions", a quant à elle commenté la présidente de l’observatoire du numérique Numeum, Véronique Torner, tout en soulignant qu’il incombera aussi aux organisations patronales, grâce à leur ancrage territorial, de faire en sorte que les entreprises comprennent bien l’IA. Mais reste évidemment à la réglementation de faire en sorte qu’elles aient le champ libre pour l’adopter correctement et pouvoir innover en bonne et due forme.

 

Souveraineté et liberté

 

Une bonne manière d’atteindre une forme de souveraineté en matière d’IA ? "Selon nous, la définition de la souveraineté correspond à la liberté de choix en toute transparence", a estimé Michel Paulin. Un principe qui correspond, pour une entreprise, à celui d’une régulation qui lui assure la concurrence pour que les entreprises puissent avoir le choix en matière d’approvisionnement sur l’ensemble de la chaîne de valeur d’IA, a-t-il rappelé. Il faudra aussi accélérer sur l’accès aux financements, qui se trouvent encore souvent majoritairement outre-Atlantique même pour des champions européens, sur la création de talents - mais aussi sur leur féminisation - et encourager la continuité entre la recherche publique et les entreprises privées, a souligné le directeur général d’OVHcloud.

Autant de points qui font (entre autres) partie des recommandations formulées par la Commission de l’IA, dont le rapport a été rendu au président de la République il y a une dizaine de jours. Tout ceci dans le but d’améliorer la stratégie de la France en la matière. "J’entends ces différents appels", a pointé la sénatrice des Hauts-de-Seine Christine Lavarde, membre du groupe Les Républicains et présidente de la délégation à la prospective, en conclusion de la table ronde. Alors que son groupe d’étude auditionne régulièrement des experts sur le sujet, la parlementaire de la Chambre haute observe bien que les connaissances en IA de chacun devront être améliorées pour que la France puisse prendre sa part dans cette révolution. Philippe Aghion et Anne Bouverot, co-présidents de la Commission de l’IA, reviendront d’ailleurs ce mardi à 18 heures, dans le cadre d'une audition devant la délégation à la prospective du Sénat et l’Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques, sur les conclusions de leur rapport "IA : notre ambition pour la France".

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