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Bpifrance / Plan climat
La ligne d’arrivée du Plan Climat de Bpifrance a été franchie en avance / La décarbonation de l'énergie sera le nerf de la guerre pour la suite
L’ampleur et l’importance de la tâche valaient bien que les montants se déploient plus rapidement que prévu. En septembre 2020, Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance, et Olivier Sichel, directeur général délégué de la Caisse des Dépôts et Consignations, inauguraient ensemble le lancement d’un Plan Climat à l’horizon 2024. Bpifrance et la Banque des Territoires allaient déployer 20 milliards d’euros chacune. Objectif de Bpifrance : accélérer la transition énergétique et écologique (TEE) des entreprises françaises et décarboner le tissu économique tricolore.
Jeudi, la banque publique d’investissement a fait le bilan de ses actions menées en faveur du climat. L’occasion, donc, de faire un point d’étape sur ce plan initialement étalé sur quatre années, mais dont les 20 milliards d’euros ont été intégralement mobilisés à la fin de l’année 2023. "Il a fallu être organisé", a observé Nicolas Dufourcq à l’occasion d’une conférence de presse.
En conséquence, le plan a été structuré autour de trois piliers : l’accélération de la transition des entreprises, l’assurance de la croissance des greentech et le soutien de la production d’énergie décarbonée. Le tout réalisé en étroite collaboration avec l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), avec 25 chargés de coordination climat à travers le réseau et un porte-à-porte réalisé auprès de 20 000 entreprises.
Une large palette
Dialogues, accélérateurs, prêt vert, prêt d’économies d’énergie, prêt sans garantie pour accompagner les projets de transition, subventions… ce sont en tout 5 milliards d’euros qui auront été consacrés pour mettre 6 600 entreprises en transition depuis 2020. Des actions qui auront consisté en la proposition de produits financiers, mais aussi en des missions de conseil, de dialogue et d’accompagnement. Par exemple, la banque a lancé un Volontariat Territorial en Entreprise Vert, sorte de "VIE version green", a expliqué Nicolas Dufourcq. En clair, le mécanisme consiste pour un jeune diplômé à aller travailler dans une PME française pendant une période donnée sur des sujets de décarbonation. En échange, l’entreprise reçoit une subvention.
Afin d’identifier les solutions de décarbonation de demain, ce sont ensuite 8,5 milliards d’euros qui ont été déployés au soutien de la croissance des greentech. Depuis l’automne 2020, 2 750 entreprises de cette catégorie ont été accompagnées par Bpifrance. Le sujet croise d’ailleurs une autre thématique portée par la banque publique d’investissement : celle de la réindustrialisation. Sur ces près de 3 000 greentech, 18 % sont des créatrices d’innovations de rupture (deeptech) et 42 % ont des enjeux industriels. De même, 41 % des start-ups industrielles sont des greentech. Une bonne manière de faire coup double en soutenant ces entreprises, à l’instar de Circul’Egg, un projet qui a été développé par l’entrepreneur Yacine Kabeche lorsqu’il était encore étudiant à AgroParisTech.
L’entreprise valorise les coquilles d’œufs issues des casseries pour les marchés de la cosmétique, de l’alimentation pour animaux ou encore pour la production de matériaux. En 2023, elle a ouvert un démonstrateur de 2 000 mètres carrés en Bretagne et a récemment levé 5 millions d’euros. Bpifrance a aussi participé à des projets émanant de grands acteurs pour soutenir l’innovation industrielle verte, puisqu’elle a par exemple contribué au financement de la gigafactory Automotive Cells Company (ACC) de Stellantis, TotalEnergies et Mercedes à Douvrin.
Le renouvelable au cœur de la stratégie
Enfin, depuis 2020, le soutien à la production d’énergies renouvelables aura représenté 6,5 milliards d’euros. Ce qui place Bpifrance au premier rang des partenaires des banques sur les énergies renouvelables. Sur ce terrain, les actions sont multiples. Cela passe par exemple par le financement, comme en témoigne la levée de fonds du spécialiste du photovoltaïque Technique Solaire en fin d’année dernière et à laquelle Bpifrance a participé.
Ou, encore, par le lancement de la Garantie Électricité Renouvelable en octobre dernier, qui vise à encourager la signature de contrats d’approvisionnement en électricité de long terme entre des producteurs d’électricité renouvelable et des entreprises industrielles, autrement appelés les Corporate Power Purchase Agreements (cPPA). Dans le détail, ils permettent de prévenir les producteurs d’un éventuel défaut d’industriels et d’inciter ces derniers à s’approvisionner en énergie renouvelable au travers de contrats à long terme aux prix fixés à l’avance. Le premier contrat avait été signé entre Arkolia et Bonduelle, un second vient de l’être entre Tokai Cobex et Clearvise.
Rien que sur l’année 2023, ce sont 7 milliards d’euros qui ont été engagés en faveur de la TEE des entreprises françaises par Bpifrance. Et ce au travers de l’ensemble de ses métiers, de l’accompagnement jusqu’au fonds de fonds, en passant par le capital développement, le financement et l’innovation.
Un coq vert pour rassembler
Pas de quoi s’arrêter en si bon chemin : le nouveau plan stratégique de Bpifrance vise à accorder 35 milliards d’euros à la TEE des entreprises d’ici à 2028. Depuis janvier, de nouveaux dispositifs ont d’ailleurs été lancés, notamment à destination de l’industrie. Il y a par exemple le prêt industrie verte, prévu dans le cadre de la loi Industrie Verte d’octobre dernier, qui pourra faciliter l’engagement d’investissements de TEE pour les PME et ETI industrielles grâce à un financement sur douze ans et pouvant aller jusqu’à 10 millions d’euros. Deux fonds sont aussi en cours de levée : le premier, classé article 9 selon le Sustainable Finance Disclosure Regulation (SFDR), brigue une taille cible de 240 millions d’euros avec Bpifrance en sponsor principal. Le second est un fonds de fonds Climat, qui recherchera des fonds engagés dans la décarbonation et la transition environnementale.
Des actions qui devront nécessairement être soutenues par la fédération d’un écosystème, d’où l’existence de la communauté "Coq Vert" de Bpifrance, intégrant 2 400 dirigeants engagés dont 150 "éclaireurs" qui ouvrent plus particulièrement la voie. "Il nous faut des figures de proue afin de créer une émulation collective", a pointé Nicolas Dufourcq. Pour autant, si la banque publique d’investissement ne décèle pas de cynisme chez les entreprises quant à ce sujet, elle observe bien que la démarche n’est pas aisée pour toutes d’entre elles. "Il faut des combattants lucides, cela passera aussi par l’innovation", a appuyé le directeur général de Bpifrance.
La priorité pour 2024 est en tout cas claire et concernera l’énergie, qu’il faudra décarboner et électrifier pour atteindre les ambitions d’une industrie verte. Certes, cela risque de prendre du temps. Notamment parce que l’électricité est plus onéreuse, que tous les territoires n’ont pas d’accès égaux aux quantités nécessaires ou encore parce que certaines énergies dites renouvelables font encore débat. Mais dans les temps à venir, cela devrait constituer un facteur déterminant pour l’avenir des entreprises, tout simplement au regard de leur carnet de commandes, puisque les clients des industriels, du fait de leurs propres exigences quant à leur scope 3, demanderont à ce qu’ils soient décarbonés, a expliqué Nicolas Dufourcq.
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