WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne

Evenements / TotalEnergies / Commission d'enquête / Sénat / Scope 3 / transition énergétique / Russie / Electricité bas carbone / nucléaire / EDF

Evenements
TotalEnergies / Commission d'enquête / Sénat / Scope 3 / transition énergétique / Russie / Electricité bas carbone / nucléaire / EDF

Commission d’enquête TotalEnergies : l’énième mise au point de Patrick Pouyanné / Ce qu'il faut retenir de son audition au Sénat

Après quatre mois de travaux, la Commission d’enquête sénatoriale sur les obligations de TotalEnergies recevait enfin Patrick Pouyanné ce lundi soir. Loin d’être ébranlé malgré les attaques, le patron de la compagnie a une nouvelle fois fait preuve de pédagogie sur la stratégie de son entreprise, répondant point par point à toutes les questions des parlementaires. Et celles-ci étaient nombreuses, allant des activités du groupe en Russie, à ses envies de cotation à New York, en passant par son Scope 3 et ses intentions dans le nucléaire en France.
Patrick Pouyanné, président-directeur général de TotalEnergies (Photo by Emmanuel Dunand / AFP)
Patrick Pouyanné, président-directeur général de TotalEnergies (Photo by Emmanuel Dunand / AFP)

Parmi les membres de la Commission d’enquête sénatoriale sur les obligations de TotalEnergies, il y en aura au moins un que le président-directeur général du groupe, Patrick Pouyanné, aura réussi à convaincre. Et non des moindres, puisqu’il s’agit de son président, le sénateur Roger Karoutchi. "Je vous remercie de cette maîtrise absolue des dossiers et pour ces compétences", a lancé l’ancien ministre de Nicolas Sarkozy au patron de l’entreprise multi-énergies dont l’audition ce lundi soir était très attendue.

 

Un atout mal-aimé

 

Il faut dire aussi que durant plus de deux heures, Patrick Pouyanné s’est encore évertué - il n’en était pas à sa première audition parlementaire – à expliquer les biens-fondés de la stratégie de transformation de son entreprise en faveur de la transition énergétique. Pour mémoire, celle-ci repose sur deux piliers, permettant d’aller "d’un système A (avec une production exclusivement basée sur les hydrocarbures) à un système B (électricité bas carbone)", a-t-il schématisé. Pour y parvenir, la compagnie est entrée, d’une part, dans une phase de transition en produisant par exemple du pétrole autrement, avec des actifs moins chers et une intensité par baril produit moins émettrice.

D’autre part, depuis 2020, elle s’est lancée dans la production d’électricité à partir d’énergies renouvelables. "À la fin du premier trimestre 2024, nous avions déjà généré 23 gigawatts (GW) et nous atteindrons les 35 (GW) en 2025, ce qui n’est pas si mal en partant de zéro ", a-t-il fait remarquer aux sénateurs, rappelant à cette occasion que cette année encore, ce sont certes 12 milliards de dollars qui seront investis dans les hydrocarbures, mais de nouveau 5 milliards de dollars sur le renouvelable. "Ce modèle économique fonctionne puisque nous sommes la major pétrolière la plus rentable depuis deux ans et que ce pilier a atteint 10 % de rentabilité au premier trimestre", s’est-il félicité, regrettant néanmoins l’image de la compagnie en France.

"Nous sommes perçus dans notre monde comme un acteur ambitieux. Les médias anglo-saxons saluent notre stratégie. En France, nous ne sommes pas bons. Peut-être que cette Commission d’enquête aidera à régler cet écart d’image", s’est exprimé Patrick Pouyanné, convaincu que "TotalEnergies est un atout pour la France et ses ambitions".

 

Quand le Sage montre la lune

 

Concernant le gaz, Patrick Pouyanné a reconnu que cette énergie n’était certes pas la solution ultime, mais constituait une énergie de transition utile. "Les centrales à gaz par exemple pour produire de l’électricité émettent deux fois moins de CO2 que les centrales à charbon", a-t-il souligné.

C’était, bien sûr, sans compter le rapporteur de la Commission d’enquête, Yannick Jadot, qui, en représentant des ONG climatiques, a donc reproché à Patrick Pouyanné d’investir toujours plus dans les hydrocarbures, une stratégie ne correspondant pas à la trajectoire Net Zéro publiée par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) et dirigée par Fatih Birol, selon laquelle aucun nouvel investissement gazier ni pétrolier n’est nécessaire. "L’AIE a tracé une droite et a fait une réduction linéaire de 4 % par an, un pourcentage qui correspond au déclin naturel des champs pétroliers. Mais la même AIE nous explique dans le même temps que la demande en pétrole augmente chaque année. Je veux bien que l’on ait une nouvelle Bible et un nouveau pape, mais ce scénario n’est pas la réalité que nous vivons, l’idée que la société évolue de façon linéaire est une fausse idée. Le système A, c’est donc la demande ", lui a-t-il répondu, soulignant au passage que les investissements dans le pétrole étaient passés de 700 milliards de dollars en 2015 à 500 milliards de dollars aujourd’hui.

 

Le dos large

 

Mais l’ancien candidat à l’élection présidentielle était loin d’en avoir fini avec Patrick Pouyanné, l’attaquant tour à tour sur le rapport sur les "bombes climatiques" de TotalEnergies ou sur son Scope 3. Le président-directeur général a alors tenu à rétablir certaines vérités, expliquant que des champs pétroliers étaient indûment attribués à son groupe. " Nous pouvons attaquer tous les rapports, y compris les plus absurdes. Comment croyez-vous qu’une entreprise qui a une part de marché de 1,5 % dans le pétrole puisse représenter à elle seule 25 % des projets pétroliers dans le monde ? ", lui a-t-il demandé. "Par ailleurs, notre Scope 3 est composé des émissions que nos clients émettent en consommant l’énergie qu’ils nous achètent. Le Scope 3 de TotalEnergies est donc aussi celui d’Airbus, d’ADP, etc. Supprimer la valeur absolue du Scope 3 est donc impossible, à moins de vendre les stations-service et les raffineries, qu’une autre major reprendra et ce qui ne résoudra donc en rien le problème du climat. C’est uniquement quand la demande en pétrole déclinera que notre Scope 3 baissera. Dans ce contexte, nous avons proposé un autre indicateur : l’intensité carbone de produits mis sur le marché. Celle-ci devra baisser de 25 % entre 2015 et 2030", a-t-il expliqué.

Interdit d’évoquer la Russie, Yannick Jadot a ensuite passé la main à son collègue Jean-Claude Tissot qui a interrogé le patron de TotalEnergies sur ses activités dans le pays. "Nous sommes totalement sortis de la gouvernance de Novatek. Nous n’avons plus d’actifs dans le bilan mais le pacte d’actionnaires m’obligerait à vendre. Or, donner pour rien nos participations à une personne sous sanction (l’oligarque Guennadi Timtchenko), ça, c’est hors de question", a rétorqué Patrick Pouyanné qui a profité de l’audition pour défendre l’importation toujours existante en Europe de gaz naturel liquéfié russe. "Si l’on bannit le GNL russe, les prix repartiront à la hausse", a-t-il prévenu, déplorant le manque de ressources naturelles et la dépendance aux importations du Vieux continent.

 

Un partenaire de long terme si EDF le souhaite

 

Une Europe qu’il a d’ailleurs jugée "trop lente", au-delà de son manque d’espace, pour devenir "un terrain de jeu sur le renouvelable". "Et ce pour deux raisons : il n’y a pas assez de fonctionnaires pour s’occuper de ce type de projets et dans nos démocraties, il y a des droits de recours importants, recours qui sont aussi très lents. Par exemple, un projet renouvelable en France prend environ 15 ans à voir le jour, au Texas, aux Etats-Unis, c’est un an", a-t-il exposé.

À la question de Roger Karoutchi sur un potentiel engagement de TotalEnergies dans la relance du nucléaire en France, comme l’a appelé de ses vœux le ministre de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire, lors d’une précédente audition, Patrick Pouyanné a décliné l’offre. "TotalEnergies n’est pas capable d’être un producteur d’énergie nucléaire. C’est un autre métier. Cela conduirait en plus à inclure dans notre bilan les déchets nucléaires. En revanche, je suis prêt à signer avec EDF un contrat long terme (10-15 ans), sans prendre pour autant le risque nucléaire. C’est une façon aussi de contribuer à la transition énergétique de la France ", a-t-il déclaré.

 

TotalEnergies restera française

 

Enfin concernant l’idée d’une cotation principale de la compagnie à New York, comme il l’a évoqué en fin de semaine dernière dans une interview accordée à Bloomberg, le patron de TotalEnergies a tenu à s’expliquer auprès des sénateurs. "Cette cotation est à l’étude car notre base d’actionnaires européens diminue. Nous en avons perdu 7 % au cours des quatre dernières années, largement à cause des réglementations. À l’inverse, les actionnaires américains achètent notre action. Leur part est passée de 37 à 47 %. L’intérêt social qui est le nôtre est donc aussi de penser à prendre en considération cette réalité. Par ailleurs, si nous avons les mêmes résultats que la major Chevron, TotalEnergies est valorisé en Bourse à 200 milliards de dollars contre 300 milliards de dollars pour Chevron, c’est la différence entre le marché américain et celui européen", a constaté Patrick Pouyanné, tenant toutefois à rassurer les parlementaires. "Une cotation primaire à New York (pour garder une cotation secondaire à Paris) ne changerait en rien la stratégie du groupe qui est définie par le conseil d’administration. Et dans cette affaire, nous n’avons pas parlé de bouger le siège social de l’entreprise".

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article