WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne

Evenements / Assemblée Nationale / Commission d'enquête / nucléaire / EDF / Alstom / Areva / parlement / électricité / crise énergétique

Evenements
Assemblée Nationale / Commission d'enquête / nucléaire / EDF / Alstom / Areva / parlement / électricité / crise énergétique

Electricité : quand deux ex-présidents de la République s’affrontent à distance / Sarkozy et Hollande d’accord sur un point : le nucléaire est indispensable

Auditionnés par le Commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur « les raisons de la perte de souveraineté et d’indépendance énergétique de la France », Nicolas Sarkozy et François Hollande ont détaillé pendant près de trois heures chacun leurs actions en faveur de la filière nucléaire au cours de leur mandat. L’occasion pour les anciens, et visiblement toujours, rivaux de se renvoyer la responsabilité de la perte de production d’électricité en France.
Nicolas Sarkozy et François Hollande (©chamussy/pool/REA)
Nicolas Sarkozy et François Hollande (©chamussy/pool/REA)

Sacrée journée pour une dernière. Après cinq mois d’auditions, la Commission d’enquête parlementaire visant à établir "les raisons de la perte de souveraineté et d’indépendance énergétique de la France" a clôturé ses travaux par un évènement inédit sous la Vème République : réussir à auditionner non pas un (cela aurait déjà été sans précédent) mais deux anciens présidents de la République, en la personne de Nicolas Sarkozy et de François Hollande. Deux auditions distinctes à quelques heures d’intervalles mais dont l’organisation n’a pas empêché les deux ex-chefs d’Etat de s’adresser des reproches mutuels.

 

Haute trahison

 

Et c’est Nicolas Sarkozy qui a donné le ton de la journée. "Toute ma vie politique j’ai pensé que le nucléaire était une chance pour la France. Pour remplir nos objectifs environnementaux (en termes de réduction d’émissions), nous avons besoin du nucléaire. Pourtant le nucléaire a fait l’objet d’une chasse aux sorcières digne du Moyen-Âge", a-t-il affirmé visant ainsi son successeur à l’Elysée. Attaque à laquelle François Hollande a répondu, quelques heures plus tard. "Lors du discours d’entre deux tours de l’élection présidentielle de 2012, j’ai dit à mon adversaire (Nicolas Sarkozy) : je veux garder le nucléaire comme la source principale d’électricité mais je souhaite également réduire sa part à mesure que les énergies renouvelables monteront en production" a répondu l’ancien premier secrétaire du parti socialiste qui a rappelé que "le nucléaire était l’une des réponses les plus appropriées pour se débarrasser des énergies fossiles et répondre aux besoins de la population ".

Accusé par Nicolas Sarkozy, pour qui "détruire la filière nucléaire française, c’est trahir l’intérêt national français", d’avoir voulu fermer la centrale de Fessenheim, "en allant dans le mur en klaxonnant", et surtout d’avoir stoppé le projet de réacteur de Penly, François Hollande a rétorqué qu'"heureusement que l’on n’a pas réalisé le projet de Penly parce qu’on l’aurait fait sans doute avec l’EPR tel que nous le construisions avec difficulté à Flamanville. […]. La chute de la production nucléaire depuis deux ans était tout simplement due à la découverte d’un phénomène de corrosion, de fissures et à la mise en œuvre d’un lourd programme de maintenant mais en aucune manière la conséquence d’une décision politique".

 

La Loi Nome et l’Arenh mis en cause

 

Surtout, selon lui, la loi Nome, portant l'organisation du marché de l’électricité et votée en 2010, soit sous son prédécesseur, a " été une décision contraire à la filière nucléaire. Sans correction, EDF va être confronté à de nouveaux résultats négatifs sur le plan financier" a-t-il prédit. Une décision qui au contraire, pour Nicolas Sarkozy est "une conséquence de la libéralisation du secteur de l’énergie décidée en 1996 et transposée par Lionel Jospin lorsqu’il était Premier ministre".

Pour rappel, la loi Nome a, en transposant des directives européennes, ouvert le marché de l’électricité. Elle a introduit le très controversé mécanisme de l’Accès régulé à l’électricité nucléaire historique (Arenh) qui a imposé à EDF de céder 100 térawattheures (TWh) à tous les fournisseurs alternatifs, et ce à un prix fixe bradé de 42 euros le mégawattheure (MWh). "A ce tarif, ce n’était pas simplement une ouverture à la concurrence, c’était une concurrence faussée ", a martelé François Hollande.

Un mécanisme qui a en effet mis à mal la santé financière d’EDF d’autant qu’un arrêté du 12 mars 2022, et donc décidé cette fois-ci sous le mandat d’Emmanuel Macron en raison de la guerre en Ukraine, est venu relever de 100 TWh à 120 TWh le volume global maximal de l’Arenh, faisant passer son prix à 46,20 euros le MWh. A noter qu’il est redescendu pour l’année 2023 à 100 TWh. Il n’empêche que cette mesure a représenté un impact négatif de 8,2 milliards d’euros pour le groupe, contre un excédent de 18 milliards d’euros en 2021. La dette financière nette s’est quant à elle envolée à 64,5 milliards d’euros à fin 2022.

 

La France n’est pas l’URSS

 

Une situation financière difficile dont le président socialiste a refusé de porter la responsabilité. Mieux, il a rappelé, lors de son audition, les excellents résultats du groupe au cours de son mandat. "Entre 2012 et 2019, soit une large partie de mon mandat, EDF avait un résultat d’environ 4 milliards d’euros par an", a rappelé François Hollande. Interrogé sur l’Arenh, Nicolas Sarkozy a quant à lui expliqué qu’il faudrait peut-être le supprimer que mais que l’ouverture à la concurrence ne le choquait pas. "L’idée que l’on pouvait garder EDF, reine du monde, assise sur le nucléaire, payée par les impôts des Français, sans concurrence et sans qu’aucun fournisseur ne puisse venir, c’est une idée que je n’approuve pas. Ce n’est pas l’Union soviétique ici. […] Je pense que dans les années à venir la question de l’ouverture du capital d’EDF sera clairement posée pour sortir de la régulation. Le problème n’est donc pas le tarif de l’Arenh ", a réaffirmé l’ex-chef de l’Etat.

 

La rivalité Areva-EDF dévastatrice

 

A un autre parlementaire qui lui demandait son sentiment sur l’échec d’offre de contrat par Abu Dhabi, qui devait en 2009 être "le contrat du siècle" et qui a finalement été remporté par le groupe coréen Kepco, l’ex-président de l’UMP a répondu qu’il refusait de lier cet évènement à une quelconque rivalité entre Areva et EDF. "De mon point de vue, si on a perdu Abu Dhabi, c’est parce que l’EPR que nous proposions était trop gros pour un pays de 10 millions d’habitants. La centrale n’était pas adaptée, ce n’est pas un problème entre Areva et EDF. D’autant plus que nous avions remporté des appels d’offres en Chine et en Finlande avec la même équipe. J’ajoute que l’offre des Coréens était moins chère de 30 %. C’est ce que m’a dit Mohamed Ben Zahed (dirigeant des Emirats Arabes Unis, ndlr) ", a-t-il répondu, avouant cependant que la rivalité de l’époque entre les deux entreprises françaises "l’agaçait". "Est-ce que j’aurais dû changer les choses ? J’ai fini par renvoyer Anne Lauvergeon", a-t-il ajouté.

En 2015, François Hollande finira par démanteler Areva dont une partie (ex-Cogema, extraction et traitement des déchets) sera recapitalisée par l’Etat et une autre (ex-Framatome, construction de réacteurs, maintenance, assemblage de combustibles) sera rachetée par EDF. "EDF est devenue ainsi chef de file unique du nucléaire, ce qui était nécessaire pour réorganiser la filière et pour éviter un nouveau cas Abu Dhabi", a précisé l’ancien patron de la rue de Solférino lors de son audition.

 

Le cas Alstom

 

Mais Nicolas Sarkozy n’a pas été le seul à devoir s’expliquer sur ce que certains députés ont considéré comme des erreurs industrielles. Le cas controversé d’Alstom Power, fournisseur majeur des turbines utilisées pour les centrales nucléaires françaises, a été par exemple évoqué devant François Hollande. "Comment pouvez-vous satisfaire de cette vente ? En l’achetant l’américain General Electric (GE) s’est emparé de sa technologie", lui a demandé un élu. "GE n’était pas une entreprise extérieure à la France, nous la connaissions. J’ai étudié l’offre du groupe allemand Siemens mais l’entreprise ne m’a pas rassuré alors que GE était en bonne santé financière à l’époque. De la même façon je n’ai pas pu empêcher la vente de Lafarge à Holcim. […] Certains chefs d’entreprise veulent nouer des alliances. […] J’assume donc le choix de GE pour Alstom", s’est défendu l’ancien président de la République. A l’époque, Alstom avait promis la création de 1000 emplois nets, il a finalement licencié en masse sur le territoire français. Cette vente avait elle aussi fait l’objet d’une commission d’enquête parlementaire en 2018. Elle était présidée par Olivier Marleix, actuel président du groupe Les Républicains à l’Assemblée nationale, et avait débouché sur un rapport listant une cinquantaine de mesures pour prévenir la reproduction d’une telle affaire.

Pour l’heure, Il revient désormais à Raphaël Schellenberger, président de la commission d’enquête et à Antoine Armand, le rapporteur, de rédiger leur rapport. Les conclusions sont attendues pour le mois prochain.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article