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Evenements / Commission d'enquête / électricité / Sénat / Hinkley Point / Arenh

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Commission d'enquête / électricité / Sénat / Hinkley Point / Arenh

Le Sénat passe le projet Hinkley Point au crible / L’ancien directeur financier d'EDF, Thomas Piquemal, se plonge dans ses souvenirs

Alors que les membres de la Commission d’enquête du Sénat sur l’électricité ont débuté leurs travaux il y a quelques semaines, les parlementaires ont entendu ce mardi après-midi l’ancien directeur financier d’EDF, Thomas Piquemal. L’occasion pour celui qui est depuis devenu directeur général délégué de Fimalac de revenir sur les conditions de sa très commentée démission en 2016 et d’expliquer pourquoi le projet Hinkley Point au Royaume-Uni lui semblait, à l’époque, risqué d’un point de vue financier.
Thomas Piquemal (©Photo by ERIC PIERMONT / AFP)
Thomas Piquemal (©Photo by ERIC PIERMONT / AFP)

"Le 1er mars 2016, il y a tout juste huit ans, je remettais ma démission au président-directeur général d’EDF (Jean-Bernard Levy, ndlr) qui me demandait de soutenir devant le conseil d’administration la décision d’investissement finale dans le projet Hinkley Point. C’était pour moi l’ultime façon de faire comprendre à l’ensemble des parties prenantes que ce projet n’était pas financé et qu’il faisait prendre un risque démesuré au groupe", a expliqué, ce mardi après-midi, l’ancien directeur financier d’EDF (2010-2016), Thomas Piquemal, invité à s’exprimer devant les membres de la Commission d’enquête du Sénat portant sur la production, la consommation et le prix de l’électricité aux horizons 2035-2050.

Celui qui est aujourd’hui directeur général délégué de Fimalac a ainsi indiqué "avoir pris ses responsabilités et avoir fait tout simplement (son) travail ". "J’estimais qu’EDF n’était pas en mesure de financer le projet car le groupe allait porter seul le risque de construction alors que sa trajectoire financière était très tendue", a-t-il souligné, rappelant qu’à l’époque, l’objectif de l’entreprise était d’être en cash-flow positif. "Les investissements nécessaires, estimés à environ 18 milliards d’euros en 2016, n’étaient pas compatibles avec les fonds propres de l’entreprise. Il ne s’agissait pas d’un problème de liquidité mais de solidité bilancielle", s’est-il justifié devant les parlementaires.

Selon l’ancien patron des finances du groupe, EDF était alors le premier émetteur de dette obligataire d’entreprise en Europe (en dehors des banques) tandis qu’Hinkley Point n’était "qu’un programme parmi d’autres comme le grand carénage par exemple ", a insisté Thomas Piquemal.

Par ailleurs, interrogé sur la capacité d’EDF à assurer aujourd’hui le financement de la construction de six nouveaux réacteurs EPR d’ici 2035, promise par le président de la République, Emmanuel Macron, dans son discours de Belfort en février 2022, l’ancien directeur financier a critiqué le principe de l’Accès Régulé à l’Électricité Nucléaire Historique (Arenh), plaidant pour une régulation offrant de la visibilité à l’entreprise.

"L’Arenh n’était pas, à mon époque, adaptée à une stratégie d’investissement de long terme. Mon expérience montre que ces projets ne peuvent être lancés que quand ils sont vraiment prêts. L’attitude qui consiste à faire des effets d’annonce, à faire plaisir, ne peut que conduire à des écueils majeurs dans la maîtrise des coûts ", a-t-il fait observer, se refusant toutefois à considérer le projet Hinkley Point comme un échec. "À chaque fois, l’on donne l’impression d’un échec sur la filière, comme ce fut le cas aussi avec le projet de Flamanville par exemple, mais EDF c’est un savoir-faire d’architecte, de la construction à l’opération sur la durée, envié dans le monde entier. EDF est la clé", a-t-il affirmé.

Pour mémoire, à la fin du mois de janvier dernier, EDF a annoncé une nouvelle réévaluation de son calendrier de mise en service de ses deux futurs réacteurs de 3,2 gigawatts en construction en Angleterre, prévue désormais vers la fin de la décennie au lieu de 2025 comme initialement fixé. Un retard qui a aussi un coût évalué par le groupe entre 31 et 34 milliards de livres sterling (valeur 2015), soit un surcoût de 6 à 8 milliards de livres par rapport à la dernière révision datant de 2022 (25-26 milliards de livres contre 18 milliards estimés en 2016 au lancement du projet).

Auditionné quelques minutes plus tard par cette même Commission, Thierry Le Mouroux, directeur exécutif en charge de la préfiguration de la future direction projets et constructions nucléaires d’EDF (direction qui n’a pas encore officiellement vu le jour) a quant à lui répondu que "d’un point de vue organisationnel, le groupe était prêt à assurer la demande du chef de l’État". "Nous sommes à la bonne vitesse aujourd’hui, mais il faudra être sûr, notamment grâce à des études stabilisées, avant de se lancer. Il ne faudra donc pas hésiter à repousser le lancement d’une ou deux années si nécessaire ", a-t-il pour sa part prévenu.

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