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Orange passe un nouvel appel à la consolidation du secteur des télécoms / Une question de compétitivité européenne ?

Les élections européennes se rapprochent et à l’occasion de son assemblée générale des actionnaires, Orange a formulé ses vœux à l’intention de la prochaine Commission européenne : permettre à son secteur de se consolider. Alors que les opérateurs européens manquent de capacités à investir pour pouvoir atteindre les objectifs fixés pour la décennie numérique en Europe, la révolution de l’intelligence artificielle ne devrait faire qu’augmenter les besoins en la matière.
Assemblée générale d'Orange ( ©Orange)
Assemblée générale d'Orange ( ©Orange)

Il a fallu deux années de négociations pour que la Commission européenne donne son feu vert au rapprochement entre Orange Espagne et MasMovil. Une avancée, en matière de consolidation de l’industrie des télécommunications, dans la lignée de la fusion d'Orange avec Telekom Romania ou de son rachat de l’opérateur Voo en Belgique.

Mais à l’occasion de l’assemblée générale des actionnaires de l’opérateur historique qui se tenait mercredi, son président du conseil d’administration, Jacques Aschenbroich, n’a pas hésité à le souligner : "Vous le savez, chers actionnaires : notre secteur connaît une concurrence exacerbée au regard de laquelle la régulation actuelle, mise en œuvre à la fin des années 1990 pour permettre l’ouverture à la concurrence du marché des télécoms, n’est plus adaptée. L’extrême fragmentation du marché et la dispersion des opérateurs sont problématiques. Et ne permettent pas de tenir une équation économique équilibrée, alors même que les investissements en infrastructures, nécessaires pour assurer la compétitivité et la souveraineté de l’Europe, sont considérables".

Et puisque les élections européennes s’approchent à grands pas, Jacques Aschenbroich a assuré que certains sujets, qui sont prioritaires pour le groupe, devront également l'être pour la prochaine Commission européenne. Tout d’abord : permettre l’émergence d’acteurs européens qui seront capables de se mesurer à leurs homologues américains, chinois et indiens. "Pour cela, il convient de sortir de l’approche dogmatique actuelle et de permettre ces consolidations, tant au niveau national qu’international", a pointé le président du conseil d’administration d’Orange.

 

Un écart bien creusé

 

Car Christel Heydemann, la directrice générale d’Orange, l’a également expliqué. Là où un opérateur en Europe s’adresse à 5 millions de clients en moyenne, un homologue américain en compte 100 millions. Du côté de la Chine, le chiffre grimpe à 450 millions, en raison de la différence du nombre d’entreprises sur le marché. Logiquement, les acteurs européens en deviennent moins compétitifs. "D’ailleurs, la Commission européenne le reconnaît. Il manquera aux opérateurs européens, d’ici à 2030, 175 milliards d’euros de capacités d’investissement afin d’atteindre les objectifs fixés pour la décennie numérique, en matière de connectivité en Europe", a ajouté la dirigeante d’Orange.

Viendra ensuite l’importance de faire évoluer le cadre réglementaire européen aux réalités du secteur des télécoms, a poursuivi Jacques Aschenbroich. Puis, le fait d’étudier une dérégulation du secteur, qui permettrait de libérer davantage d’innovations et de créativité. Et, enfin, le "fair share", soit obtenir une compensation de la part des grands acteurs technologiques américains qui utilisent "nos réseaux. En fait, c’est une autre façon de poser la question de l’équilibre économique de l’industrie des télécommunications en Europe et de mettre fin à la destruction de valeur dont souffrent les acteurs depuis des années", a regretté le président du conseil d’administration d’Orange.

Au lendemain de l’assemblée générale du groupe, jeudi, Christel Heydemann était invitée à Viva Technology afin de s’exprimer sur ses perspectives au sujet du marché européen de l’industrie des télécommunications. Et si elle a affiché un optimisme certain quant aux talents qui y sont présents, ainsi qu’à l’égard de l’écosystème favorable à l’innovation qui s’y est construit, elle n’a également pas manqué de souligner son point faible : le passage à l’échelle. "Ce qu’il manque en Europe – et c’est particulièrement vrai pour l’industrie des télécoms, en raison des coûts fixes – c’est l’échelle", a entamé la dirigeante d’Orange.

 

Un rapport apprécié

 

Mais pour passer à l’échelle et permettre l’émergence d’acteurs globaux, pas de mystère : il faudra s’appuyer sur la consolidation. "Nous sommes désormais numéro deux sur le marché en Espagne [depuis la création de la co-entreprise avec MasMovil, MasOrange, ndlr], en concurrence directe avec Telefonica. Et nous avons la capacité d’investir de manière bien plus significative que ce que nous aurions pu faire en tant qu’acteur isolé, même si nous étions déjà numéro trois", a relevé Christel Heydemann.

Un sujet qui devrait prendre d’autant plus d’importance au regard de la révolution de l’intelligence artificielle (IA). De fait, a rappelé Christel Heydemann : "L’essentiel en matière d’IA n’est pas la capacité à développer des logiciels. C’est le calcul, c’est la puissance. Cela repose sur des infrastructures", a expliqué la dirigeante. Et s’il est aujourd’hui estimé qu’il manquera 175 milliards d’euros aux opérateurs européens pour atteindre les objectifs de la feuille de route numérique pour la décennie, le trafic internet continue à augmenter. Alors qu’il faudra y ajouter toujours plus d'IA, la facture risque de s’allonger davantage.

Une lueur d’espoir à venir ? Le rapport d’Enrico Letta, présenté aux Vingt-Sept en avril dernier, a en tout cas souligné que le manque d’intégration dans les secteurs de l’énergie, des finances et des télécommunications était une des raisons du déclin de la compétitivité en Europe. Et lors de l’assemblée générale du groupe, Christel Heydemann l’a pointé : "L’industrie des télécoms a été exclue d’une approche paneuropéenne qui aurait œuvré en faveur d’un marché unique. Mais nous observons une prise de conscience et un appel pour l’évolution du cadre réglementaire en Europe. Le rapport d’Enrico Letta plaide en faveur d’un marché unique européen plus unifié et identifie les priorités qui devront être au cœur des considérations de la prochaine Commission européenne pour notre secteur. Ces évolutions doivent favoriser les opérations de consolidation et permettre l’émergence de leaders européens. Nous partageons la volonté d’Enrico Letta d’aller vers un marché plus unifié et saluons ce rapport".

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