ESG / Andera Partners / Innovation Day / Christopher Guérin
ESG
Andera Partners / Innovation Day / Christopher Guérin
Quand faire preuve d’innovation sur un modèle d’affaires industriel permet de se décarboner / Une stratégie de valeur pour avoir le meilleur des deux mondes ?
Il y a des chiffres qui laissent augurer de meilleures nouvelles que d’autres. Alors que l’Union européenne s’est engagée à devenir neutre sur le plan des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050, les dernières données du Citepa publiées la semaine dernière indiquaient que la France avait réduit les siennes de 5,8 % l’an passé.
Certains effets conjoncturels sont venus peser dans la balance, comme un hiver plus doux que d’ordinaire ou une inflation générale ayant poussé les ménages à être plus regardants sur leur consommation énergétique. Mais des facteurs structurels d’amélioration pourraient aussi pointer le bout de leur nez, à l’instar de la rénovation énergétique des logements qui s’accélère ou encore de l’évolution des comportements vers davantage de sobriété.
À l’occasion du "Innovation Day" organisé par la société de gestion spécialiste du private equity Andera Partners ce mardi, François Gemenne, professeur à HEC et auteur principal du 6ème rapport du GIEC, soulignait d’ailleurs en entamant un débat autour de la place de l’innovation dans la décarbonation des modèles d’affaires : "Sur le climat, on a l’habitude d’entendre surtout de mauvaises nouvelles. On a quand même quelques chiffres qui sont encourageants pour le moment et qui montrent que la hausse de nos émissions n’est pas quelque chose d’inexorable. Le problème c’est que nous n’allons pas suffisamment vite, suffisamment loin ou suffisamment fort".
Certes, a-t-il remarqué, depuis les Accords de Paris en 2015, certains progrès sont à relever : les montants d’investissements dans les énergies décarbonées ont pris le pas sur ceux dans les énergies fossiles à l’échelle mondiale. Mais une politique de désinvestissement dans ces dernières devra aussi être engagée pour ralentir le réchauffement climatique. D’autant que ces investissements verts sont majoritairement concentrés dans les pays industrialisés et que le dérèglement climatique concerne l’ensemble des régions du monde.
Puisque les élections européennes approchent, François Gemenne a assuré : "Il est fondamental que le monde de l’entreprise et de l’investissement adresse un signal clair. Soit celui de la poursuite et du renforcement des politiques engagées. Le monde de l’entreprise doit avoir conscience de son rôle politique, ce qui permet que des accords majeurs soient signés à l’échelle internationale. L’Accord de Paris ou l’Accord de la COP 28 à Dubaï en novembre dernier, c’est parce que le monde de l’entreprise est prêt. Cela envoie des signaux aux marchés, mais ce n’est possible que si le marché et les investisseurs envoient aussi des signaux aux politiques".
Un cas d’exemple
D’autant qu'avoir pour objectif de contribuer à un monde bas carbone peut également permettre de faire grimper ses profits. Mais il pourrait convenir pour cela d’innover sur le plan des modèles d’affaires, notamment en ce qui concerne l'industrie.
Christopher Guérin, directeur général de Nexans, en a fait la démonstration. Alors que Lou Welgryn, la cheffe des produits du cabinet Carbon4 Finance, spécialiste du conseil en transition énergétique et climatique, soulevait quant à elle l’importance de se questionner sur l’utilité de la production avant même de penser à la décarbonation - à savoir dans quelle mesure un bien ou service serait compatible avec un monde bas carbone -, le patron du groupe industriel fabricant de câbles a lui aussi pointé les vertus de ne plus se concentrer sur la course aux volumes. Mais plutôt sur une stratégie de valeur.
De fait, Nexans ne publie pas de prévisions sur ses indicateurs de croissance. "Nous mettons des objectifs sur notre rentabilité, donc sur notre Ebitda, notre retour sur capitaux employés, notre free cash-flow. Mais la manière dont on va les atteindre est notre problème. Et ce n’est pas un sujet de croissance. Depuis que j’ai pris la tête de Nexans [en 2018], avec nos équipes, nous avons doublé nos profits, triplés nos retours sur investissement et notre empreinte carbone s’est réduite de 38 %. Et nous avons fait tout cela sans croissance volumique", a insisté Christopher Guérin.
L’entreprise est en effet passée de 17 000 clients en 2019, à 4 000 désormais. Ils sont à proximité optimale de ses lieux de production et répondent à la contrainte économique. Un choix qui aura résulté d’un travail d’analyse de chacun d’entre eux, "un système que nous avons dupliqué du monde assurantiel et bancaire", a expliqué le dirigeant. Alors que la crise sanitaire venait de frapper, l’entreprise a choisi de se concentrer sur ses cœurs de métier, en réduisant donc drastiquement son nombre de clients et en sortant par la même occasion 40 % de ses produits manufacturés. En invitant à mettre en lumière le coût de la complexité, Christopher Guérin a pointé : "Plus de clients et plus de produits peuvent signifier plus de pertes".
Ce qui fait la valeur d’une entreprise
Un ralentissement en termes de volumes qui est donc loin d’avoir pénalisé la rentabilité du groupe et sa capacité à générer de la trésorerie. De quoi plaire aux investisseurs. "Avant 2018, Nexans battait tous les records de croissance, mais avec une capitalisation boursière qui avait chuté de 2 milliards à 800 millions d’euros en l’espace d’un an. Ce n’est pas la croissance volumique qui gère la valeur d’une entreprise, ce sont les profits qui sont générés. Maintenant, nous sommes à 4,9 milliards d’euros de capitalisation boursière, nous faisons de la croissance en valeur grâce à l’innovation", a relevé Christopher Guérin.
Et tout ceci en étant effectivement coiffé d’une étiquette "verte", du fait de la réduction des émissions carbone de Nexans, mais aussi d’une plus ample concentration sur les marchés verts, de réinvestissements dans ses machines pour les dédier aux fermes éoliennes en mer ou encore d’un travail mené pour le recyclage des matières premières extractives.
Un point important, semble-t-il, lorsqu’il s’agit pour les investisseurs de considérer la trajectoire de décarbonation des entreprises. "L’indicateur essentiel est celui de la contribution, celui de la mesure des efforts mis en place par une entreprise pour contribuer à un monde bas carbone. Cela ne s’observe pas seulement grâce aux émissions réduites d’une entreprise. Par exemple, une entreprise qui fait de la rénovation va avoir des émissions énormes alors qu’elle va réduire significativement celles des autres", a en effet pointé Lou Welgryn. Et de poursuivre : "Je conclurai en disant que l’on parle de carbone, mais énormément de décisions sont prises en ayant de bonnes conséquences pour le carbone et de très mauvaise pour le reste. Le carbone, c’est presque la partie facile, parce qu’une tonne émise n’importe où a le même impact et est mesurable. Sur la biodiversité cela devient plus local et complexe. C’est important, en tant qu’investisseur, d’avoir cela en tête".
Un sujet lié à la biodiversité qu’il sera nécessaire d’éclaircir et à propos duquel les acteurs de la place parisienne, tout comme les banques centrales et les superviseurs du globe, semblent bien vouloir œuvrer. Du côté d’Andera Partners, même constat. La "transformation durable excède largement le sujet du carbone, sur lequel se concentrent la majorité des initiatives aujourd’hui", souligne d'ailleurs son Livre Blanc relatif à son programme d’accompagnement climatique.
De fait, l’accélération de l’action contre le changement climatique et la préservation de la biodiversité font partie des trois piliers de la stratégie de durabilité d'Andera Partners. Pour ce faire, l’ensemble des entreprises du portefeuille de la société de gestion fait notamment l’objet d’analyses approfondies sur le plan de la biodiversité. L'impact qu'elles ont sur cette dernière, tout comme leur dépendance à son égard, sont évalués grâce à une méthodologie se basant sur les processus de production utilisés dans le cadre de leurs activités. Une manière, grâce à une méthode de classification des activités fouillée et réalisée par le Global Industry Classification Standards, de permettre d'analyser les impacts potentiels des sociétés, puisque la méthodologie d'Andera Partners repose sur les processus de production usuels des secteurs d'activités analysés, et non sur les pratiques réelles de chaque entreprise.
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