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Pas de prise de pouvoir chez Rubis / Mais un équilibre des forces qui évolue

L’assemblée générale de Rubis ne s’est pas transformée en putsch. Toutes les résolutions de la direction ont été adoptées, les activistes, en particulier, Patrick Molis, échouant à prendre le contrôle du conseil de surveillance. Les votes traduisent néanmoins l’émergence d’un bloc d’opposition dont la direction devra nécessairement tenir compte.
L'assemblée générale de Rubis du 11 juin 2024 - DR
L'assemblée générale de Rubis du 11 juin 2024 - DR

Il n’y a pas eu de révolution de palais à l’assemblée générale de Rubis qui se tenait mardi après-midi à l’Eurosites, au 39 avenue de Wagram à Paris. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne s’est rien passé. Très attendue dans le contexte de la fronde lancée par plusieurs actionnaires activistes, la réunion a montré que le rapport des forces en présence, bien que demeurant favorable à la gérance de l’opérateur français indépendant du secteur de l’énergie, n’était pas si déséquilibré.

Patrick Molis a certes échoué à rassembler suffisamment d’actionnaires pour prendre la moitié des sièges du conseil de surveillance comme il le souhaitait. Propriétaire depuis 1999 de la Compagnie nationale de navigation (CNN), ex-branche de transport maritime du groupe Worms, l’homme d’affaires est récemment monté à 5,3 % du capital de Rubis, pointant l’ancienneté importante d’une partie des membres du conseil de surveillance, et plaidant pour une gouvernance plus ouverte et transparente.

Celui dont la société a eu l’occasion de souligner le caractère "hostile et brutal" de la démarche a tenu à tempérer cette vision lors de sa prise de parole au moment de la session des questions-réponses. "CNN a investi dans Rubis pour faire évoluer la gouvernance, pas par hostilité", a-t-il fait valoir. Non sans ajouter qu’il n’avait pas lui-même déclenché les débats, rappelant que la représentante du Groupe Industriel Marcel Dassault – qui demeure le premier actionnaire de l’entreprise - avait démissionné à l’automne dernier pour dénoncer le manque d’indépendance du conseil de surveillance du groupe. Cet organe ayant pour mission le contrôle permanent de la gestion de la société est clé pour tout actionnaire souhaitant mettre la pression sur les dirigeants, alors que Rubis fait partie des rares entreprises du SBF120 encore constituées en commandite, statut très particulier conférant le pouvoir aux commandités même s’ils ne détiennent qu’une petite part du capital.

 

La candidature du PDG de GTT recueille 44 % des votes

 

Les quatre propositions de nomination de Patrick Molis ont toutes été rejetées. Mais deux d’entre elles, les nominations potentielles de Patrick Molis et de Philippe Berterottière, le président-directeur général de la société GTT, spécialisée dans les systèmes de confinement à membranes pour le transport et le stockage des gaz liquéfiés, cotée elle aussi au SBF 120, ont emporté l’adhésion d’une part importante des actionnaires avec respectivement 43 % et 44 % de votes en leur faveur, soit 27 % du capital compte tenu d’un quorum de 63 %. Et ce malgré les recommandations de voter contre du conseil de surveillance et de la plupart des agences de conseil en vote.

Sachant que les deux autres propositions de la CNN ont tout de même obtenu 36 % des voix (22,7 % du capital). S’ils ne se sont officiellement pas concertés, les trois actionnaires récemment montés à plus de 5 % du capital (Patrick Molis, l’homme d’affaires canadien Ronald Sämann, et bien sûr Vincent Bolloré, qui a indiqué que son placement était purement financier), ainsi que Groupe Industriel Marcel Dassault (21 % du capital à eux quatre), semblent ainsi avoir voté dans le même sens, et convaincu un peu au-delà.

A contrario, la nomination de Ronald Sämann, actionnaire historique et depuis deux ans contestataire, qui s’en est pris au statut juridique de l’entreprise et à la stratégie des dirigeants, a été approuvée. Sans surprise cependant, puisque le groupe lui-même y était favorable, considérant que celui-ci avait démontré une volonté de dialogue constructif. Et le nouveau membre du conseil de surveillance compte bien profiter de sa nouvelle position pour faire valoir ses opinions. Visiblement toujours peu convaincu par la diversification du groupe dans le photovoltaïque, il a une nouvelle fois déploré lors de sa prise de parole qu' "au cours de ces dernières années, des décisions d’investissement [aient] été prises sans en informer pleinement les actionnaires" et sans qu’un débat ait peu avoir lieu. "Je voudrais que ces choses-là, qui participent de la gouvernance, évoluent. Je suis reconnaissant aux associés commandités de m’avoir entendu, même si je serais critique à leur égard en tant que membre du conseil de surveillance", a-t-il ajouté.

 

Un conseil de surveillance élargi

 

Le conseil de surveillance est donc désormais composé de 12 membres, au lieu de 10 précédemment, très majoritairement indépendants (à 83 %) dont cinq femmes (42 %) dont quatre membres de nationalité étrangère. Soit des changements de gouvernance significatifs. Pour autant, comme l’observe le cabinet d’analystes Oddo BHF, "le scénario de prise de contrôle du conseil de surveillance par des activistes est écarté, du moins jusqu’à la prochaine assemblée générale".

De leur côté, les gérants, Gilles Gobin, le fondateur de Rubis, Jacques Riou, et sa fille, Clarisse Gobin-Swiecznik, qui a commencé à prendre la relève, au-delà de la présentation des résultats records de l’année 2023, se sont attachés au cours de l’assemblée générale à défendre la stratégie du groupe et à en souligner le bien-fondé. Notamment, alors que des critiques ont pu être émises sur le prix auquel le groupe avait acquis le producteur d’énergie photovoltaïque Photosol, Jacques Riou a indiqué que pour gagner les enchères, Rubis avait "par définition payé un peu plus cher que les compétiteurs", mais que l’écart de prix ne dépassait pas "quelques petits pourcents", soit "le prix nécessaire pour battre de justesse les deux concurrents les plus dangereux dans cette affaire".

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