ESG / Amundi / investissements durables / Jean-Jacques Barbéris
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Amundi / investissements durables / Jean-Jacques Barbéris
L’essor des investissements durables se heurte encore à des obstacles / La réglementation européenne au milieu du gué
Les transitions en cours ont un impact sur la construction des portefeuilles d’investissement. C’est particulièrement vrai de la transition durable et du changement climatique. Les actifs détenus dans les fonds responsables ont été multipliés par quatre depuis 2020 et représentent désormais 17% du total des actifs dans le monde et plus de la moitié des actifs européens, selon Amundi, qui organise ces jeudi et vendredi la 14ème édition de son World Investment Forum, évènement qui doit voir de nombreux experts décrypter les grandes tendances économiques mondiales et leurs implications en termes d'investissement.
Pour réaliser cette évolution, la finance verte s’appuie largement sur la réglementation. A cet égard, il faut avoir en tête que l’Europe se situe à la fin d'un cycle sur la réglementation. Dans le cadre du cycle ouvert lors de la précédente mandature européenne qui vient de se refermer, le Green Deal européen comprenait une dimension financement et investissement durable. "L'Union européenne a commencé à bâtir une cathédrale réglementaire pour mieux encadrer l'investissement responsable", résume à WanSquare Jean-Jacques Barbéris, le directeur du pôle Clients institutionnels et Corporate et ESG d'Amundi. Un projet ambitieux pour lequel "l’Europe est partie d’un principe très traditionnel en droit communautaire, qui est celui d’éclairer le libre choix de l'épargnant ou du consommateur final par la réglementation pour favoriser in fine l’allocation vers la transition des capitaux que l'Union européenne considère nécessaire", ajoute-t-il.
A ce stade, le faible recul dont on dispose sur cette réglementation assez récente ne permet pas d’affirmer qu'elle fonctionne parfaitement. A-t-on totalement clarifié aujourd’hui le paysage pour les investisseurs finaux ? "J'en doute", répond Jean-Jacques Barbéris. Deuxièmement, la manière avec laquelle on s’adresse au client final, "le langage et les concepts employés sont d'un niveau de complexité tel que cela rend l’expression de ses préférences extrêmement difficile", ajoute le directeur du pôle Clients institutionnels et Corporate et ESG d'Amundi, pour qui "nous sommes donc un peu au milieu du gué".
S’ajoute à cela le fait qu’à l’échelle mondiale, les Etats-Unis défendent toujours la notion de "simple matérialité", qui désigne l'impact de l'environnement social et environnemental sur les comptes de l'entreprise, quand l’Europe adopte désormais totalement le principe de double matérialité, qui souligne que les deux dimensions, financière et d’impact, sont interdépendantes et doivent être prises en compte conjointement dans l'évaluation globale de la performance d’une entreprise.
Une différence de point de vue qui explique que le cœur du stock d'actifs ESG se situe en Europe. Ce stock "a connu une augmentation très forte sur les sept ou huit dernières années, jusqu'à représenter presque la moitié du marché en Europe", observe Jean-Jacques Barbéris. Une proportion très substantielle donc, quand les Etats-Unis se situent autour d'une vingtaine de pourcents. Concernant spécifiquement Amundi, leader de la gestion d'actifs en Europe et parmi les 10 premiers mondiaux, les actifs sous gestion comportant des objectifs de soutenabilité représentent plus de la moitié de ses 2 000 milliards d’euros d’encours sous gestion, et représentent "l’un de nos principaux leviers de croissance", souligne-t-il.
Et cette croissance demeure jusqu’à présent surtout tirée par les investisseurs institutionnels, qui, pour les deux tiers, dans le monde, Etats-Unis inclus, considèrent que certains critères de soutenabilité doivent être pris en compte dans leur politique d'investissement. "Dans le monde institutionnel, d’une certaine manière, c’est un combat qui est gagné", juge ainsi Jean-Jacques Barbéris, alors que du côté de la clientèle particulière, la question est beaucoup moins tranchée, la complexité des concepts (comme celui de la taxonomie) et de l’environnement réglementaire restant un frein à leur compréhension et à leur appropriation.
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