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croissance mondiale / Fonds monétaire international
Le Fonds monétaire international laisse ses prévisions de croissance quasiment inchangées mais… / Il s’inquiète de la montée en puissance de deux risques
En ce début d’été, l’inquiétude grandit au Fonds monétaire international (FMI). Certes, l’institution de Washington n’a pas modifié sa prévision de croissance du Produit intérieur brut (PIB) mondial pour 2024 (3,2 %) tandis qu’elle l’a relevée de 0,1 point de pourcentage pour 2025 (3,3 %). Reste que, “des évolutions notables se sont produites en filigrane depuis la publication en avril de nos ‘Perspectives de l’économie mondiale’”, juge Pierre-Olivier Gourinchas, chef économiste du FMI.
Dans le détail, les économistes du Fonds avancent que deux aléas baissiers entourant leur scénario central se sont renforcés. L’un d’eux a trait à la désinflation en cours. “Des données empiriques de plus en plus nombreuses, y compris certaines de nos propres données, soulignent l’importance des chocs mondiaux affectant l’inflation globale - principalement les prix de l’énergie et des denrées alimentaires - dans la poussée inflationniste et le déclin qui s’ensuivit dans un grand nombre de pays. La bonne nouvelle, c’est qu’avec l’atténuation de ces chocs, l’inflation a baissé sans récession. La mauvaise nouvelle est que l’inflation des prix de l’énergie et des denrées alimentaires est maintenant presque revenue à des niveaux prépandémiques dans de nombreux pays, alors que l’inflation globale ne l’est pas”, note Pierre-Olivier Gourinchas.
Le Fonds estime que cela est notamment causé par le fait que les prix des biens restent élevés par rapport à ceux des services (héritage de la pandémie qui a initialement stimulé la demande de biens tout en limitant leur offre). De sorte que cela rend les services relativement moins chers, augmentant leur demande relative (et celle de la main-d’œuvre nécessaire à leur production). “Cela exerce une pression à la hausse sur les prix des services et les salaires. Les prix des services et l’inflation des salaires sont les deux principaux sujets de préoccupation en ce qui concerne la trajectoire de désinflation, et les salaires réels sont désormais proches des niveaux d’avant la pandémie dans de nombreux pays. À moins que l’inflation des biens ne baisse davantage, la hausse des prix des services et des salaires pourrait maintenir l’inflation globale à un niveau plus élevé que souhaité”, explique le Français, qui prévient que cela constitue un risque important pour le scénario d’un atterrissage en douceur.
L’autre menace identifiée par le FMI concerne la politique budgétaire. "La détérioration des finances publiques a rendu de nombreux pays plus vulnérables que prévu avant la pandémie", indique le chef économiste. Pour mémoire, la dette publique mondiale s’établissait à 93,2 % du PIB planétaire en 2023 contre 84,3 % en 2019. "La priorité est de reconstituer progressivement et de manière crédible les volants de sécurité, tout en continuant à protéger les plus vulnérables. Cela permettra de libérer des ressources pour répondre aux nouveaux besoins en matière de dépenses, tels que la transition climatique ou la sécurité nationale et énergétique. Plus important encore, des tampons plus solides fournissent les ressources budgétaires nécessaires pour faire face à des chocs inattendus", recommande Pierre-Olivier Gourinchas.
Toujours est-il que, "trop peu de mesures sont prises, ce qui accroît l’incertitude de la politique économique", déplore le chercheur. Or, "avec une dette plus élevée, une croissance plus lente et des déficits plus importants, il ne faudrait pas beaucoup de temps pour que les trajectoires d’endettement deviennent beaucoup moins confortables dans de nombreux endroits, en particulier si les marchés augmentent les écarts de taux des obligations d’État, avec des risques pour la stabilité financière", alerte Pierre-Olivier Gourinchas.
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