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UniCredit s’offre 9% de Commerzbank / Et relance la spéculation sur la consolidation bancaire en Europe
Le serpent de mer de la consolidation bancaire européenne s’est brutalement réveillé mercredi après que la deuxième banque italienne UniCredit a annoncé avoir acquis 9% du capital de son homologue allemande Commerzbank, dont 4,49% auprès de l’Etat allemand, le reste ayant été acheté sur le marché. A Francfort, l’envolée de 16,6%, à 14,7 euros, du cours de Bourse de cette dernière reflète les attentes des investisseurs que les choses n’en restent pas là, alors que la vente de la participation de l'Etat fédéral s'est faite à 13,2 euros.
Le communiqué de l’agence financière (Finanzagentur) du pays fait d'ailleurs état d’ "une nette surenchère par rapport à toutes les autres offres " dans le cadre de la procédure de bookbuilding accélérée, témoignant du fort intérêt de l’établissement bancaire transalpin. Qui ne s’en cache d’ailleurs pas.
Si, à ce stade, comme l’indique la Finanzagentur, l’Etat allemand demeure le principal actionnaire de la Commerzbank, UniCredit évoque d’ores et déjà son intention de demander les autorisations réglementaires afin de pouvoir potentiellement dépasser une participation de 9,9% dans Commerzbank "si et quand cela s'avèrera nécessaire".
Un redressement bien engagé
L’Etat allemand, qui reste à ce stade le premier actionnaire de Commerzbank avec une participation de 12%, s’est certes engagé à limiter ses ventes d’action Commerzbank pour 90 jours, mais sa mission au capital de la Commerzbank arrive de toutes façons à son terme.
"La Commerzbank a montré qu'elle était de nouveau stable et autonome. Cette première vente partielle de la participation marque l'achèvement de la stabilisation réussie de la banque et donc la sortie de l'État fédéral", a déclaré Eva Grunwald, la directrice de l'agence financière.
L’État allemand, qui avait dû renflouer la banque lors de la crise financière de 2008, a désormais vocation à sortir, alors que le redressement de celle-ci s’accélère. Son résultat d'exploitation a augmenté de 11 % à 2 milliards d'euros au premier semestre 2024, après qu’elle a enregistré en 2023 son meilleur résultat depuis quinze ans.
Ce qui en fait une cible de choix pour UniCredit. Derrière sa volonté d’"explorer les opportunités de création de valeur pour toutes les parties prenantes des deux banques", il est probable que la banque italienne a un objectif beaucoup plus ambitieux.
Le scénario de l’OPA
Selon Reuters, le directeur général de la banque italienne UniCredit, Andrea Orcel, a contacté mercredi Commerzbank afin d’explorer une potentielle fusion entre les deux établissements. Le journal italien Milano Finanza croit savoir de son côté, que le patron de la banque italienne a en tête de lancer une offre publique d’achat (OPA). Il attendrait néanmoins pour cela d’avoir renforcé ses positions en rachetant à la fois les parts résiduelles entre les mains de l'Etat allemand ainsi que les positions détenues par divers fonds et investisseurs privés.
Un scénario tout ce qu’il y a de plus crédible, eu égard, d’une part, aux bonnes relations entre Berlin et Rome, et d’autre part, au profil d’acquéreur naturel d’UniCredit, qui a déjà un pied important en Allemagne, depuis le rachat en 2005 d’HypoVereinsbank (HVB). Un rapprochement de Commerzbank avec HVB serait logiquement synonyme d’importantes synergies.
A moins que l’offensive d’UniCredit ne pousse un autre acquéreur potentiel à révéler ses intentions. En particulier, cela fait de nombreuses années que le nom de BNP Paribas est cité, même si les dirigeants de la banque françaises ont toujours indiqué ne pas être intéressés par un tel rapprochement. En 2017, Berlin avait même démenti favoriser une fusion de Commerzbank avec BNP Paribas.
Toujours est-il qu’une telle opération serait probablement vue d’un bon œil du côté de l’Elysée. Il y a quelques mois, le président de la République avait appelé à une consolidation accrue du secteur bancaire européen pour renforcer la compétitivité du continent face aux géants américains et asiatiques. Dans un discours prononcé à Paris à l’occasion du sommet Choose France, Emmanuel Macron avait souligné l'importance de créer des champions bancaires européens capables de financer les entreprises du continent et de soutenir l'innovation à grande échelle.
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