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PAI Partners tente de revenir sur le dossier Opella / 200 millions de plus et l’atout affiché de la souveraineté
Est-ce que 200 millions d’euros de plus ou de moins dans un deal à 15 milliards d’euros peuvent raisonnablement changer la donne ? Les dés ne sont peut-être pas encore jetés quant au futur propriétaire d’une moitié du capital d’Opella, la filiale de médicaments sans ordonnance – dont le célèbre Doliprane - et de compléments alimentaires de Sanofi.
Alors que le groupe a tout récemment choisi d’engager avec le fonds américain Clayton Dubilier & Rice (CD&R) les négociations en vue de la cession de cette participation de 50%, force est de constater que son challenger n’a pas abandonné la partie.
Le fonds PAI Partners, associé dans ce dossier au fonds souverain d'Abu Dhabi, Adia, celui de Singapour GIC, ainsi que la caisse de retraite canadienne British Columbia Investment, a en effet transmis jeudi à Sanofi une nouvelle offre, relevée donc de 200 millions d’euros par rapport à la précédente, qui était d’un montant de 15 milliards d’euros, comme celle de CD&R. Une offre révisée quelque peu agressive puisqu’elle se présente sous la forme d’un ultimatum, qui s’achève dimanche soir.
La filière du paracétamol
Dans cette partie, bien qu’il ait été contraint de s’adosser à des partenaires étrangers, PAI Partners revendique pour son consortium le rôle de solution française garante des intérêts du pays. Il s’est ainsi engagé à conserver le siège social d’Opella en France, à maintenir l’emploi à niveau constant, et développer l’investissement sur les deux sites de production français.
Il promet également de fabriquer les médicament d’Opella de manière prioritaire dans les usines du groupe, ou encore de renforcer la filière du paracétamol en France en privilégiant l’approvisionnement auprès de fournisseurs français, notamment la société Seqens. Celle-ci produit en Chine le principe actif du paracétamol (la molécule du Doliprane) mais a prévu de relocaliser une partie de la production en France d’ici 2026.
C’est d’ailleurs plutôt là que se situe l’enjeu. Parce que fabriquer en France du Doliprane en faisant venir son principe actif des Etats-Unis, d’Inde, et donc surtout de Chine, revêt objectivement un intérêt stratégique limité.
Toujours est-il que si les promesses de PAI Partners peuvent résonner avec la posture défendue par un nouveau gouvernement soucieux d’éviter que le dossier Sanofi ne devienne explosif, tout le monde sait ce que peuvent valoir de tels engagements sur la durée. Les exemples des rachats de Pechiney (par Alcan) ou d’Arcelor (par Mittal), entre autres, peuvent en témoigner, tandis que PAI Partners n’aurait par ailleurs pas vocation à rester pour toujours au capital d’Opella.
Ambitions américaines
Au-delà de l’émotion médiatique et politique, faire d’un anti-douleur léger, dont la molécule a été inventée au 19e siècle, tombée dans le domaine public depuis des lustres et disposant donc de très nombreux génériques, le symbole de la souveraineté pharmaceutique française, a peut-être aussi quelque chose d’exagéré. Economiquement, il pèse certes relativement lourd, puisqu’il s’agit du deuxième produit en termes de revenus d’Opella. Mais c’est un produit très franco-français puisque vendu à 97% en France. Ce qui peut notamment s’expliquer par le fait que si le paracétamol est substitué légalement partout en Europe depuis longtemps, la substitution par son équivalent générique n’a été autorisée que beaucoup plus récemment dans l'Hexagone, où le Doliprane a longtemps bénéficié d'une situation de quasi-monopole. Il est vrai que les politiques sont depuis longtemps sensibilisés à la préservation de l’activité de l'usine de Lisieux qui le fabrique.
Or, l’objectif de Sanofi, avec CD&R, est de s’associer avec un candidat américain puissant, à même de développer activement l’entreprise aux Etats-Unis, qui représentent le marché principal d’Opella, là où PAI ne dispose que d’une envergure régionale. Il n’est donc pas certain que la tentative de PAI Partners de profiter de l’ébullition politique ambiante pour relever symboliquement son offre reçoive une oreille très attentive. Même si de son côté, le fonds américain CD&R pourrait regretter de ne pas avoir obtenu des négociations exclusives pour s’éviter une éventuelle déconvenue.
Par ailleurs, en contradiction apparente avec les règles s’appliquant sur les marchés, Sanofi n’avait toujours pas réagi officiellement jeudi soir aux informations sur le relèvement de l’offre de PAI.
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