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Legrand navigue dans un marché du bâtiment déprimé / Les acquisitions soutiennent la croissance à long terme

Aux prises avec un marché du bâtiment morose, notamment en Europe, Legrand a resserré sa prévision de marge opérationnelle pour 2024 à l'issue d'un troisième trimestre un peu plus difficile que prévu, mais néanmoins solide. L'entreprise reste portée par ses acquisitions dans la transition énergétique et numérique qui constituent le pilier de ses objectifs à horizon 2030. En particulier, Legrand place les centres de données au cœur de sa stratégie.
Benoît Coquart, le directeur général de Legrand
Benoît Coquart, le directeur général de Legrand

Legrand a donné l’habitude de pouvoir résister sans faiblir à la morosité des marchés de la construction. Mais si sa stratégie d’acquisitions visant en priorité les solutions qui accompagnent la transition énergétique et numérique est efficace, elle a pu conduire à surestimer dans l’immédiat le profil de croissance de l’entreprise.

L’écart est pourtant léger. Sur neuf mois, le recul organique de l’activité du spécialiste des infrastructures électriques et numériques du bâtiment a été de 0,8%, là où le consensus anticipait une baisse de 0,7%. Au cours du seul troisième trimestre, la croissance s’est établie à 1,7%, contre 2% attendu.

Ce petit décalage s’accompagne il est vrai d’une révision à la baisse du haut de la fourchette de l’objectif de marge, désormais fixée entre 20 et 20,4 %, contre 20 à 20,8 % précédemment. Avec toutefois une précision importante : la prévision précédente excluait les acquisitions, tandis que la nouvelle les intègre. Or, les sociétés acquises par Legrand, qui a été particulièrement actif dans ce domaine cette année, affichent des marges bien inférieures — autour de 10 à 14 % — à celles du groupe.

D’autre part, il est connu que le principal enjeu pour Legrand n’est pas d’atteindre des niveaux de marge record, mais de maintenir durablement une rentabilité supérieure à 20 %, un seuil établi depuis une quinzaine d’années et qui devrait donc encore être atteint en 2024, tout en poursuivant activement le développement de ses activités.

 

Le bâtiment résidentiel déprimé en Europe

 

Ainsi, c’est principalement la rareté avec laquelle Legrand a pu historiquement décevoir ou ajuster à la baisse ses prévisions de rentabilité qui peut expliquer la surprise des investisseurs, et la forte baisse du cours de Bourse, qui chutait jeudi de plus de 6%, à 98,4 euros.

Vu la situation dégradée des marchés finaux traditionnels du groupe, il n’en demeure pas moins que la croissance enregistrée au troisième trimestre est "satisfaisante", souligne à WanSquare Benoît Coquart, le directeur général du groupe. "Le marché du bâtiment souffre sur beaucoup de géographies", explique-t-il. C’est le cas en Europe, où le secteur est globalement déprimé, particulièrement dans le résidentiel, où l’on observe une baisse continue des mises en chantier et des permis de construire depuis deux ans, notamment en France, en Allemagne et en Scandinavie, même si le segment tertiaire (bureaux, écoles, etc.) se porte légèrement moins mal.

"Aux États-Unis, le résidentiel semble avoir atteint un plancher, et le marché s'attend à une reprise, bien que cela ne représente que 20 % de notre chiffre d'affaires", indique le dirigeant. Tandis qu'ailleurs dans le monde, la situation est plus contrastée entre le fort repli du secteur en Chine, et l'orientation plus favorable observée en Inde et en Amérique du Sud.

Au regard du contexte, l’ambition de faire croître le chiffre d’affaires dans des proportions de 40% à 80% d’ici 2030, annoncée lors de la journée investisseurs de septembre, pourrait d'ailleurs sembler utopique.

Elle ne l’est pas parce que le rythme de croissance annuelle de l'ordre de 6 à 10% par an qu’elle suppose s’appuie sur trois relais de croissance liés à des mégatendances : les centres de données, la transition énergétique et le "digital lifestyle", soit les produits connectés intervenant dans la gestion active des bâtiments. Ces trois familles de produits, qui représentent environ 46% du chiffre d’affaires aujourd’hui, sont justement celles dans lesquelles Legrand concentre sa croissance externe depuis plusieurs années.

 

800 millions d'euros par an dédiés aux acquisitions

 

Et parmi elles, les centres de données sont de loin le segment le plus dynamique. "Dans les data centers, nous avons enregistré une croissance dite ‘moyenne à un chiffre’ sur neuf mois, et nous avons observé une forte accélération au troisième trimestre, avec une croissance organique de l'ordre de 20 % dans ce secteur", indique Benoît Coquart.

Ce n’est pas un hasard si Legrand accélère ses acquisitions dans ce domaine spécifique. Rien que cette année, le groupe a acquis quatre sociétés spécialisées dans ce secteur. Dernières en date ; la société colombienne UPSistemas, dédiée aux infrastructures de centres de données, et l’australien APP, expert en chemins de câbles pour bâtiments. Legrand avait auparavant réalisé une acquisition en Inde et une autre en Irlande. "Ce n'est pas un sujet spécifiquement américain ou européen. C'est un domaine sur lequel on investit partout dans le monde", indique Benoît Coquart.

Alors que les produits pour les data centers représentaient 15% du chiffre d’affaires l’année dernière, "il y a fort à parier que dans les années qui viennent, ce 15% devienne 17%, 20%, 22%...", prévoit le dirigeant. Ces 15% représentent 1,2 milliard d'euros du chiffre d’affaires 2023, mais "si l’on consolidait sur l'année 2023 tous les acquisitions réalisées cette année, nous serions désormais plus proche de 1,5 milliard d’euros. En termes de masse, nous sommes devenus un acteur visible et reconnu", ajoute-t-il.

Tous secteurs confondus, le rythme des acquisitions ciblées de Legrand s’est d’ailleurs accéléré en 2024, avec sept opérations réalisées depuis le premier janvier, représentant un effet périmètre estimé à 5 % sur l'année, une fois intégrées.

"Notre objectif à moyen terme est de maintenir une croissance externe annuelle de 3 à 5 %", rappelle Benoît Coquart. "Nous serons dans le haut de la fourchette en 2024, un rythme soutenu que nous entendons conserver. Pour illustrer notre ambition, nous avons annoncé une enveloppe de 5 milliards d'euros dédiée aux acquisitions d'ici 2030, soit plus de 800 millions d'euros par an sur les six prochaines années". A cet effet, il faut espérer que viendra s’ajouter une certaine reprise des marchés résidentiels et de bureau.

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