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Engie met l’Europe au pied du mur climatique / Le groupe dresse les priorités pour doubler le rythme de décarbonation
A ce rythme, l’Europe n’y arrivera pas. Les efforts engagés depuis plus d’une décennie à lutter contre le changement climatique en passant à une économie neutre pour le climat, avec zéro émission nette de gaz à effet de serre d'ici 2050, sont insuffisants. Si Engie, qui présentait mardi pour la deuxième année consécutive son scénario de décarbonation de l’Europe avant la moitié du siècle, n’est pas le seul à faire ce constat, le groupe est également persuadé qu’un chemin est possible. D’autant qu’il n’y a pas le choix.
L’enjeu est de taille. Les rapports récents de Mario Draghi et Enrico Letta sur la compétitivité de l’économie européenne montrent que la transition énergétique pourrait, si elle n’est pas bien maîtrisée, se transformer en un handicap plutôt qu’un levier de croissance. La compétitivité des industries, la résilience des chaînes d’approvisionnement et la stabilité des prix de l’énergie seront des éléments cruciaux à gérer pour ne pas faire de l’objectif Net Zéro une utopie.
Car ce n’est pas seulement pour des raisons climatiques que l'Europe doit maintenir son ambition dans la transition énergétique, "mais aussi pour préserver sa compétitivité et sa souveraineté", a souligné mardi Catherine MacGregor, la directrice générale d’Engie, qui s’exprimait lors de cet événement phare du géant de l’énergie. Face à des acteurs comme la Chine, qui est, elle, très en avance sur ses ambitions de production d’électricité et d’énergie renouvelable, "la décarbonation peut devenir un avantage concurrentiel pour l’Europe", a argué la dirigeante.
Un nouvel élan industriel
Or, si l’Europe veut atteindre le Net Zéro en 2050, elle doit doubler la cadence, avertit Engie. Après avoir réussi à réduire ses émissions de 2 % par an entre 2010 et 2020, la réduction devra donc passer à 4% par an pour rester dans les clous. L’accélération est ambitieuse, "mais à peu près à notre portée", selon la patronne du groupe énergétique.
Pour y parvenir, l’urgence, selon le scénario d’Engie, réside dans une électrification massive couplée au déploiement de technologies nouvelles. Car ce scénario met en lumière une réalité : des technologies matures sont déjà en place, mais les grands leviers de la transition – comme la décarbonation du transport maritime, aérien ou de l’industrie lourde – n’ont pas encore fait leurs preuves à grande échelle.
L’un des défis majeurs reste la décarbonation des industries lourdes, qui nécessitent des "molécules" (gaz, hydrogène, etc.) en plus de l’électrification. Et ces secteurs, souvent difficilement "électrifiables", devront être soutenus par des technologies permettant de réduire leur empreinte carbone à travers des solutions comme l'hydrogène décarboné.
Avec 70 % des technologies nécessaires encore peu matures, les industriels, investisseurs et gouvernements doivent travailler de concert pour lever les incertitudes qui subsistent. L’UE doit investir massivement, accélérer la recherche et faire tomber les obstacles réglementaires pour ne pas se retrouver coincée dans une impasse industrielle.
Une transition verte, mais à quel prix ?
Mais qui va payer ? Les investissements nécessaires à la décarbonation de l’Europe sont colossaux : nouvelles capacités de production d’énergie décarbonée, réseaux de distribution et de stockage, rénovation des bâtiments et adaptation des processus industriels. Si l’on prend en compte les économies réalisées sur les importations de combustibles fossiles et l’indépendance énergétique qui en découlera, le coût net de la transition semble à la portée de l’Europe. De 1,8 % du PIB entre 2025 et 2030, ces coûts devraient progressivement diminuer, pour se stabiliser autour de 1 % du PIB entre 2041 et 2050.
Mais encore faut-il que les États membres et les entreprises jouent le jeu, ce qui n’est pas garanti dans un contexte géopolitique mondial tendu. Engie insiste sur la nécessité d’une vision collective et d’une action commune, sans quoi la fragmentation du marché européen et la lenteur du processus risquent de compromettre les efforts collectifs. À l’heure où les enjeux géopolitiques et climatiques se confondent, l’Europe doit impérativement maintenir son leadership dans la transition énergétique, et, selon Catherine MacGregor, "prendre toute sa part dans cet effort collectif".
La flexibilité est la clé
Pour accélérer la transition et limiter les coûts, il ne suffira toutefois pas d’injecter des fonds massifs. La flexibilité du système énergétique européen devient la condition sine qua non pour ajuster la production d’énergie décarbonée à la demande. La multiplication par 5,5 de la production d’énergies renouvelables et par 4,5 des capacités de flexibilité sont des objectifs ambitieux mais nécessaires pour éviter un surdimensionnement inutile des capacités de production d’électricité. Cela passe par des investissements dans des infrastructures flexibles et une meilleure gestion des pics de consommation, que ce soit à travers des batteries connectées au réseau, des véhicules électriques ou l’effacement de la consommation industrielle.
En 2050, près des deux tiers des capacités de flexibilité devraient provenir de la demande elle-même. C’est une véritable transformation du système énergétique qu’Engie anticipe, avec des consommateurs devenant à la fois acteurs et régulateurs de la consommation d’énergie. L’adaptation des comportements individuels et collectifs devient une priorité.
Face à cette route encore longue et pour donner un cap, Engie propose un plan en dix étapes, allant de la fixation d’un prix plancher sur le carbone à l’introduction de financements privés pour combler le déficit d’infrastructures. Parmi les propositions, certaines visent directement à débloquer les potentiels d’investissements en infrastructures vertes, telles que l’installation de systèmes de stockage d’énergie par batteries et le développement de réseaux de production et de distribution d’hydrogène. Sur le volet social, Engie appelle à concentrer les efforts de rénovation sur les bâtiments les plus énergivores et les ménages à faibles revenus.
Un risque colossal en cas d’inaction
Un point d’ombre, cependant, plane sur la mise en œuvre de ces ambitions. Malgré la volonté affichée, une transition de cette ampleur demandera des transformations industrielles et des réformes réglementaires significatives. Dans son scénario, Engie ne manque pas de pointer les goulets d’étranglement réglementaires qui freinent l’expansion des énergies renouvelables et les faiblesses structurelles de l’Europe pour l’intégration de marchés de l’énergie harmonisés.
A condition de franchir ces obstacles, à horizon 2050, Engie mise sur une Europe transformée : une baisse de 30 % de la demande énergétique, un découplage avec la croissance économique, une division par 4,5 de la demande en méthane et une explosion des besoins en hydrogène décarboné. Les projections sont ambitieuses, mais Engie rappelle les coûts faramineux de l’inaction : une absence de décarbonation pourrait coûter jusqu’à 10 % du PIB pour chaque degré supplémentaire de réchauffement.
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