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Crédit Agricole marque son territoire face à UniCredit en Italie / Une stratégie proactive qui prépare habilement les négociations
L’équation à résoudre est forcément subtile. Pour Crédit Agricole, la meilleure défense face à l'offensive d'UniCredit sur Banco BPM réside dans une réaction proactive, mesurée mais déterminée.
En annonçant vendredi soir avoir pris position à l'aide d'instruments dérivés sur 5,2% supplémentaires de Banco BPM, portant sa participation à 15,1% compte tenu des 9,9% qu’elle détenait déjà, la banque française envoie un message clair : elle ne se laissera pas marginaliser.
Parallèlement, en limitant sa demande d’autorisation de montée au capital de Banco BPM à 19,99 % et en précisant qu’elle n’a pas l’intention de lancer une offre publique, elle signale sans ambiguïté qu’elle ne cherche pas à entrer dans une surenchère ou une bataille pour le contrôle de la banque italienne.
Car si l’établissement dirigé par Philippe Brassac a su fait preuve d’opportunisme dans ses acquisitions en Italie au cours de ces dernières années, il a toujours bénéficié du soutien ou d'une neutralité bienveillante de la part du gouvernement italien. Remettre en cause cette approche constructive et amicale qui lui a jusqu’à présent réussi en décidant cette fois-ci de défier le pouvoir exécutif transalpin serait à tout le moins risqué, voire contreproductif.
Amundi gère 100 milliards d'actifs pour le compte d'UniCredit
Le gouvernement de Georgio Meloni "exercerait probablement son pouvoir "d'or" pour bloquer la transaction selon nous", observent ainsi les analystes de JP Morgan. Ces pouvoir spéciaux permettent au gouvernement italien de bloquer ou d'imposer des conditions à certaines opérations, notamment celles impliquant des intérêts stratégiques pour la sécurité nationale ou l'économie italienne.
D’autre part, Crédit Agricole doit certes défendre ses liens avec Banco BPM, qu’il a soigneusement construits au fil des années. Mais de l’autre, et peut-être surtout, il doit préserver son partenariat stratégique avec UniCredit dans le domaine de la gestion d’actifs via sa filiale Amundi. Celle-ci gère environ 100 milliards d'euros d'actifs pour le compte de la banque italienne dont la majeure partie (80 milliards d’euros) en Italie.
Or, la participation dans Banco BPM constitue "la principale monnaie d'échange pour protéger, voire renforcer, l'accord de distribution d'Amundi avec UniCredit. Les partenariats dans le domaine du crédit à la consommation et de l'assurance avec Banco BPM sont également importants, mais ils représentent une part plus faible des revenus de Crédit Agricole en Italie", remarque JP Morgan.
UniCredit prêt à négocier
Cet enjeu autour du partenariat entre Crédit Agricole et UniCredit devient encore plus complexe en raison de l'offre récente lancée par Banco BPM sur le gestionnaire d'actifs italien Anima. De là à imaginer qu’UniCredit et Banco BPM (avec qui Amundi a également des accords) rompent ultérieurement leurs liens avec Amundi pour privilégier une solution 100% italienne dans la gestion d’actifs avec Anima, il y a un pas qu’il est encore prématuré de franchir.
Lors d’une réunion avec des analystes, Valérie Baudson, directrice générale d’Amundi, a expliqué que, même dans l’hypothèse où UniCredit acquiert Banco BPM et où Banco BPM reprend Anima, Amundi considère que son offre, bien plus large et complète que celle d’un acteur comme Anima, assure le maintien de son partenariat avec UniCredit. Et dans le pire des scénarios, où Amundi perdrait son partenariat de distribution avec UniCredit après 2027, les répercussions seraient progressives, car il faudrait plusieurs années pour transférer les actifs sous gestion.
En tout état de cause, Amundi semble relativement serein face à cette situation, tandis qu'UniCredit semble ouverte au dialogue. "La nouvelle selon laquelle le Crédit Agricole augmente sa participation dans BPM ne change rien pour UniCredit", a indiqué un porte-parole du groupe italien sur LinkedIn. "Nous avons toujours été prêts à négocier avec Crédit Agricole, quelle que soit la taille de leur participation." Et Crédit Agricole a fait en sorte d'aborder ces négociations de la manière la plus habile possible.
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