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Vivendi entre dans sa nouvelle ère post scission / Les actionnaires ont massivement donné leur feu vert
Un tournant historique. Réunis lundi aux Folies Bergère, les actionnaires de Vivendi ont largement validé, à plus de 97 %, la scission du groupe en quatre entités cotées. Une décision qui ouvre un nouveau chapitre pour l’entreprise. Ainsi, de la même façon que la stratégie de Jean-Marie Messier visant à rapprocher les contenus (les médias) et les contenant (les télécoms) avait fait long feu en son temps, la première cotation de Canal+, Havas et Louis Hachette Group attendue le 16 décembre prochain mettra un terme définitif à la stratégie de "convergence" initialement prônée par Vincent Bolloré lors de la prise de contrôle il y a sept ans d’Havas par Vivendi.
Désormais, Canal+, le groupe de communication et de publicité Havas et Louis Hachette Group seront cotées séparément sur le London Stock Exchange, Euronext Amsterdam et Euronext Growth Paris respectivement. "Ce projet permettra à chacune des entités d'accélérer leur croissance, notamment dans le cadre d'acquisitions. Ces dernières ne seront pas uniquement financées par le free cash-flow, mais également par le biais du bilan ou même partiellement ou totalement en titres", a rappelé Yannick Bolloré, le président du Conseil de surveillance, lors de l'assemblée générale du groupe qui se tenait lundi.
Outre que cela devrait faciliter la croissance externe, cette autonomisation "permettra également d'aligner pleinement les intérêts des dirigeants et des collaborateurs avec ceux des actionnaires, grâce à la mise en place de systèmes de bonus en actions." De plus, cela "contribuera à renforcer la visibilité de chaque entité sur la scène internationale, un atout clé pour leur développement", a poursuivi le dirigeant.
L’opération visait aussi, et surtout, à sortir de l’impasse boursière dans laquelle se trouvait Vivendi, dont l’action affichait une décote de conglomérat très élevée par rapport à la valeur de ses différents actifs, qui n'avait d'ailleurs fait que s'accentuer depuis la distribution cotation d'Universal Music Group en 2021. Cette décote s'élevait autour de 44% il y a un an au moment de la première annonce du projet. Un "véritable handicap", a souligné Yannick Bolloré. Même si, depuis sa prise de fonction en avril 2018, le cours de l'action a progressé, dividendes réinvestis, de 83%, surperformant le CAC 40 qui a gagné 68% sur la même période.
Que l’argumentaire ait massivement convaincu les actionnaires n’a pas empêché certaines voix discordantes de se faire entendre lors de la session des questions réponses. L’une, sans surprise, émanant de Ciam, ce fonds détenant une infime part du capital de Vivendi débouté à la fois par le Tribunal de commerce de Paris et l’Autorité des marchés financiers, qui a réitéré ses critiques. Une autre de la société de gestion Phitrust, dont le représentant a notamment fait remarquer que le nouveau Vivendi conserverait une décote de holding financière sous sa nouvelle forme, et qui a regretté le choix de places de cotation à l’étranger pour Canal+ et Havas.
Canal+, Havas, et Louis Hachette Group sortis du périmètre, le Vivendi post scission constituera une holding détenant les participations actuellement détenues non rattachées aux autres entités, telles que les 9,94% dans UMG, les 11,9% dans Prisa, les 19,08% dans MFE (ex Mediaset), les 17,04% dans Telefonica, les 19,2% dans Banijay, sans oublier l’éditeur de jeux vidéo Gameloft.
"Vous avez raison, sur Vivendi SE, le Vivendi post scission, il est certain qu'une décote subsistera", lui a répondu Yannick Bolloré. Mais, a-t-il ajouté, "je n'ai aucune raison de penser qu'il y aura une décote sur Canal+, ou sur Havas", tandis qu’il pourrait y avoir une décote, mais "modeste, pour Louis-Hachette, étant donné que son principal actif sera le groupe Lagardère". Louis Hachette Group regroupe en effet les actifs détenus par Vivendi dans l’édition et la distribution, à savoir la participation de 66,5 % dans Lagardère SA et 100 % de Prisma Media.
Quant au choix des places de cotation, il répond à des contraintes bien spécifiques à chacune des entités. Pour Canal+, le fait est que la bourse londonienne s’avère la plus adaptée pour renforcer la visibilité du groupe auprès des investisseurs anglophones, cruciale pour ses ambitions face à ses concurrents américains. Concernant Havas, la cotation à Amsterdam répond à un besoin de protection contre les OPA hostiles, en raison de la possibilité d’établir une "Stichting", une fondation néerlandaise qui complique considérablement toute tentative d'acquisition non désirée. Et "je ne pense pas que cette fondation enlève de la valeur à Havas, car, de toute manière, je ne crois pas aux OPA hostiles dans des métiers comme ceux d’Havas", a-t-il ajouté.
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