Levées de fonds
Levées de fonds
Aqemia et son IA générative dénicheuse de médicaments lèvent 38 millions de dollars / Cap sur Londres et sur les essais cliniques avec un nouvel investisseur chevronné
S’il existe bien un domaine d’intérêt général au sein duquel l’intelligence artificielle (IA) générative promet des avancées d’envergure, il s’agit de celui de la recherche médicale. Aqemia, une "techbio" française co-fondée par Maximilien Levesque et Emmanuelle Martiano Rolland en 2019, en a de nouveau convaincu ses investisseurs en bouclant une levée de fonds de 38 millions de dollars, lui permettant d’avoir franchi la barre des 100 millions de dollars de financements cumulés. Ce tour de table "100 % equity" a été mené par Cathay Innovation, qui rejoint ainsi les rangs des investisseurs de l’entreprise. Wendel, Bpifrance Large Venture, Eurazeo et Elaia, qui avaient déjà misé sur Aqemia, ont aussi suivi. "Notre partenariat va au-delà du soutien en capital ; nous mettons à profit notre expérience dans le développement d’entreprises basées sur l’IA dans le monde entier, en particulier aux États-Unis et en Asie, alors qu’Aqemia accélère son chemin vers la clinique et élargit son impact mondial", a d’ailleurs souligné Jacky Abitdol, managing partner chez Cathay Innovation et responsable du deal, à l’occasion de l’annonce.
D’autant que fonds de capital-risque fondé et dirigé par Denis Barrier avait déjà établi, de plus longue date, ses relations avec Aqemia. "Nous nous connaissons depuis 2020 avec l’équipe de Cathay Innovation. En janvier, à l’occasion de la conférence healthcare de JP Morgan à San Francisco, j’ai croisé Jacky Abitbol et Denis Barrier, qui venaient d’ouvrir leurs bureaux dans la ville. Chemin faisant, nous avons réfléchi à la manière dont le fonds pourrait aider Aqemia à se transformer davantage, notamment sur le plan international, puisque cela fait partie de leur ADN", explique à WanSquare Maximilien Levesque, le co-fondateur et président-directeur général de la start-up. Un ADN international auquel s’ajoute également l’habitude d’accompagner des sociétés en pointe de l’utilisation de l’IA générative pour la recherche médicale, à l’instar de la licorne franco-américaine Owkin.
Mission claire
Aqemia avait déjà bouclé, il y a moins d’un an, un tour de financement de 60 millions d’euros. "Notre mission est d’inventer des médicaments, pas de vendre du logiciel ou du service", souligne Maximilien Levesque. Et force est de constater que nombre d’investisseurs de la place souhaitent effectivement accompagner le projet. "Ce qui nous rend différents est que notre technologie provient de douze années de recherche à l’ENS et au CNRS. C’est à l’intelligence artificielle générative que nous apprenons la physique, plutôt que de lui fournir des exemples de molécules pour s’entraîner. Ceci a une limite, dans la mesure où la technologie produit par la suite des choses proches de ce qui existe déjà. Notre modèle a une capacité illimitée à innover et à inventer des molécules qui n’ont jamais été trouvées", poursuit le co-fondateur d’Aqemia, qui a auparavant notamment dirigé un groupe de recherche sur la physique à l’échelle des atomes.
En un an, Aqemia a donc poursuivi ses objectifs. Sa plateforme de découverte de médicaments a été portée par ses résultats dans le cadre de programmes précliniques ou internes et de partenariats pharmaceutiques, notamment avec les plus grands noms du secteur. Un contrat pluriannuel avait par exemple été passé avec Sanofi en amont, pour 140 millions de dollars. Les laboratoires Servier, ou le géant américain Johnson & Johnson, collaborent aussi avec Aqemia. Ces trois programmes pèsent à hauteur de 15 % dans les activités de la start-up.
Mais l’entreprise compte désormais passer à la vitesse supérieure, ce qui implique notamment l’ouverture de bureaux londoniens dès janvier 2025. Un lieu qui présente de multiples avantages : une proximité avec la France où sont pour l’instant basés les effectifs de 60 salariés de l’entreprise, qui ne devraient donc pas tarder à grandir, ainsi qu’un ensemble d’acteurs de la "techbio" bien installés et aux liens structurés, des financeurs du secteur jusqu’aux professionnels. "Il y a aussi des talents qui n’existent pas en France, du fait de la maturité de cet écosystème", résume Maximilien Levesque, qui a d’ores et déjà l’habitude de compter sur des collaborateurs internationaux.
Être prêt
Ce nouveau financement viendra aussi soutenir la préparation des essais cliniques d’Aqemia pour ses programmes les plus avancés traitant du cancer, explique le dirigeant. "Ces trois programmes sont en train d’être testés sur des souris, la prochaine étape sera celle de l’entrée en essai clinique. Cela nécessite une préparation accrue en interne, sur le plan médical et réglementaire, pour que nous puissions prouver d’une manière rigoureuse l’impact qu’ont nos molécules. Nous voulons être prêts pour 2026", assure Maximilien Levesque. Et la finalité des activités d’Aqemia ayant logiquement vocation à être internationale, l’harmonisation des étapes réglementaires entre l’Europe et les Etats-Unis, par exemple, devrait aussi présenter un avantage.
Car si le premier palier d’expansion mondiale à être franchi sera celui de Londres, mais Aqemia ne s’interdit évidemment pas de penser à d’autres projets outre-Atlantique, tout particulièrement à Boston, le centre névralgique de la biotechnologie. "C’est aussi pour cette raison que nous sommes impatients d’opérer à une échelle plus globale. Il s’agit d’une première étape pour apprendre à le faire comme une seule et même équipe dans différentes géographies avant de se lancer plus tard sur d’autres continents", prévoit Maximilien Levesque.
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